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Partager ses données pour faire avancer la science

Plusieurs initiatives visent à valoriser l’échange de données de recherche sur Internet. En Suisse, un nouveau portail national inauguré fin novembre doit aider les scientifiques à sauter le pas

Alors que l’objectif du CERN en créant le Web était de favoriser l’échange de données entre chercheurs du monde entier, en réalité, vingt-cinq ans après, les scientifiques sont loin d’en profiter pleinement. Protégés, cachés, non publiés, les résultats de recherche sont difficiles à trouver.

Cela pourrait changer en Suisse, grâce à un nouveau site internet présenté fin novembre à Lausanne, lors de la Journée suisse de la gestion de données de recherche. Ce portail, issu du projet national Data Lifecycle Management (DLCM) financé par Swissuniversities, devrait aider les chercheurs suisses à choisir la meilleure manière de gérer et publier leurs résultats.

Pour Martin Vetterli, président du Fonds national suisse (FNS) et bientôt président de l’EPFL, la Suisse pourrait avoir un impact incroyable sur le monde scientifique, si elle se jetait à l’eau en partageant toutes ses données de recherche. «C’est une révolution qui demande un changement de culture et une technologie adaptée», estime-t-il.

Un mal pour un bien

La plupart des scientifiques publient actuellement leurs résultats sous forme d’articles dans des revues spécialisées. Ces articles participent à leur renommée, mais le chemin est difficile. Pour qu’un éditeur scientifique accepte de publier leur texte, celui-ci doit remplir diverses conditions et notamment être expertisé par des spécialistes. L’article n’est ensuite accessible que via un abonnement, souvent coûteux, à une revue.

En revanche, publier en libre accès permet de mettre les informations scientifiques à disposition de tous les internautes. Les autres chercheurs peuvent ainsi réutiliser les données pour un autre projet. Et les auteurs gardent les droits sur leur contenu.

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Faciliter la publication en accès libre

Si le modèle du libre accès existe depuis plusieurs années, il reste pourtant difficile à mettre en place pour les chercheurs qui doivent se poser tout un tas de questions. Sur quelle plateforme publier ses données? Qui y aura accès et à quelles conditions? Comment rendre anonymes des données personnelles et sensibles? Comment s’y prendre pour que ces informations soient réutilisables?

Le nouveau portail répond justement à ces interrogations. Il présente des lignes directrices à suivre pour partager correctement ses résultats, et une check-list de questions à se poser lors de la rédaction d’une politique de gestion des données scientifiques. Une liste d’outils informatiques et de sites internet est également mise en ligne pour faciliter la démarche des chercheurs. Des informations qui peuvent aussi être utiles pour le public.

Faire avancer la connaissance

«Rappelez-vous pourquoi vous avez décidé de faire de la recherche. Ce n’était pas pour la gloire mais pour faire avancer la connaissance humaine. Avec le numérique, c’est désormais possible. Il n’y a plus d’excuse», a réagi Marta Teperek, responsable de la gestion de données à l’Université de Cambridge, lors de sa présentation durant l’événement.

Selon une enquête de McKiernan et Elife sortie en juillet dernier, en partageant leurs données, les chercheurs augmentent leur visibilité. Et ils sont trois fois plus cités s’ils mettent leur recherche en libre accès sur Internet, par rapport à une publication classique dans une revue. «Il faut arrêter de mettre la responsabilité sur les institutions et les bailleurs de fonds, tout le monde devrait penser à partager ses données de recherche», conclut Marta Teperek.

Une tendance qui risque de devenir obligatoire pour les scientifiques, puisque le programme européen de recherche et innovation Horizon 2020 imposera, par défaut, la rédaction d’un plan de gestion des données dès le 1er janvier 2017. Et le FNS, principal soutien helvétique, possède déjà un article dans son règlement qui vise à favoriser les publications en libre accès et prévoit désormais un soutien financier.


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