Médecine

Des pansements cellulaires pour soigner le cœur

La production de cellules cardiaques à partir de cellules souches pourrait être une solution pour soigner les zones mortes de l’infarctus. Les premiers patchs dérivés de cellules souches embryonnaires ont été testés

En novembre 2014, à la grand-messe américaine de la cardiologie à Chicago, le médecin Roberto Bolli, de l’Université de Louisville, aux Etats-Unis, annonçait avec enthousiasme: «La thérapie cellulaire sera une révolution pour la régénération du cœur.» La recherche fondamentale a apporté des preuves prometteuses de l’efficacité de ­cellules souches à améliorer la fonction du cœur dans des modèles animaux d’infarctus. Chez l’homme, les essais cliniques se multiplient, mais si certains valident la sûreté de la technique, la preuve de bénéfices clairs reste à apporter.

L’infarctus est un dysfonctionnement du cœur provoqué par la nécrose de cellules cardiaques par manque d’oxygène. La thérapie cellulaire consiste à implanter, sur le site malade du cœur, de nouvelles cellules cardiaques générées à partir de cellules souches pluripotentes (capable de produire tous les types de cellules) ou multipotentes (produisant un nombre limité de types cellulaires).

Les cellules souches de la moelle osseuse, par exemple, sont multipotentes et faciles d’accès. D’où l’idée de les prélever chez le patient lui-même et de les injecter sur la zone morte du cœur. «Les résultats chez les animaux se sont avérés négatifs, mais des cliniciens sont allés de l’avant et plusieurs essais cliniques, dont certains toujours en cours, ont testé l’efficacité de ces cellules, explique Marisa Jaconi, biologiste et spécialiste en thérapie cellulaire pour le cœur à l’Université de Genève. Pour l’instant, les résultats ne montrent qu’une amélioration négligeable et transitoire de la fonction cardiaque, vraisemblablement due à la sécrétion, par les cellules injectées, de facteurs de croissance qui limitent la nécrose sans régénérer, hélas, le tissu lésé.»

Patch cellulaire sur le cœur

Philippe Menasché, chirurgien cardiaque à l’Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, mise pour sa part sur des cellules souches pluripotentes d’origine embryonnaire. Le 16 janvier, il a annoncé avoir réussi pour la première fois la greffe de cellules cardiaques humaines dérivées de ces cellules souches sur le cœur d’une patiente en insuffisance cardiaque. Cet essai clinique vise à tester la sûreté et la faisabilité de la méthode. «Nous avons posé sur le cœur un «patch» constitué de polymères et de cellules cardiaques lors d’un pontage coronarien [opération chirurgicale sur les vaisseaux qui irriguent le cœur pour soigner la zone morte]», explique Philippe Menasché, qui prévoit d’inclure six patients dans cet essai.

La mise au point du patch a relancé la recherche sur la thérapie cellulaire. Pour ses tests, Philippe Menasché s’est inspiré des patchs biologiques mis au point en 2002 par Marisa Jaconi et ses collègues. «On a piégé les cellules cardiaques dans une matrice de fibrine, une substance naturelle du corps impliquée dans la formation de caillot lors de la coagulation, explique la chercheuse genevoise. Ce patch, contrairement à l’injection directe dans le cœur pratiquée jusqu’alors, permet aux cellules de s’accrocher plus facilement à la paroi du cœur qui bat et d’infiltrer la zone de l’infarctus.» L’équipe de Marisa Jaconi a montré en 2012 que l’implantation de patchs avec des cellules dérivées de cellules embryonnaires améliorait la fonction cardiaque chez des rats.

Une banque internationale

Un point négatif toutefois: les cellules souches embryonnaires, qui diffèrent génétiquement du patient, risquent d’être rejetées. «D’où l’idée de créer une banque de ces cellules et d’y chercher les compatibilités comme pour les greffes d’organes», propose Marisa Jaconi.

Une autre solution serait de produire des cellules cardiaques à partir de cellules du patient. Le biologiste japonais Shinya Yamanaka et son équipe ont découvert qu’un nombre minimal de gènes pouvaient rendre pluripotente n’importe quelle cellule du corps, ce qui lui a valu un Prix Nobel en 2012. Ces cellules dites pluripotentes induites (iPS) peuvent produire des cellules cardiaques.

«Les iPS pourraient permettre d’éviter les rejets du patch car elles sont produites à partir de cellules du patient, précise Marisa Jaconi. Mais leur utilisation en clinique est musique d’avenir: leur production clinique est très coûteuse et demande encore beaucoup de temps et de vérifications.» Le chercheur japonais a annoncé en janvier 2014 le projet de création d’une banque internationale de cellules souches avec des iPS compatibles pour au moins 90% de la population du ­Japon.

 

 

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