Les frégates du Pacifique sont des oiseaux avec de longues et fines ailes d’une envergure de plus de deux mètres. Très bons planeurs, ils ne flottent pas sur l’eau et ne peuvent donc pas s’y poser. De ce fait, les scientifiques les savaient capables de voler durant plusieurs semaines. Une étude publiée dans la revue Science de ce vendredi premier juillet, montre que cette durée était largement sous-estimée. En effet, de jeunes oiseaux sont capables de passer deux mois en vol.

Ces oiseaux océaniques ont l’habitude de s’éloigner des côtes afin de trouver leur nourriture, des poissons volants. Henri Weimerskirch, un des auteurs de l’étude au Centre d’études biologiques de Chizé, en France, explique: «On pensait que les frégates utilisaient des îles situées au milieu des océans pour faire des sauts de puce.» Or les ornithologues ont découvert que les juvéniles passaient beaucoup de temps au milieu du Pacifique, effectuant des cercles autour de l’équateur, en volant parfois durant plus de deux mois consécutifs.

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Ces résultats ont été obtenus en équipant plus de 50 frégates de capteurs mesurant leurs positions GPS, leur altitude, leur fréquence cardiaque ainsi que le nombre de battement d’ailes. Selon Sylvain Antoniazza, ornithologue à la station ornithologique suisse de Sempach, «ce type de capteurs est aussi utilisé sur les martinets alpins (des petits oiseaux visibles notamment en Suisse, ndlr). De petits accéléromètres servent à mesurer les battements d’ailes. En fait, c’est la même technologie qui est employée dans les smartphones pour l’orientation de l’écran».

Economie d’énergie

Quant à Laurent Vallotton, ornithologue du Muséum d’histoire naturelle de Genève: «Les martinets volent plus qu’ils ne se posent, mais ce sont des petits oiseaux très légers! Découvrir que des grands oiseaux comme les frégates peuvent économiser leur énergie de sorte à voler si longtemps est une surprise!»

Afin de minimiser leur dépense énergétique durant le voyage, les frégates utilisent des courants atmosphériques appelés «alizés». Ces flux atmosphériques sont réguliers et permettent aux oiseaux de voler en ne faisant que très peu de battements d’ailes. «Si pour voler vous ne dépensez que très peu d’énergie et que c’est votre seule solution pour trouver des proies, alors pourquoi aller se poser?», plaisante Henri Weimerskirch.

Or ces oiseaux ne peuvent pas non plus se poser sur l’eau. «La plupart des oiseaux possèdent au bas de leur dos une glande qui produit de la graisse lorsqu’ils la titillent avec leur bec. En prenant les petites gouttes de graisse sécrétées par la glande ils lissent leurs plumes avec afin qu’elles deviennent étanches», explique Henri Weimerskirch. Les frégates, tout comme les cormorans, ne possèdent pas cette glande.