«Cette mutation nous ravit»

Le Temps: Votre analyse?

Patrick Aebischer: Les experts de l’UE, dont je ne connais pas l’identité, soutiennent le Human Brain Project (HBP) dans ses grandes lignes. Celui-ci va «maturer», c’est positif. Je ne vois rien d’insurmontable. Comme dans tous les grands projets – tel qu’aller sur la Lune –, il faut du temps pour mettre en place la bonne organisation. Je rappelle que présenter une grande vision, des attentes, est ce qui était demandé dans la postulation de ces projets européens. Les choses se mettent gentiment en place. Toute une série de résultats concrets sont déjà là. Certes, il nous faut nous restructurer. Mais cela va nous aider.

– On évoque une structure administrative paneuropéenne, multisites. Est-ce à dire qu’il ne faudra plus dire que l’EPFL est le siège du HBP, mais seulement une de ses antennes?

– Mais le HBP n’a jamais été le projet de la seule EPFL. A son tout début, peut-être. Mais je ne vois pas comment une telle initiative peut être portée par une seule institution. Si on gardera toujours sa paternité, il faut partager ce projet, le «désinstitutionnaliser», faire qu’il devienne vraiment européen, comme l’est le CERN. Il n’y a aucune critique contre l’EPFL elle-même. Cette mutation est naturelle, et nous ravit. Cela assure la pérennité de l’ensemble.

– Si ces adaptations organisationnelles sont acceptées, les objectifs scientifiques seront-ils aussi revus?

– Du point de vue scientifique, ce projet avait déjà passé trois évaluations, voici la quatrième. La médiation externe [par un spécialiste nom­mé en septembre 2014] n’a pas pour but de réévaluer le projet sous cet angle; pour rappel, c’est nous qui avons sollicité ce médiateur. Ce rôle échoit à la Communauté européenne, qui dicte quoi faire. Nous allons mettre en place ses recommandations. Les sciences cognitives seront réintégrées. Mais, au départ, le projet était un projet ICT (pour Information and Communication Technologies). Les experts externes auraient pu décider de tout arrêter, ils ne l’ont pas fait. Ils soutiennent le projet, comme ils l’écrivent. C’est là l’essentiel.