Les ancêtres des Amérindiens avaient traversé le détroit de Béring beaucoup plus tôt, tandis que les Inuits, qui sont aussi venus de Sibérie, sont arrivés plusieurs milliers d’années après les Paléoesquimaux, expliquent ces chercheurs dont les travaux paraissent dans la revue américaine «Science». Pour tenter aussi de percer le mystère des Paléoesquimaux représentants de la culture de Dorset, disparus soudainement sans laisser de traces, ces paléontologues ont collecté des fragments d’ADN provenant de restes humains anciens dans le nord du Canada, au Groenland et en Sibérie. Les résultats des analyses d’ADN montrent que les Paléoesquimaux sont restés génétiquement isolés pendant des milliers d’années et que la culture de Dorset n’a pas disparu par un processus d’assimilation avec d’autres peuples. Ainsi les Inuits modernes ne descendent pas directement des Paléoesquimaux mais de la culture de Thulé, un autre peuple préhistorique de l’Arctique.

«Nos études génétiques montrent que les Paléoesquimaux constituaient un seul groupe dans l’Arctique… et qu’ils ont survécu sans contact extérieur pendant plus de 4000 ans», explique Eske Willerslev, un biologiste de l’évolution de l’Université de Copenhague au Danemark, un des coauteurs de cette étude. «C’est une surprise car chaque fois qu’un peuple en rencontrait un autre nous avons trouvé des indications de relations sexuelles entre leurs membres respectifs», explique-t-il. «Nous sommes ici en présence d’une situation unique où malgré le fait d’avoir eu des contacts avec leurs voisins dont on a trouvé des traces, les Paléoesquimaux ont choisi de vivre isolés», poursuit-il.

Des analyses de l’ADN mitochondriale, transmises par la mère et qui permet de retracer la lignée matriarcale, suggèrent que les relations consanguines étaient très répandues parmi les Paléoesquimaux, ce qui a pu les affaiblir et contribuer à leur extinction. «Ils ont survécu pendant près de 5000 ans, ce qui fait que cette consanguinité ne les a pas totalement détruits», relève toutefois Esle Willerslev. «Mais cela a probablement provoqué un grand nombre de problèmes de santé», ajoute-t-il.

Ces chercheurs suggèrent également un changement climatique dans l’Arctique qui aurait pu rendre les conditions de vie beaucoup plus difficiles pour plusieurs générations de Paléoesquimaux. Même de faibles variations de température dans l’Arctique peuvent avoir des effets dévastateurs sur la faune marine, réduisant fortement des sources vitales d’alimentation. Si ces études génétiques ont permis d’exclure l’hypothèse d’une intégration de la culture de Dorset dans le peuple inuit moderne, le mystère de la disparition des Paléoesquimaux reste entier, estiment ces chercheurs. Selon eux, la prochaine étape sera d’examiner plus de restes humains anciens en quête d’indices pour tenter de résoudre cette énigme.