Pour affronter l’hiver en même temps que la pandémie de coronavirus, les médecins et les autorités sanitaires ont tous recommandé, depuis quelques semaines, de se faire vacciner contre la grippe saisonnière. Un conseil avisé, cependant plus facile à dire qu’à faire: en quelques jours, la plupart des pharmacies romandes se sont fait dévaliser. Selon notre enquête, il ne reste plus rien à la Pharmacie Populaire de Plainpalais, à Genève, comme dans de nombreuses autres du canton. A Neuchâtel, l’officine Matthys possède à peine encore quelques doses.

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La Pharmacie de la Bâtelière, à Lausanne, avait reçu une centaine de boîtes, précommandées comme toujours très tôt en mars dernier. En quelques jours elles sont toutes parties, notamment à la demande de pédiatres de la ville, qui se sont dépêchés de faire la piqûre à leurs petits patients. La filiale suisse de GlaxoSmithKline (GSK) n’a plus de stock, alors le réassort viendra de France, vendu par Sanofi, et prévu si tout va bien début décembre. Soit bien plus tard que la journée nationale de vaccination contre le virus de l’influenza, le 6 novembre.

En attendant, de nombreux patients sont sur le carreau. Parmi eux beaucoup sont des personnes âgées, à risque, qui d’ordinaire n’avaient jamais de problème à se faire inoculer le vaccin. Mais qui, cette année, devront le faire plus tard que prévu, et croisent les doigts pour ne pas être contaminés avant. A qui la faute?

Manque d’anticipation

Pas aux pharmaciens, répond Tom Glanzmann, porte-parole de la Société suisse des pharmaciens. «Les pharmacies se procurent leurs doses de vaccin auprès des grossistes respectifs, précise-t-il. Cependant, la garantie de disponibilité est la tâche de l’Office fédéral de la santé publique.» En clair: si la répartition des doses est l’affaire des cantons, des médecins et des pharmaciens, c’est à la Confédération de s’assurer que, sur le plan national, la Suisse soit suffisamment dotée pour protéger sa population.

Face aux inquiétudes, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) se veut rassurant. «Jusqu’ici, 1,75 million de doses ont été assurées pour le marché suisse, soit 550 000 de plus que l’an dernier, affirme son porte-parole Yann Hulmann. D’autres doses devraient également pouvoir être disponibles pour le marché suisse.»

Livraisons échelonnées

Cela n’est cependant pas sûr, dans un marché bouleversé par le contexte sanitaire. Dans la mesure où la vaccination contre la grippe hivernale est recommandée dans toute l’Europe, les fabricants ont vu la demande exploser, et sont contraints d’échelonner les livraisons sur une période plus longue. A Genève, Laurent Paoliello, chargé de communication au Département de la santé, ne s’affole pas pour le moment: «Nous avons commandé cet été l’équivalent de 45% de doses en plus cette année, qui seront livrées jusqu’à Noël, explique-t-il. Il n’y avait pas d’urgence à les avoir toutes en même temps, car la campagne officielle de vaccination ne démarre que la semaine prochaine. Et les principaux fabricants, qui sont français, voulaient d’abord fournir leur propre marché avant de nous livrer.»

C’était sans prévoir la précipitation des citoyens et des médecins, qui se sont empressés de se faire vacciner pour être tranquilles au cas où une pénurie aurait lieu. Pour Yann Hulmann, à l’OFSP, retarder quelque peu la petite piqûre ne change rien à son efficacité. «En Suisse, l’épidémie de grippe ne commence généralement pas avant la fin du mois de décembre, plus souvent en janvier, précise-t-il. Même avec une vaccination à la fin de l’année, le système immunitaire de l’organisme dispose de suffisamment de temps.»

Si les fournisseurs ne tiennent pas leurs engagements, ils seront sommés de se justifier

Laurent Paoliello, chargé de communication au département de la santé de l’Etat de Genève

Le canton de Vaud a, lui, commandé 30% de doses en plus. «Les stocks arrivés et attendus suffisent à couvrir les besoins en vaccination des personnes prioritaires», estime la pharmacienne cantonale Marie-Christine Grouzmann, qui souligne que les ruptures de stock actuelles ne sont que «transitoires». Et ajoute: «La campagne de vaccination est prévue par groupes successifs, les premiers concernés étant les professionnels de santé, puis les personnes à risque.» Viennent enfin tous les autres – mais l’idée n’est pas non plus de vacciner l’entier de la population suisse.

A Genève, au département de la santé, Laurent Paoliello avertit: «Si en décembre, les livraisons affichent des retards démesurés, ou si les fournisseurs ne tiennent pas leurs engagements vis-à-vis de la Suisse, alors ils seront sommés de se justifier. D’ici là, pas de panique.»