Alimentation

Œufs au fipronil: «Ce qui me choque, c’est le manque de transparence»

Zeynep Ersan Berdoz, directrice et rédactrice en chef du magazine de défense des consommateurs «Bon à savoir», réagit à la contamination de millions d’œufs par l’insecticide fipronil dans divers pays européens

Partie début août des Pays-Bas et de Belgique, l’affaire des œufs contaminés par un insecticide, le fipronil, continue de rebondir. Mercredi, le ministre de l’Agriculture belge a accusé les Pays-Bas de ne pas avoir informé les pays voisins malgré la découverte du problème dès novembre 2016. Du fipronil aurait été employé dans des élevages de poules, bien que cela soit normalement interdit. La semaine passée, plusieurs millions d’œufs ont dû être retirés des étals et détruits dans divers pays européens, dont la Suisse. Pour l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), les teneurs de fipronil retrouvées dans les œufs sont trop faibles pour mettre la santé humaine en danger. Mais Zeynep Ersan Berdoz, directrice et rédactrice en chef du magazine de défense des consommateurs Bon à savoir, considère que cette crise révèle des dysfonctionnements.

Le Temps: Quel regard portez-vous sur cette affaire?

Zeynep Ersan Berdo: Ce qui me choque, c’est le manque de transparence dont ont fait preuve les autorités en charge de la sécurité des aliments aux Pays-Bas et en Belgique. Une première alerte a été donnée en Belgique au début du mois de juin, il a ensuite fallu attendre près de cinq semaines pour qu’elle soit rendue officielle. Or pendant ce temps, des œufs contaminés ont continué à se répandre sur le marché. Même si les analyses menées sur ces œufs ont pour l’heure donné des résultats plutôt rassurants, des consommateurs ont été exposés inutilement à des produits chimiques dangereux. C’est regrettable, d’autant plus qu’il y a toujours un risque d’interaction avec d’autres substances présentes dans notre environnement. Ce type d’affaire va accroître la crise de confiance envers l’industrie agroalimentaire, déjà alimentée par des scandales comme celui de la viande de cheval retrouvée dans les lasagnes supposément au bœuf (en 2013, ndlr).

- Quelles mesures attendez-vous maintenant?

- Il faut que le consommateur reçoive l’information nécessaire pour décider de ce qu’il mange en connaissance de cause. Les numéros de lots contaminés ayant été révélés, il a été possible de retirer les œufs frais des magasins. Mais la situation est plus compliquée pour les produits transformés, sur lesquels il n’y a pas forcément de traçabilité. Avec le long délai nécessaire pour que la crise soit révélée, les œufs au fipronil doivent être dans toutes sortes de produits désormais; nous allons les consommer pendant encore un moment.

- Quels sont vos conseils lors de l’achat?

- Cette histoire révèle une nouvelle fois l’intérêt de consommer local (les œufs produits en Suisse n’étant a priori pas concernés, ndlr) et même si possible directement auprès des producteurs. Par ailleurs, nous avons réalisé un dossier chez Bon à savoir pour apprendre à lire les codes imprimés sur les œufs. Cela permet de déterminer le mode de production de l’œuf et même l’endroit où il a été pondu, c’est instructif!

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