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Un chouette chevêchette photographiée dans le Jura. (© Christian Fosserat/Biosphoto/AFP)
© Christian Fosserat, Christian Fosserat/Biosphoto/AFP

ORNITHOLOGIE

Les oiseaux aussi ont leur atlas

Dernière ligne droite pour les ornithologues participant à l’inventaire des espèces d’oiseaux nicheurs de Suisse. Les données collectées serviront à l’élaboration d’un atlas publié par la Station ornithologique de Sempach. Reportage

Sous l’avant-toit d’une ancienne grange, des nids d’hirondelles de fenêtre sont alignés les uns à côté des autres. Sur le haut de ces demi-sphères de terre, une modeste ouverture laisse entrevoir de petites têtes emplumées qui dépassent à peine. Le bec grand ouvert, elles attendent leur pitance. Jumelles en main et nez en l’air, Sylvain Antoniazza est occupé à dénombrer tout ce petit monde. «Sur les 65 nids que compte cette colonie, il semble qu’il y en ait au moins 28 occupés», affirme l’ornithologue.

Comme lui, des centaines de bénévoles parcourent la Suisse depuis quatre ans à la recherche d’oiseaux. Chaque observation est scrupuleusement enregistrée, et toutes les informations collectées seront compilées dans un grand livre, l’atlas des oiseaux nicheurs. Seuls les oiseaux qui se reproduisent en Suisse sont recensés et géolocalisés. Ceux qui ne font qu’une halte pendant leur voyage de migration sont omis volontairement. Commencés en 2013, les travaux de collecte de données sur le terrain s’achèveront à la fin août. «Elles seront ensuite analysées par le personnel de la Station ornithologique Suisse de Sempach [dont il fait partie, ndlr] et l’atlas sortira en novembre 2018», explique Sylvain Antoniazza.

L’atlas 2013-2016 est le quatrième volume du genre. Un exemplaire existe pour les années 1950-1959, 1972-1976 et 1993-1996. Cet atlas contiendra les cartes de répartition des espèces ainsi que des indications de densité. Il permettra d’apprécier la situation de la gent ailée, et indirectement, de ses habitats. Il révélera quelles sont les régions les plus importantes pour la protection de l’avifaune, et pour quelles espèces les mesures de conservation sont les plus urgentes.

Une Suisse divisée en 467 parties

En suivant notre guide, les observations d’oiseaux s’enchaînent. A peine arrivé à l’orée d’une forêt, Sylvain Antoniazza détecte déjà le chant d’un volatile. Quand un non-initié n’entend qu’une suite de notes aiguës, une sorte de ricanement moqueur, le spécialiste, lui, discerne le chant du pic-vert. «En forêt, on voit rarement l’oiseau, annonce-t-il. La plupart des identifications se font à l’oreille.» En cette période estivale, la forêt est silencieuse. «Au mois de mai, vous auriez entendu un concert de chants, regrette le passionné. Dans la zone, nous avons notamment pu dénombrer 44 fauvettes à tête noire

Comment effectuer un recensement exhaustif des oiseaux nicheurs de Suisse, sachant qu’il en existe quelque 200 espèces, vivant aussi bien en pleine ville, dans des lacs qu’au sommet des montagnes? «Le territoire suisse a été découpé en 467 carrés, de 10 kilomètres de côté, couvrant tout le pays, explique l’ornithologue. Chaque carré est placé sous la responsabilité d’un bénévole. Il a la charge de parcourir cette zone et de lister les espèces identifiées. A l’intérieur de chacun de ces carrés, on restreint ensuite la zone d’étude à cinq petites zones d’un kilomètre de côté avec lesquelles on va obtenir des valeurs quantitatives. Le bénévole doit parcourir ces petites zones trois fois par année en suivant toujours un même tracé d’environ cinq kilomètres.»

Alors qu’il était enfant, Sylvain Antoniazza accompagnait son père pour le recensement des années 1993-1996. «Cette fois-ci, je suis coresponsable de cette même zone avec lui. C’est un coin particulièrement riche, il abrite 125 des 200 espèces nicheuses, se réjouit-il.» La zone en question englobe la partie sud du lac de Neuchâtel. On y trouve aussi bien des vignes que de la forêt, ainsi que des pâturages et des roselières. Un coin rêvé pour qui aime la diversité. Par contre, pour les secteurs moins riches et moins accessibles de montagne par exemple, la station ornithologique a eu parfois du mal à trouver des bénévoles. De jeunes ornithologues effectuant leur service civil ont dû être engagés. Il faut dire que le travail de terrain n’est pas de tout repos. La journée doit débuter aux aurores pour se terminer vers onze heures du matin, quand l’activité des oiseaux baisse à cause de la chaleur. Sylvain Antoniazza se souvient d’une journée où il crapahutait au milieu de nulle part, pestant contre celui qui avait dessiné le tracé à parcourir: «Nous avions failli abandonner trois fois, quand tout à coup, nous sommes tombés sur une famille de chouettes chevêchette au nid, chose rare.» L’effort avait payé.

Les premiers résultats

«Comme nous utilisons les mêmes méthodes de recensement que celles utilisées pour l’atlas d’il y a vingt ans, les données quantitatives pourront être comparées. C’est une première», s’enthousiasme le biologiste. Bien sûr les nouvelles technologies sont tout de même venues faciliter la vie des ornithologues. Une application mobile (NaturaList reliée à la base de données ornitho.ch) permet d’enregistrer précisément et rapidement la position d’un oiseau par géolocalisation. L’an passé, un million quatre cent mille données ont été récoltées!

Des analyses préliminaires indiquent que les espèces communes de plaine sont en baisse d’effectifs, particulièrement celles liées au milieu agricole. Pour ce qui est des espèces de moyenne montagne par contre, la tendance est à la hausse. Ceci probablement en raison du réchauffement climatique et de l’expansion de la forêt.


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