Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Paysage industriel du Shanxi, dans le nord-est de la Chine.
© Kevin Frayer/Getty Images

Environnement

Pékin lance les grandes opérations contre le smog

Pays le plus polluant au monde, la Chine mène une ambitieuse campagne pour diminuer ses émissions de CO2. Elle a fait fermer des centaines d’usines et oblige la population à se chauffer au gaz. Objectif: améliorer la qualité de l’air

La Chine est le pays le plus polluant de la terre. Ses émissions de CO2 représentent près de 30% du total mondial et, cette année, elles vont croître de 3,5%, selon le Global carbon project. Le pays génère en effet deux tiers de son électricité avec du charbon et la plupart de ses usines sont alimentées avec ce combustible fossile.

Depuis quelques mois, Pékin s’est toutefois lancé dans une campagne antipollution sans précédent. «Celle-ci cible tout particulièrement la région de Pékin-Tianjin-Hebei, la plus affectée par la pollution de l’air», note Huang Wei, une experte de ce domaine chez Greenpeace Chine. Chaque hiver, cette zone qui comprend à la fois la capitale et le poumon industriel du pays est recouverte d’une épaisse couche de smog et voit ses niveaux de PM 2,5, des particules fines particulièrement nocives, atteindre des niveaux records.

La nouvelle offensive gouvernementale exige que 28 villes situées dans cette région diminuent leurs émissions de CO2 de 15% d’ici à mars 2018. Pour y parvenir, des centaines d’usines ont été fermées. «Il s’agit surtout de petites installations dépourvues de filtres à air, qui se trouvent à proximité de zones résidentielles ou qui opèrent de façon illégale, sans avoir obtenu les permis nécessaires», souligne Huang Wei.

Industries polluantes ciblées

Les industries les plus polluantes, comme l’acier, l’aluminium, le verre ou le ciment, ont également été ciblées. La ville de Tangshan, qui produit la majorité de l’acier du pays, va devoir fermer la moitié de ses usines durant l’hiver 2017. China Hongqiao, le plus grand producteur d’aluminium au monde, a dû se défaire de 2,7 millions de tonnes de capacité cette année.

Pour s’assurer que ces mesures sont respectées, le Ministère de l’environnement a déployé des milliers d’inspecteurs à travers le nord-est du pays. «Les résultats de ces contrôles ont ensuite été publiés, pour que le public fasse pression sur les municipalités qui ne respectaient pas les règles antipollution», indique Fu Lu, la directrice de l’antenne chinoise de l’ONG Clean Air Asia. Quelque 1140 officiels ont été punis après ces inspections.

Durant l’hiver 2012-13, Pékin a connu un épisode de pollution particulièrement grave, qualifié d’Airpocalypse dans les médias. Cela a fait prendre conscience à la population de la gravité du problème

Fu Lu, directrice de l’antenne chinoise de Clean Air Asia

Les effets de ces mesures antipollution se font sentir loin à la ronde. Le prix de l’aluminium, de l’acier, du nickel et du zinc ont explosé depuis quelques mois, en raison des coupes dans la production chinoise. L’Australie, qui fournit une bonne partie du minerai de fer absorbé par l’Empire du Milieu, a vu son économie ralentir pour la première fois depuis des décennies.

Les entreprises occidentales de textile, de jouets ou de meubles qui se fournissent en Chine ont vu leurs factures croître de 20 à 30%: leurs fournisseurs leur font payer le prix des mesures antipollution (installation de filtres, alimentation au gaz). Cette campagne verte pourrait faire perdre 0,25% à la croissance du PIB chinois sur les six prochains mois, selon la Société Générale.

Parmi les autres mesures adoptées figure la suspension de tous les travaux de construction à Pékin durant l’hiver. «Les camions normalement utilisés pour transporter des biens depuis le port de Tianjin ont été bannis des routes chinoises, complète Fu Lu. Seuls les véhicules fonctionnant au gaz ont le droit de circuler.»

Foyers privés de chauffage

L’usage de charbon pour se chauffer, une pratique très courante en Chine, a lui aussi été interdit. «Les particuliers doivent désormais se servir de chauffages fonctionnant au gaz ou à l’électricité», précise l’experte. Mais la mise en place de ces installations a pris du retard et la Chine souffre d’une pénurie de gaz. Résultat, des millions de foyers se sont retrouvés sans chauffage ces dernières semaines, alors que les températures plongeaient en dessous de zéro.

Pourquoi la Chine a-t-elle soudain décidé d’agir? «En 2013, le gouvernement a adopté un plan d’action environnemental contenant un certain nombre d’objectifs à atteindre d’ici à fin 2017, explique Fu Lu. Les autorités ont donc redoublé d’efforts ces derniers mois pour y parvenir.» Ce document prévoit une diminution des concentrations de PM 2,5 de 25% dans la région de Pékin-Tianjin-Hebei, de 20% dans le bassin du Yangtzé, là où se trouve Shanghai, et de 15% dans le Delta de la Rivière des Perles, qui abrite Shenzhen et Guangzhou.

Lire aussi: Dans l’enfer des «villages du cancer» chinois

Éviter à tout prix un mouvement de contestation

Or sur les dix premiers mois de l’année, les niveaux de PM 2,5 ont crû de 8,5% dans le nord-est du pays. «En 2016, ils ont atteint 73 microgrammes par m³, alors que le plan d’action prévoit une moyenne annuelle maximale de 60 microgrammes», précise Huang Wei.

Le gouvernement, qui veut à tout prix éviter l’émergence d’un mouvement de contestation, a aussi été poussé à agir par le mécontentement des classes moyennes et supérieures vivant dans les grandes villes côtières. «Durant l’hiver 2012-2013, Pékin a connu un épisode de pollution particulièrement grave, qualifié d’Airpocalypse dans les médias, raconte Fu Lu. Cela a fait prendre conscience à la population de la gravité du problème et des conséquences potentielle pour leur santé.»

Les efforts chinois ne devraient pas se tarir de sitôt. Cette année, la Chine a installé 54 gigawatts d’énergie solaire, un record. Les renouvelables devraient représenter 40% de son mix énergétique d’ici à 2040, selon l’Agence internationale de l’énergie. Pékin a également annoncé l’interdiction progressive des moteurs à combustion. D’ici à 2019, 10% des véhicules vendus en Chine devront être électriques.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sciences

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

Chaque année, 350 millions d’hectares de forêts, friches et cultures sont ravagés par des incendies, soit la taille de l’Inde. L’astronaute allemand Alexander Gerst partage sur Twitter sa vue panoramique sur le réchauffement climatique depuis la Station spatiale internationale

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

This handout picture obtained from the European Space Agency (ESA) on August 7, 2018 shows a view taken by German astronaut and geophysicist Alexander Gerst, showing wildfires in the state of California as seen from the International Space Station…
© ALEXANDER GERST