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Le papillomavirus reste trop méconnu

Dix ans après le lancement d’un programme national de vaccination contre le HPV, infection sexuellement transmissible pouvant provoquer des complications dans certains cas, une enquête nationale pointe notamment du doigt le manque d’informations au sein de la population

Plus de dix ans après son introduction en Suisse, qu’en est-il du programme de vaccination national contre le papillomavirus humain (HPV), un groupe de virus extrêmement courant pour lequel il n’existe, pour l’heure, aucun traitement définitif? Les objectifs de la Confédération sont-ils atteints? Et surtout qu’en pensent les principaux intéressés? Une récente enquête nationale sur la sexualité des jeunes, réalisée sur plus de 7000 personnes âgées de 26 ans en moyenne, vient apporter un éclairage intéressant sur ces questions.

Pour rappel, les infections au HPV, transmissibles sexuellement, sont bénignes dans 90% des cas et disparaissent spontanément. Cependant, une dizaine de génotypes de HPV (il en existe, en tout, une centaine) sont en mesure de provoquer des complications telles que des condylomes acuminés – des verrues génitales –, ou des cancers, comme celui du col de l’utérus, de l’anus, de la vulve, du vagin, du pénis ou encore de la région buccale et pharyngienne. C'est contre ces formes de HPV que les vaccins mis sur le marché – le Gardasil et le Cervarix – entendent lutter.

En 2015: Vaccin anti-papillomavirus: les garçons aussi

Disparités cantonales

Premier constat de l’enquête réalisée par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) du CHUV, le Pôle de recherche national LIVES à l’Université de Lausanne et l’Hôpital universitaire de Zurich: 40% des femmes et 8% des hommes de la tranche d’âge testée déclarent avoir été vaccinés contre le HPV. C’est peu en rapport avec l’objectif de 80% de couverture vaccinale souhaité par la Confédération, mais ces chiffres correspondent à ce que l’on observe actuellement au niveau national, à savoir 53% de personnes vaccinées, selon les statistiques fédérales. Initialement, les recommandations de vaccination s’adressaient aux jeunes filles entre 11 et 15 ans – avant les premiers rapports sexuels – et aux adolescentes et aux femmes entre 16 et 26 ans; les autorités fédérales ont ensuite étendu la recommandation aux garçons depuis 2016.

Plus globalement, il est à noter que la couverture vaccinale est extrêmement disparate d’un canton à l’autre. Outre-Sarine, le taux de personnes vaccinées est plus faible qu’en Suisse romande. A titre d’exemple, en Valais, près de 80% des jeunes âgés de 16 ans ont reçu les deux doses recommandées de vaccins entre 2014 et 2016, alors qu’ils étaient 66% dans le canton de Vaud, 30% à Obwald et 34% en Appenzell Rhodes-Extérieures. Ces différences tiennent en partie à des disparités culturelles, mais surtout au lieu d’implantation des programmes. Une enquête nationale réalisée en 2014 par l’Office fédéral de la santé publique montrait ainsi que 86% des Romandes de 11 à 14 ans et 48% des 15 à 19 ans effectuaient leur première vaccination contre les HPV dans le cadre d’un service de santé scolaire, contre 22% et 24% en Suisse alémanique.

«On souhaiterait faire progresser ces chiffres, explique Virginie Masserey, cheffe de la section contrôle de l’infection et programme de vaccination à l’OFSP. Dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle stratégie nationale de vaccination, nous aimerions faire en sorte que l’accès à la vaccination, mais aussi à l’information soit encore facilité. Dans ce sens, nous allons encourager les échanges entre les cantons, certains ayant de meilleures pratiques que d’autres, mais aussi repenser toute notre communication autour des HPV, afin qu’elle soit plus adaptée au public cible.»

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Histoire intime lacunaire

Dans ce sens, l’enquête sur la sexualité des jeunes montre que la moitié des hommes et plus d’un cinquième des femmes ignorent s’ils ont reçu, ou non, un vaccin anti-HPV. «Ces chiffres nous ont beaucoup interpellés, relève Yara Barrense-Dias, chercheuse au sein du Groupe de recherche sur la santé des adolescents de l’IUMSP et coauteure de l’étude. Cela nous pousse à nous interroger sur les informations délivrées lors de l’administration du vaccin. Ces dernières étaient-elles vraiment suffisantes?»

Martine Jacot-Guillarmod, médecin associée à l’Unité de colposcopie du CHUV, n’est pas surprise: «C’est un état de fait que nous observons également en consultations. Il n’est en effet pas rare que des adolescentes de 18 ou 19 ans ne sachent pas vraiment en quoi consiste le HPV, contre quoi elles ont été vaccinées ou encore le nombre exact d’injections reçues.»

Refus de principe

L’enquête pointe également les raisons ayant conduit des personnes à ne pas se faire vacciner. Outre la méconnaissance quant à l’existence même d’un vaccin, évoquée surtout par les hommes, la cause principale semble résider dans un refus de toute forme de vaccination. Par contre, les différentes polémiques en lien avec les vaccins anti-HPV, accusés de provoquer des effets secondaires graves ou la survenue de maladies auto-immunes, telle la sclérose en plaques, ne semblent pas avoir joué un rôle spécifique dans cette décision, selon les auteurs.

Pourquoi les autorités ont-elles décidé, en 2007, de lancer une politique nationale de vaccination? En Suisse, quelque 5000 nouvelles femmes présentent chaque année des stades précurseurs du cancer du col de l’utérus (on parle de dysplasie cervicale), 250 sont diagnostiquées comme porteuses d’un cancer, et 80 décèdent de cette maladie. En outre, 70% des cancers du col de l’utérus sont directement liés aux types 16 et 18 du HPV.

Baisse des consultations

«La disponibilité d’une vaccination nous a poussés à réfléchir à ce qu’elle pouvait apporter pour prévenir encore davantage l’apparition de cancers cervicaux, explique Virginie Masserey. Jusqu’en 2007, nous avions comme seul moyen de prévention le dépistage par frottis, qui reste recommandé. Malgré cela, l’incidence de ce type de cancer était toujours significative, surtout chez les femmes jeunes. Le vaccin représentait un moyen supplémentaire pour éviter ces cancers, mais aussi pour réduire les dysplasies cervicales, qui nécessitent des interventions chirurgicales.»

Plusieurs études ont démontré une diminution de moitié des infections au HPV à la suite de la mise en place de programmes de vaccination nationaux, notamment aux Etats-Unis. En Suisse, une tendance similaire semble s’observer: «On le voit dans l’unité de colposcopie du CHUV, qui traite les patientes atteintes de complications liées aux HPV, décrit Martine Jacot-Guillarmod. Depuis quelques mois, nous commençons à voir une baisse du nombre de consultations, ce qui est très réjouissant.»

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