En octobre 2012, le gouvernement chinois a enfin accepté d’installer ses propres stations de mesure de la qualité de l’air à Pékin, après un an de croisade d’internautes, appuyés par une brochette de célébrités. La capitale en compte désormais 35.

Jusque-là et depuis 2008, seule l’ambassade américaine disposait de sa propre station de mesure, tenant informé le public en publiant ses bulletins de météorologie sur Twitter, ce qui avait exaspéré le gouvernement chinois.

Lors des trois jours de smog qui se sont succédé depuis vendredi 11 janvier, des pics inégalés, dépassant les 700 µg de particules par mètre cube (µg/m3) ont été atteints samedi soir: l’une des stations municipales a indiqué le taux de 993 µg/m3. L’ambassade américaine, elle, dans le nord-est de Pékin, a vu son indice atteindre 886 µg/m3, et 586 µg/m3 en moyenne sur vingt-quatre heures, soit 23 fois la norme recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La blogosphère chinoise a échangé un nombre record de commentaires sur l’état «hors indice» (baobiao en chinois) de la capitale chinoise ce week-end: le niveau des 500 µg/m3, largement dépassé, est désigné comme «dangereux». Des internautes ont détourné la chanson «Pékin, Pékin» du chanteur pop Wang Feng: «Qui vit dans le brouillard et qui y meurt?»

En cause, la vague de froid qui a touché la capitale ces dernières semaines et une grande partie du Nord-Est, augmentant les rejets dus au chauffage urbain. Et la croissance exponentielle des véhicules en circulation.

Bois, charbon et explosion industrielle

Cette crise, estime He Xiaoxia, l’une des fondatrices de l’ONG pékinoise Green Beagle, résulte de «l’explosion de la pollution entraînée par le développement économique de ces dernières décennies». La périphérie sous-développée de Pékin a accueilli des usines qui ont quitté le centre et, dans la ceinture de pauvreté des villages pour migrants, on se chauffe encore au charbon ou au bois, rappelle-t-elle. Il y a aussi la pollution en provenance des provinces limitrophes, comme la région minière du Shanxi.

Alors que les Pékinois se ruaient sur les purificateurs d’air et les différents modèles de masques disponibles à la vente, le plan d’urgence de la pollution de l’air, lancé le 1er janvier, a pour la première fois été enclenché dimanche, afin de proscrire toute activité extérieure pour les écoliers. Différentes mesures de suspension des chantiers et du service de nettoyage urbain ont aussi été annoncées.

Les pics de pollution des derniers jours sont également les premiers depuis l’annonce, le 6 décembre, par le Ministère de la protection de l’environnement, d’un plan de réduction de la pollution de l’air, dont la première phase a été rattachée au douzième plan quinquennal en cours (2011-2015).

A Pékin, la proportion annuelle moyenne de particules PM2,5 doit être réduite d’au moins 15% en 2015 par rapport au niveau de 2010, et de 30% en 2020. La capitale a déjà commencé depuis 2010 à moderniser son réseau de chauffage urbain: l’intégralité des quelque 60 grandes centrales de chauffage de la capitale, qui fonctionnent au charbon, doit être convertie au gaz d’ici à 2015.

Pour l’écologiste Ma Jun, il y a toujours en Chine un problème d’application des mesures annoncées – que davantage de transparence pourrait améliorer. «On a besoin de plus d’informations sur les sources de pollution afin que le public puisse aider les départements de protection de l’environnement à les surveiller», estime-t-il.