Avec plus de 9700 personnes actuellement hospitalisées en raison du Covid-19, dont environ 400 patients aux soins intensifs, certains hôpitaux suisses tournent à flux très tendus.

Face à cette situation, et faisant appel à la solidarité intercantonale, Alain Berset, ministre de la Santé, a sommé début novembre les autorités cantonales de mettre à nouveau un frein aux opérations dites électives, voire même de les arrêter, afin de pouvoir accueillir les patients des cantons voisins quand cela était nécessaire.

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Sur quelle base décide-t-on de ce qu’est une opération non urgente et quelle est la situation dans les hôpitaux romands? Qui fait ce choix de reporter certaines interventions? Et quels sont les risques pour les patients? Réponses en trois points.

1) Une opération élective, c’est quoi?

«Tout ce qui n’est pas urgent est considéré comme électif», résume Philippe Eckert, directeur général du CHUV, à Lausanne. Depuis le 29 octobre dernier, et afin de libérer des places et des forces de travail pour prendre en charge le grand nombre de patients covid, l’hôpital vaudois a décidé de réduire son activité programmée, à savoir toutes les interventions médicales et chirurgicales, ainsi que les hospitalisations et les consultations ambulatoires ne mettant pas en péril la santé ou la vie d’un patient. Résultat: le bloc opératoire tourne actuellement à environ 50% de sa capacité totale, comme au printemps lors de la première vague.

«Si on doit par exemple prendre la décision de déplacer une opération oncologique, cela ne sera, au plus, que de quelques jours, alors qu’une intervention pour une arthrose de la hanche, sauf douleurs insupportables, pourra, elle, être programmée deux mois plus tard sans que cela entraîne trop de conséquences délétères», détaille Philippe Eckert.

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Du côté des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), qui avaient été contraints d’annuler plus de 1000 interventions chirurgicales au printemps, seules celles qui sont urgentes et semi-urgentes sont encore pratiquées aujourd’hui. «Cela concerne toutes les opérations qui ne peuvent pas attendre trois mois, par exemple les polytraumatismes, les urgences viscérales, l’oncologie, la transplantation et la neurochirurgie crânienne», explique Frédéric Triponez, chef du département de chirurgie aux HUG.

Depuis le 3 novembre, le Centre hospitalier du Valais romand (CHVR) a, quant à lui, réduit de 100% l’activité élective, en gardant 9 salles d’opération ouvertes sur 20 pour les opérations urgentes. «Le nombre d’interventions est actuellement inférieur de près de 60% par rapport à la même période en 2019», pointe Joakim Faiss, collaborateur spécialisé de l’Hôpital du Valais.

2) Qui prend la décision de repousser certaines opérations?

Contrairement à la première vague, où l’arrêt de toutes les activités économiques non essentielles avait été demandé par le Conseil fédéral, c’est désormais aux départements cantonaux de la santé de prendre cette décision en fonction de l’évolution de la situation sanitaire sur leur territoire.

Sur cette base, c’est ensuite aux spécialistes concernés d’analyser leurs programmes opératoires et décider des interventions à repousser, comme le précise l’Ordonnance 2 COVID-19 édictée en mars par le Conseil fédéral.

«Il y a certains services, comme la chirurgie plastique ou l’orthopédie, où des choix sont plus faciles à faire, et d’autres, comme l’oncologie ou la chirurgie cardiaque ou vasculaire, où cela s’avère beaucoup plus compliqué, précise Philippe Eckert. Cela demande un grand travail de réorganisation et d’évaluation, car il faut analyser chaque cas séparément. Au CHUV, ces décisions reviennent aux chefs de service, qui connaissent à la fois les patients et leurs pathologies.»

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«Un chirurgien qui souhaite opérer un patient fait une demande au bloc, et le bureau opératoire vérifie le caractère urgent ou semi-urgent de l’intervention avant de la programmer, ajoute de son côté Frédéric Triponez, des HUG. A noter que des exceptions sont possibles, par exemple lors de syndromes douloureux importants dans le cadre d’une pathologie chirurgicale, comme les hernies discales.»

3) Quels sont les risques pour les patients?

Le report des opérations pour faire face à la saturation des hôpitaux pourrait-il avoir des conséquences délétères sur certains malades? Des opérations oncologiques sont-elles reportées en Suisse, comme le suggérait un article publié sur le site Foreign Policy?

«L’oncologie est l’un des services qui tournent et fonctionnent normalement et n’autorisent aucun délai et aucune remise en question des traitements qui visent à soigner le cancer, car on sait que tout retard dans une prise en charge signifie probablement un cancer qui avance», rappelle Solange Peters, cheffe du service d’oncologie médicale du CHUV, dans une vidéo publiée par l’institution.

Lors de la première vague, «les opérations oncologiques ont été effectuées pour les patients ayant terminé leur chimiothérapie. Pour certains cas, les chimiothérapies ont été prolongées ou des alternatives à la chirurgie ont été proposées, par exemple des radio-embolisations», décrivent de leur côté Frédéric Triponez des HUG et Nicolas Demartines, chef du service de chirurgie viscérale du CHUV, dans un éditorial de la Revue médicale suisse.

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Déprogrammées en nombre au printemps, les chirurgies de reconstruction mammaire semblent toujours maintenues durant cette deuxième vague, sous condition qu’elles puissent être réalisées en ambulatoire. «Les retours que nous avons dans le groupe sont plutôt de l’ordre des inquiétudes liées au fait d’attraper le Covid-19 et de devoir être encore plus vigilant que d’habitude», relate Christine Bienvenu, créatrice de la plateforme pour les personnes souffrant d’un cancer du sein et leurs proches Seinplement Romand(e)s.

«Le risque principal pour les patients serait de reporter trop tard une opération, souligne Philippe Eckert. C’est pour cela, notamment, que l’on collabore avec les cliniques privées, afin qu’elles mettent à disposition des lits de soins intensifs pour les patients covid, mais aussi pour y effectuer un certain nombre d’interventions que l’on ne pourrait pas reporter en janvier.»

Même topo du côté de Genève, qui, comme au printemps, a réactivé la collaboration entamée avec les cliniques privées. «Une commission vient également d’être mise en place afin de suivre l’impact éventuel des reports d’interventions grâce à des indicateurs et d’être capable, le cas échéant, de faire évoluer les pratiques», souligne Frédéric Triponez.