environnement 

Partout dans le monde, le vertigineux déclin des zones humides

Les marais, cours d’eau, lacs et autres zones humides disparaissent trois fois plus vite que les forêts, d’après un nouveau rapport mondial de la Convention de Ramsar. Ces milieux ont pourtant un rôle crucial à jouer face aux défis environnementaux actuels

Lacs, marais, cours d’eau, tourbières, lagunes, mangroves… les zones humides font partie des milieux terrestres les plus variés et les plus riches en espèces. Las, leurs surfaces se réduisent comme peau de chagrin partout dans le monde, d’après un nouveau rapport de la Convention de Ramsar, organisation internationale qui recense ces milieux et promeut leur conservation. Entre 1970 et 2015, quelque 35% des zones humides mondiales ont disparu. Elles s’amenuisent ainsi trois fois plus vite que les forêts. Le constat n’est guère plus réjouissant en Suisse.

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Signée dans la ville iranienne du même nom et entrée en vigueur en 1975, la Convention de Ramsar a été ratifiée par 170 pays et a permis la mise sous protection de 2300 zones humides d’importance, couvrant une surface de près de 250 millions d’hectares, soit entre 13 et 18% de leur superficie totale. La Suisse abrite 11 sites Ramsar, dont la rive sud du lac de Neuchâtel, les Grangettes ou encore les vallons de l’Allondon et de la Laire. «Il s’agit toutefois de réserves de relativement petite taille, par rapport à d’autres sites Ramsar emblématiques comme le delta du Danube. Ce type de grands ensembles possédant une dynamique naturelle a disparu en Suisse», constate Sarah Pearson Perret, secrétaire romande de Pro Natura.

En Suisse, on estime que 80% des zones humides ont disparu depuis une centaine d’années

Béatrice Werffeli, suppléante à la cheffe de section Espèces et milieux naturels de l’Office fédéral de l’environnement

Toutes les régions du monde sont concernées par la disparition des zones humides, mais elle est surtout marquée en Amérique latine, où elle a atteint un taux de 59% entre 1990 et 2015. Dans le même temps, l’Europe a perdu 35% de ces milieux. Sur le Vieux-Continent, c’est la région méditerranéenne qui enregistre le plus de dégradations. «En Suisse, on estime que 80% des zones humides ont disparu depuis une centaine d’années. Deux tiers des milieux aquatiques et humides actuels demeurent menacés», indique Béatrice Werffeli, suppléante à la cheffe de section Espèces et milieux naturels de l’Office fédéral de l’environnement.

Urbanisation et drainage

Les raisons de ce déclin sont multiples: le rapport de la fondation Ramsar cite pêle-mêle l’urbanisation, en particulier sur les zones côtières et dans les deltas fluviaux, la concurrence avec l’agriculture, le drainage, les barrages qui interrompent les flux aquatiques naturels, l’érosion des sols liée au déboisement… Dans de nombreux cas, ces milieux ne disparaissent pas mais connaissent une dégradation, notamment de la qualité des eaux.

«Un des problèmes majeurs constatés en Suisse est celui de l’eutrophisation. Les marais reçoivent de grandes quantités d’azote en provenance, en particulier, des zones agricoles. Or ces matières nutritives changent l’équilibre du milieu et défavorisent les flore et faune typiques», relève Sarah Pearson Perret. Béatrice Werffeli constate que «la surface totale des zones humides s’est stabilisée en Suisse, mais leur qualité continue de se dégrader, en raison des apports de nutriments mais aussi de phénomènes d’assèchement».

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La détérioration des zones humides à travers le monde entraîne avec elle le déclin de toute une cohorte d’espèces animales et végétales inféodées à ces milieux. Plus de la moitié d’entre elles serait en danger d’extinction. Les amphibiens constituent le groupe le plus vulnérable, mais les poissons, reptiles et grands mammifères sont aussi menacés.

Approvisionnement en eau

Le nouveau rapport de la Convention de Ramsar, publié avant la 13e session de la Conférence de ses parties contractantes (COP13) du 21 au 29 octobre à Dubaï, entend alerter sur le sort des milieux humides mais aussi informer sur les solutions qu’ils offrent. «Face au changement climatique, à l’augmentation de la demande en eau et aux risques accrus d’inondations et de sécheresse, les zones humides ont un rôle essentiel à jouer en matière de développement durable», estime la secrétaire générale de la convention, Martha Rojas Urrego. Ces milieux fournissent en effet de nombreux «services écosystémiques» dont la valeur est encore peu prise en compte d’un point de vue économique: approvisionnement en eau potable, nourriture et diverses matières premières, stockage du CO2, protection contre les crues, etc.

Comment faire pour enrayer la tendance négative actuelle? Pour la Convention de Ramsar, l’inscription de nouveaux sites en vue de leur protection ne suffit pas. Les zones humides doivent faire partie intégrante des plans nationaux de développement, et des mesures d’incitation peuvent favoriser l’implication des populations et des entreprises dans leur conservation.

Approuvée fin 2017, la Stratégie biodiversité Suisse vise quant à elle à maintenir en l’état les zones humides helvétiques et à concevoir des infrastructures écologiques afin de les relier entre elles. Pour Pro Natura, il est aussi essentiel d’investir dans la restauration des marais et de promouvoir des pratiques agricoles compatibles avec ces milieux.

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