En annonçant il y a deux mois leur volonté de cloner un être humain, le gynécologue italien Severino Antinori et l'andrologue américain Panayiotis Zavos se sont trouvé un adversaire à leur taille: Ian Wilmut, le père de la brebis Dolly, le premier mammifère cloné. Dans un article paru dans la revue Science du 30 mars, le chercheur du Roslin Institute en Ecosse et son collègue Rudolf Jaenisch, du Département de biologie du Massachusetts Institute of Technology, expliquent pourquoi le projet des deux docteurs Mabuse est une mauvaise idée. «Dans les trois ans qui ont suivi la naissance de Dolly, écrivent-ils, des souris, des vaches, des chèvres et des cochons ont été clonés avec succès et la recherche a accumulé assez d'expérience pour estimer les risques. Le clonage d'animaux est inefficace et le restera probablement encore longtemps.»

La suite ressemble à un inventaire de Prévert. «La plupart des techniques de clonage entraînent des troubles du développement qui se manifestent durant la gestation ou juste après la naissance. Au mieux, quelques pour cent des embryons clonés survivent à la naissance. Et parmi ceux-ci beaucoup meurent dans la période périnatale.» Des dysfonctionnements placentaires semblent être la principale cause de la mort embryonnaire alors que les décès des nouveau-nés sont généralement dus à des problèmes respiratoires et circulatoires. «Il n'y a aucune raison de croire que les résultats avec le clonage humain soient différents», estiment les auteurs.

Clones anormaux

Quand aux bêtes qui ont survécu aux différents stades du développement, elles ne présentent pas toujours des signes de la meilleure santé. Les quelques ruminants clonés qui ont une apparence normale sont en fait «surdimensionnés». D'autres souffrent parfois de dysfonctionnement du système immunitaire ou de malformation du rein ou du cerveau. Et les chercheurs de souligner: «Si on essayait de cloner un être humain, nous serions embarrassés non seulement par la mort précoce d'embryons mais aussi par ceux qui survivront et deviendront des enfants et des adultes anormaux.»

L'explication de ces anomalies est encore floue. La qualité du matériel génétique transféré dans les ovules préalablement énucléés ne semble pas directement en cause. Il s'agirait plutôt d'erreurs lors de la reprogrammation «épigénétique», c'est-à-dire de l'environnement dans lequel baigne le génome, afin qu'il soit prêt à entreprendre un nouveau processus de développement d'un embryon. Cette reprogrammation se déroule normalement durant la spermatogenèse et l'ovogenèse, ce qui, chez l'être humain, prend respectivement plusieurs mois et années. Lors du clonage, cette opération ne dépasse pas quelques minutes voire une heure.

Aucune publication scientifique n'a démontré un tel dysfonctionnement à l'heure actuelle, mais plusieurs indices vont dans ce sens. Par exemple, l'expression de certains gènes a été visiblement altérée lorsque des embryons de souris ou de brebis ont été mis en culture avant d'être implantés dans l'utérus. «Ce qui indique que des perturbations même minimes de l'environnement de l'embryon peuvent entraîner une dérégulation de l'expression de gènes impliqués dans le développement, poursuivent Wilmut et Jaenisch. […] Nous croyons que le clonage de l'être humain, alors que tous les aspects scientifiques de cette discipline n'ont pas encore été clarifiés, est dangereux et irresponsable.»