Faune

«Si on abat un loup, un autre prend sa place»

Pour le biologiste et chasseur valaisan François Biollaz, les cas de braconnage isolés ne représentent pas une menace réelle pour les loups en Suisse

Membre de l’organisation naturaliste Fauna.vs et de la Commission cantonale sur la chasse, le Valaisan François Biollaz réagit à l’empoisonnement d’une louve en Gruyère et aux autres cas de braconnage récents en Valais.

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Le Temps: La louve découverte morte le 9 juin sur la commune de Jaun paraît avoir été empoisonnée. Un tel acte vous surprend-il?

François Biollaz: Malheureusement non, au vu du contexte suisse. Il y a dans certains milieux une volonté politique d’éliminer les loups, sans perspective globale et à long terme. Or l’empoisonnement est une manière classique de se débarrasser des animaux indésirables. C’est une très mauvaise approche, car le poison tue sans distinction, et il y a souvent des victimes non intentionnelles. Par exemple, des rapaces rares, les gypaètes barbus, sont morts en Espagne et en Sardaigne à la suite de l’emploi de viande empoisonnée contre les chiens errants. A Jaun, d’autres animaux – renards, blaireau, milan, chat – ont aussi été empoisonnés.

- Plusieurs loups ont aussi été abattus de manière illégale ces derniers mois en Valais. Ces actes de braconnage menacent-ils les populations?

- Non. Qu’on le veuille ou non, le loup est en train de reconquérir la Suisse, et cela depuis une vingtaine d’années. Quand il est en phase d’expansion, ce prédateur peut voir ses effectifs s’accroître de plus de 20% par année. Ce n’est donc pas un tir isolé qui va y changer grand-chose. Si on abat un loup, un autre prend sa place. Cependant il ne faut pas banaliser le braconnage. D’abord, parce que c’est regrettable pour l’animal concerné. Mais surtout, quand on tue un animal au hasard, on risque de perturber la dynamique des populations. Le fait d’abattre un mâle ou une femelle alpha peut ainsi mener à une augmentation de la prédation! Seuls des tirs bien ciblés permettent de réguler les populations de manière efficace.

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- Comment expliquer que de telles résistances locales persistent?

- Les positions sont très virulentes de part et d’autre, à tel point qu’il est parfois difficile d’échanger. Etant actif dans des organisations de chasseurs, qui sont généralement opposés au retour du loup, et dans des associations de protection de la nature qui lui sont favorables, je suis souvent pris à partie à ce sujet. Il est certes impossible de promettre un retour du loup avec un risque zéro pour les troupeaux. Mais il faut rappeler que cet animal a des avantages, puisqu’il participe à la régulation naturelle de la faune. Il est aussi favorable au tourisme, car les visiteurs l’associent à une nature sauvage et préservée.

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