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Les ordinosaures, monstres rares mais nécessaires

Un article sur les «jumboordinateurs» de la fin des années 1970

«Tout au sommet de la hiérarchie des systèmes informatiques, planent à des hauteurs vertigineuses les jumboordinateurs, les ordinosaures de notre siècle. Ces monstres dont la puissance et la vitesse de calcul sont telles qu’elles n’évoquent plus rien de tangible pour le cerveau humain, ont-ils encore leur raison d’être? Une poignée de constructeurs en semblent persuadés. Deux d’entre eux ont annoncé récemment leur supermodèle, à Londres. Le Britannique ICL dévoilait il y a quelques mois le DAP (Distributed Array Processor) tandis que l’américain Control Data, spécialiste de longue date des ordinateurs géants, divulguait fin janvier le Cyber 203, modèle le plus puissant qu’il ait jamais produit.

La caractéristique essentielle de ces superordinateurs est la puissance et la rapidité. Ainsi le Cyber 203 est-il à même d’effectuer 100 millions d’opérations par seconde. Comparé à un ordinateur classique haut de gamme comme l’IBM 3031 par exemple, il est 50 à 200 fois plus rapide. Pour atteindre de tels échelons de rapidité, pour lesquels il a d’ailleurs fallu inventer de nouvelles unités de mesure [comme le mégaflops, soit un million d’opérations en virgule flottante par seconde], le progrès technologique et la miniaturisation des circuits n’étaient plus suffisants. C’est pourquoi les concepteurs des nouveaux grands géants ont fait porter leur effort de recherche sur la structure de ces systèmes. Ceux-ci sont dotés aujourd’hui d’architectures nouvelles qui les différencient essentiellement des ordinateurs classiques.

Certains, comme le Cyber 203 et son prédécesseur le Star 100 ou le très connu Cray 1 de Cray Research, sont dotés d’un ou plusieurs processeurs, dits «pipeline». Le cerveau est divisé en plusieurs unités d’exécution affectées à une tâche et agencés comme sur une chaîne de montage. […]

Seuls ces monstres ont des performances suffisantes pour accomplir certaines tâches. Plusieurs secteurs de l’industrie ne peuvent plus se passer de ces «croqueurs de chiffres», ainsi que les appellent les Américains.

La météorologie est peut-être le domaine sur lequel l’homme de la rue est le plus sensible. Mais sait-il qu’il faut exécuter 10 milliards d’opérations pour prévoir le temps de façon précise 24 heures à l’avance? Seul un jumbo pourra les exécuter dans le temps imparti.

L’industrie pétrolière est également très gourmande en grands calculs. L’estimation des réserves pétrolifères à 3000 mètres sous terre nécessite la résolution d’équations complexes décrivant le flux du pétrole, de l’eau, du gaz, etc. Le modèle établi fait appel à la résolution simultanée de 46 000 équations.

Enfin des économies d’énergie substantielles peuvent être obtenues, dans l’industrie aéronautique, en remplaçant les tunnels à soufflerie par des simulations sur jumboordinateurs.

Bien qu’encore limitées, ces applications ont, on le voit, une importance fondamentale dans des disciplines variées, mais où le refrain «économie d’énergie» revient souvent en leitmotiv. Il est donc à prévoir que de nouvelles applications feront appel à ces phénoménales puissances de calcul, dès qu’une rentabilité économique pourra être dégagée.

C’est pourquoi la course à la puissance et à la vitesse accrues se poursuit. Les grands frères du Cyber 203 pointent déjà à l’horizon . »

« L’homme de la rue sait-il qu’il faut exécuter 10 milliards d’opérations pour prévoir le temps de façon précise 24 heures à l’avance? »

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