La porte du vaisseau s’ouvre sur un paysage ocre de sable et de rochers. Dans son scaphandre jaune de 32 kg, l’astronaute de l’Agence spatiale européenne (ESA) Diego Urbina s’avance et pose le pied sur le sol de Mars. Avant de planter, avec son collègue Alexandre Smolevski, les drapeaux russes, chinois et de l’ESA! Si la scène était réelle, la Terre entière serait collée à son écran TV. Mais il s’agit là d’une simulation, réalisée lundi à l’Institute for Biomedical Problems (IBMP) à Moscou; elle marque la moitié de la mission Mars500.

Pour cette expérience, six hommes – trois Russes, un Français, un Italo-Colombien et un Chinois – sont reclus durant 520 jours dans un caisson de 200 m3 représentant un véhicule spatial en route vers Mars. Ils y sont entrés il y a huit mois, soit le temps du voyage vers la planète rouge ( LT du 3.6.2010 ). Le 12 février, trois d’entre eux ont simulé un amarsissage à bord d’un petit module, les autres restant «en orbite».

«Pas un jeu»

Lors de la «sortie» effectuée lundi, deux astronautes ont évolué durant une heure dans un hangar de 60m2, imitant le cratère Gusev, site très intéressant de Mars au vu des informations qu’il pourrait livrer sur l’histoire de la planète. Ils ont aussi procédé à diverses tâches: déploiement de senseurs, récolte de minerai, etc. «Des excercices difficiles dans de tels costumes», souligne Jennifer Ngo-Anh, responsable de Mars500 à l’ESA. Deux autres sorties extravéhiculaires sont prévues les 18 et 22 février, avant le long retour (statique) vers la Terre de 240 jours.

Pour Xavier Pasco, expert à la Fondation pour la recherche stratégique, à Paris, «ce sont les aspects psychologiques de l’expérience plus que ces exercices simulés sur Mars – une belle opération de communication surtout – qui sont intéressants.» Jennifer Ngo-Anh ne cache pas que «les objectifs de Mars500 sont d’étudier les effets d’un long confinement sur l’état psychologique et la santé des six astronautes». Ainsi, même s’il ne s’agit pas d’un jeu, ces sorties, qui se veulent aussi réalistes que possible, «constituent aussi simplement un événement pour lequel l’équipage pouvait se réjouir, durant cette longue aventure.»