Santé

Oublier les acouphènes, c’est possible

Bourdonnements, sifflements, cliquetis dans les oreilles: les acouphènes touchent 10% de la population. Contrairement à certaines idées reçues, il est possible de parvenir à atténuer ces bruits parasites. Le CHUV y consacre jeudi soir une conférence

Un sifflement aigu et continu, présent jour et nuit. C’est le supplice qu’endure Thomas, 30 ans, depuis déjà dix ans. Lié à un traumatisme sonore, vestige de ses premières sorties en discothèque, l’acouphène dont souffre le jeune homme s’est depuis passablement atténué, sans pour autant lui laisser de répit. «Cela a été très difficile au début, j’ai passé plusieurs nuits blanches. Le son était si fort que c’était à vouloir s’en taper la tête contre les murs. Au travail, selon les situations, j’entendais davantage mon acouphène que la voix de mes interlocuteurs. Je terminais certaines journées complètement lessivé.»

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Comme Thomas, on estime qu’environ 10% de la population souffre d’acouphène chronique, un symptôme se traduisant par la sensation de bourdonnements, de cliquetis ou de sifflements dans l’oreille. Parmi les personnes concernées, un individu sur dix serait même dans une situation de grande souffrance. L’apparition d’un acouphène peut être liée à diverses affections, telles que problèmes vasculaires, respiratoires ou encore à des myoclonies, à savoir des contractions musculaires involontaires des muscles du voile du palais ou entourant les osselets situés dans l’oreille interne. Les médecins parlent alors d’acouphènes objectifs, pour lesquels une vibration bruyante est démontrable.

A l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement pour arrêter définitivement le bruit parasite, mais il est possible de faire en sorte qu’il soit beaucoup moins gênant

Laurent Frikart, médecin ORL agréé au CHUV

Dans la grande majorité des cas toutefois, les acouphènes sont dits subjectifs, à savoir que la source sonore n’est pas identifiable. Ces derniers sont souvent attachés à une perte auditive, consécutive à un traumatisme sonore, au vieillissement, à des séquelles d’otite, une maladie de Ménière, des lésions du nerf auditif ou encore à la prise de certains médicaments pouvant s’avérer toxiques pour l’oreille. Par ailleurs, des problèmes dans la région cranio-cervicale sont également en mesure d’entraîner l’apparition d’acouphènes somato-sensoriels.

Reprendre le contrôle

Si l’acouphène n’est pas considéré comme une maladie, mais comme un symptôme, plusieurs spécialistes se battent aujourd’hui contre l’idée reçue que rien ne peut être entrepris pour améliorer le quotidien des personnes touchées. C’est le cas de Laurent Frikart, médecin ORL agréé au CHUV, qui coordonne la prise en charge pluridisciplinaire des patients atteints d’acouphènes. Il participera, avec son équipe, à une conférence organisée le 8 mars à Lausanne sur cette thématique: «A l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement pour arrêter définitivement le bruit parasite, mais il est possible de faire en sorte qu’il soit beaucoup moins gênant, voire plus du tout. Les individus souffrant d’acouphènes ont souvent un sentiment de perte de maîtrise, ils redoutent que cela ne s’aggrave, de ne plus jamais entendre le silence. Plusieurs thérapies visent à leur redonner une forme de contrôle.»

A cet égard, les stratégies sont multiples: une étude publiée en 2017 dans la revue Psychotherapy and Psychosomatics a par exemple démontré que la pratique de la méditation de pleine conscience pouvait atténuer la sévérité des acouphènes chroniques et réduire les sentiments de détresse psychologique souvent associés. «La sophrologie ou l’hypnose peuvent aussi s’avérer des pistes intéressantes pour gérer le stress et les émotions négatives, explique Luzia Grabherr, psychologue assistante attachée notamment à la consultation médico-psychologique des acouphènes du CHUV. Les thérapies cognitivo-comportementales, plus longues, sont davantage indiquées lorsque les patients souffrent par ailleurs de troubles anxieux ou de dépression. Dans ce cas, on essaie de travailler sur les facteurs psychologiques ou sociaux qui aggravent la perception de l’acouphène, mais aussi sur les comportements, afin d’éviter le risque d’isolement social.»

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Thomas, lui, a trouvé un moyen de soulager de manière importante l’intensité de ses acouphènes notamment avec l’ostéopathie, une méthode pouvant se révéler efficace en cas d’acouphènes somato-sensoriels.

Déshabituer le cerveau

Depuis quelques années, la communauté scientifique commence également à mieux comprendre le mécanisme des acouphènes. Le plus souvent, ce symptôme proviendrait d’un endommagement des cellules ciliées de l’oreille interne, dont le but est de transformer les ondes sonores en énergie électrique. «Si ces cellules auditives sont abîmées, par exemple à la suite d’un traumatisme, les signaux électriques seront de moins bonne qualité, et le cerveau va alors agir comme un amplificateur, décrit Laurent Frikart. Par ailleurs, si les acouphènes peuvent devenir aussi gênants pour certaines personnes, c’est que le traitement de cette information sonore ne touche pas que le cortex auditif mais aussi d’autres zones du cerveau, comme le système limbique, impliqué dans la gestion des émotions et la mémoire. Dans certains cas, le cerveau associe l’acouphène à un ressenti extrêmement négatif, pouvant engendrer du stress ou de l’anxiété.»

Ces découvertes ont permis la mise en place de nouveaux outils thérapeutiques. C’est par exemple le cas de la thérapie d’habituation aux acouphènes. L’idée étant, à l’aide d’un appareil auditif générant des bruitages différents, d’aider le cerveau à se défocaliser de l’acouphène, en le mettant en compétition avec d’autres bruits moins hostiles. Avec des résultats très encourageants.


«Vous avez dit acouphènes?» Conférence publique le 8 mars de 18h à 19h30 à l’Auditoire Jequier-Doge, au CHUV, à Lausanne.

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