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«Dans ma peau», une exposition très tactile

Du 13 mars au 3 juin, le Musée de l’homme met en scène le plus grand organe du corps humain, deux fois plus lourd que notre cerveau. Où l’on découvre ses exceptionnelles facultés d’adaptation à son environnement et la fascinante richesse du sens du toucher

«Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau.» L’exposition qui s’ouvre ce 13 mars à Paris, au Musée de l’homme, ne démentira pas cet aphorisme de Paul Valéry. D’abord parce qu’elle vous fait pénétrer – via un authentique tunnel – dans les profondeurs de votre peau. Ensuite parce qu’elle vous plonge, conformément à l’ADN de ce musée, dans le lointain passé de l’humanité, et dans un formidable voyage à travers la diversité des peuples et des cultures.

La peau se renouvelle entièrement tous les 25 à 45 jours, soit 1200 fois au cours de la vie

Tout ce qui revêt, colore et orne la peau humaine – ses vêtements, ses bijoux, ses odeurs et parfums, ses piercings et tatouages – offre autant de «marqueurs d’identité culturelle», relève Alain Epelboin, médecin anthropologue au Museum national français d’histoire naturelle à Paris. La peau et sa pigmentation, au fil de l’histoire de l’humanité, ont donné lieu à toutes les dérives possibles: racisme, stigmatisation, xénophobie… Le Musée de l’homme s’inscrit bien évidemment à rebours de ces tragiques préjugés. «Les différences de couleur de peau sont tout à fait superficielles et résultent de la biologie de l’évolution. Elles n’ont rien à voir avec la valeur sociale ou le niveau de civilisation d’une personne», rappelle ici Nina Jablonski, anthropologue américaine.

66 nuances de peau

Chez l’adulte, la peau pèse 3 à 5 kg – deux fois plus qu’un cerveau! Traversant la couche cornée, vous entrerez, comme par magie, dans l’épiderme puis le derme. Via des expériences ludiques, vous découvrirez les cellules de la peau, la diversité de ses couleurs, la richesse de ses récepteurs sensoriels. Dans un nuancier de 66 teintes, vous pourrez identifier la couleur de votre propre peau.

Savez-vous que votre épiderme met entre 25 et 45 jours pour se renouveler entièrement? Qu’au cours d’une vie, il se renouvelle 1200 fois en moyenne? Que chaque millimètre carré de votre peau héberge de 500 à 2000 mélanocytes, ces cellules qui produisent la mélanine? Qu’un adulte au repos élimine 0,6 à 1 kg de sueur par jour – 3 kg dans les régions tropicales? Que vous avez 5 millions de poils sur tout le corps, dont 1 million sur la tête? Que vous disposez de 600 000 récepteurs du toucher sur tout le corps?

Fascinante complexité du sens du toucher, que vous pourrez expérimenter. Savez-vous qu’un souffle active vos follicules pileux? Qu’une caresse, ou la lecture du braille, stimule vos «disques de Merkel»? Qu’un massage met en jeu vos «corpuscules de Ruffini»? En cas de pression trop forte, des récepteurs de la douleur s’en mêlent. «Dès la naissance, le bébé est massé à l’aide d’huiles végétales, de beurre de karité, de crèmes cosmétiques… Et cela nous façonne», souligne Alain Epelboin. C’est la dimension psychique associée à notre enveloppe corporelle. Par ses cicatrices involontaires ou volontaires, la peau est aussi «un lieu de mémoire des événements de vie».

Bactérie qui pue

«La peau est le seul organe du corps à avoir une capacité d’adaptation aussi grande», note Nina Jablonski. Notamment via la production de mélanine, ce pigment qui offre une protection partielle contre les ultra-violets. Plus riches en mélanine, les peaux noires sont aussi mieux protégées. C’est comme si elles étaient en permanence enduites d’une crème solaire d’indice SPF15.

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Un espace traite aussi d’une découverte récente: le microbiote cutané, ce tapis de microbes (bactéries, levures…) à la surface de votre peau, rempart vivant contre les infections. Il renforce la cohésion des cellules de l’épiderme, peut aider à cicatriser les plaies. Vous découvrirez Brevibacterium, la bactérie utilisée pour fabriquer le munster… en cause dans la sympathique odeur de fromage du pied en surchauffe.

Un autre espace est consacré à la reconstitution de la peau. En 1979, un épiderme était reconstruit in vitro. En 1986, on lui ajoutait un équivalent de derme. Exposées aux UV, ces peaux reconstruites parviennent à bronzer! Le défi actuel: les équiper de follicules pileux et de terminaisons nerveuses. Et explorer le potentiel de la bio-impression 3D, pour leur donner une architecture plus naturelle.

A l’issue de ce parcours, vous découvrirez le piercing à travers les âges et les cultures. Dès la préhistoire, l’homme s’y est livré. En Australie, un ornement de nez vieux de 46 000 ans a été découvert – une pratique perpétuée chez les Aborigènes australiens. En Europe, les boucles d’oreilles sont la seule forme de piercing qui ait traversé les époques. Mais l’Occident s’est ouvert à d’autres modes de piercing, issus du mouvement des «primitifs modernes», né en Californie dans les années 1970.


Dans ma peau
Exposition immersive
Musée de l’homme à Paris
Du 13 mars au 3 juin 2019 (9 à 12 euros)

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