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La pause dans le réchauffement n’en était pas une

La hausse des températures terrestres a-t-elle stagné entre 1998 et 2012, comme le suggèrent des observations? Non, réaffirme une équipe suisse, qui a passé en revue la littérature scientifique sur le sujet

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Après deux années de records consécutifs de température à la surface du globe, en 2015 et 2016, nous en avons la certitude: le réchauffement climatique ne s’est pas arrêté en 1998. Pourtant, entre 1998 et 2012, les observations avaient constaté un palier dans la hausse des températures, en dépit d’une augmentation sans faille des rejets de gaz à effet de serre.

De quoi semer le doute dans l’esprit des décideurs politiques et des citoyens, et doper l’ardeur des climatosceptiques et de lobbies du charbon et du pétrole, trop heureux d’y voir la preuve que l’homme n’est pas responsable du changement climatique. Depuis, des centaines de travaux ont tenté d’expliquer les raisons de ce que l’on a qualifié de pause ou de hiatus dans le réchauffement terrestre. Un groupe de l’école polytechnique fédérale de Zurich en produit une synthèse nécessaire aujourd’hui dans «Nature».

«Rien ne permet d’affirmer que le réchauffement climatique a pu s’arrêter ou ralentir», résume Iselin Medhaug, principale auteure de l’étude, qui estime que le terme de pause ou de hiatus est impropre pour désigner ce qui s’est passé entre 1998 et 2012. «C’est avant tout la variabilité naturelle qui explique les températures relativement plus fraîches observées lors de cette période.» Un avis partagé par Stefan Rahmstorf, de l’université de Potsdam (Allemagne), qui n’a pas participé à l’étude: «Ces observations ne sont pas significatives sur le plan statistique. Il s’agit de variations naturelles à court terme qui se superposent à la tendance, à long terme, de réchauffement climatique.»

«Pas de lobby de l’exagération climatique»

Car un monde réchauffé ne signifie pas pour autant que la température doit systématiquement augmenter d’une année sur l’autre. «Nous avions d’ailleurs montré en 2007 que la hausse de température au cours des seize années précédentes correspondait à la tendance haute des modèles de simulation. Une évolution liée, là encore, à la variabilité naturelle du climat. Mais comme il n’existe pas de lobby de l’exagération climatique, cela n’a donné lieu à aucune polémique dans les médias comme on a pu en voir à propos des observations sur la période 1998-2012.»

Outre les variations naturelles du climat, le groupe d’Iselin Medhaug pointe aussi les incertitudes liées aux observations de température, en particulier dans les océans. «Avant 2005, nous n’avions pas de données à l’échelle globale sur l’ensemble des océans. C’est à partir de ce moment-là, avec la mise en service progressive des quelque 4000 bouées submersibles du projet international Argo, que les scientifiques ont pu disposer de données de température, et de salinité, de la surface jusqu’à environ 2000 mètres de profondeur.»

De plus, comme l’explique Karina von Schuckmann, du centre français d’analyses et de prévisions océaniques Mercator Océan, le réseau d’observation doit encore être amélioré. «D’abord pour des profondeurs supérieures à 2000 mètres, mais aussi dans les régions côtières peu profondes et dans les océans Arctique et Antarctique. Il faut donc toujours raisonner en tenant compte des incertitudes liées aux observations.» C’est pour cela que les chercheurs réinterrogent sans cesse et affinent leurs données pour disposer des informations aussi précises que possible qui sont essentielles pour nourrir les modèles de simulation.

Accélération de la montée des océans

«Ce débat sur l’existence ou pas d’un hiatus aura au moins eu un grand mérite, car il a fait progresser la science, analyse Karina von Schuckmann. Cela a permis d’avancer dans la compréhension des incertitudes et dans l’évolution des phénomènes à l’échelle de la décennie.» Pour Iselin Medhaug, il devrait aussi conduire les scientifiques à mieux communiquer sur leurs résultats. «A trop insister sur la tendance au réchauffement climatique, nous n’avons peut-être pas assez expliqué comment la variabilité naturelle altère les évolutions à court terme, à la hausse ou à la baisse, sans remettre en cause la tendance à long terme. A l’inverse, si on se focalise trop sur la variabilité naturelle, les gens oublieront que le climat se réchauffe rapidement.»

Des travaux français publiés le 22 avril dans «Geophysical Review Letters» documentent justement un des effets des changements climatiques: ils montrent une accélération de la montée des océans. Mesurée par satellite, la hausse du niveau moyen des océans a atteint 3,3 millimètres par an sur la décennie 2004-2015, contre 2,5 mm par an entre 1993 et 2004. Cette accélération serait surtout liée à la fonte de la calotte polaire du Groenland, calculent les chercheurs français. Autant de preuves que la pause n’en était pas une, n’en déplaise aux détracteurs de la climatologie.

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