En trois courts épisodes estivaux, «Le Temps» s'interroge sur le destin d'insectes enchanteurs de notre enfance: face à la densification des agglomérations, que sont-ils devenus?

Dans la mémoire, son souvenir laisse apparaître un tapis d’un noir abyssal parsemé de miettes scintillantes, comme tombées des cavités de la lune que des vers auraient grignotée jusqu’à la faire disparaître. Des vers luisants, en l’occurrence.

Connu sous le nom de grand lampyre ou Lampyris noctiluca, c’est le plus commun de la famille des lampyridés recensés en Suisse, ces coléoptères bioluminescents dont font aussi partie les lucioles. Mais contrairement à ses cousines plus méridionales, le ver luisant ne clignote pas et seules les femelles sont dotées d’organes photiques disposés sur leur abdomen, qui leur permettent d’émettre cette lumière froide si caractéristique.

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«Au cours des nuits d’été, saison qui correspond à la période de reproduction, elles se postent à même le sol, sur une pierre ou sur une feuille d’arbuste et signalent ainsi leur présence aux mâles, qui, contrairement à leurs congénères féminines, volent», indique Yannick Chittaro, entomologiste au Centre suisse de cartographie de la faune (CSCF). Une fois le couple réuni, la lumière s’éteint, l’accouplement a lieu, donnant jusqu’à une centaine d’œufs, parfois légèrement luminescents. Les larves mettront ensuite deux ans à atteindre le stade adulte, semant la terreur parmi les escargots et les limaces dont elles se nourrissent.

Biotopes variés

L’expansion des zones construites et l’intensification de l’agriculture au cours des cinquante dernières années ont inévitablement détruit une partie de leur habitat naturel et conduit à une raréfaction de leurs proies. Les mâles sont en outre leurrés par les lumières de nos agglomérations et repèrent plus difficilement les femelles.

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Sans parler de déclin, Yannick Chittaro observe que «la distribution du ver luisant s’est restreinte sur le territoire, autour des villes logiquement». Et de recommander quelques mesures simples aux particuliers permettant de faciliter les rencontres, comme d’éviter de tondre les gazons à ras, ou de varier la structure des jardins avec des coins ombragés favorables aux gastéropodes et des clairières pour faciliter le repérage du mâle. Ou encore de retirer les luminaires de jardin.

Alors, s’offre aux yeux du promeneur la parade luminescente du lampyre. De préférence au cours d’une nuit noire, sans lune.