La pandémie liée au SARS-CoV-2 peut provoquer l’inquiétude des personnes atteintes de pathologies pulmonaires ou souffrant d’allergies. «En temps normal, la principale cause d’hospitalisation des BPCO (maladies pulmonaires obstructives chroniques) et asthmes est un virus», rappelle Laurent Nicod, président de la Société suisse de pneumologie et ancien chef du service de pneumologie du CHUV. Selon la Ligue pulmonaire suisse, 2 à 8% de la population est asthmatique à des degrés divers.

Toutefois, il n’existe pas de preuves scientifiques que les personnes atteintes d’asthme courent plus de risques d’être infectées par le virus. Selon une étude publiée dans The Lancet le 3 avril, les patients atteints d’asthme et de BPCO étaient proportionnellement moins présents parmi les victimes de la maladie que dans la population en général. «Les asthmes compensés ne sont pas plus à risque que le reste de la population», affirme Laurent Nicod. Par mesure de précaution, les personnes atteintes d’un asthme sévère sont tout de même encouragées à appliquer les recommandations destinées aux personnes particulièrement à risque présentées par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Il en va de même pour les personnes atteintes de BPCO, soit 5% de la population, rappelle la Ligue pulmonaire. «Nous avons des inquiétudes pour des patients qui sont atteints par exemple d’arthrite rhumatoïde, reconnaît Laurent Nicod. Elles suivent parfois de gros traitements qui peuvent diminuer l’immunité et les capacités du poumon de se défendre. Mais ce ne sont pas les gens qui remplissent les urgences actuellement parce qu’elles ont compris qu’elles devaient faire plus attention.»

Des traitements à base de cortisone

La principale recommandation adressée aux asthmatiques est donc de ne pas arrêter les traitements destinés à atténuer la maladie. Suspecté d’être à l’origine de complications du Covid-19, l’usage d’anti-inflammatoires et de dérivés de la cortisone a été fortement déconseillé. Ce lien est encore en cours d’investigation, mais cette recommandation ne s’applique pas dans le cas des traitements contre l’asthme.

«La cortisone qui a été décrite comme pouvant péjorer l’infection concerne des doses qui sont de l’ordre de 20 à 50 milligrammes. Dans ce cas, les défenses immunitaires de l’individu sont diminuées, détaille Laurent Nicod. Mais les doses qui sont habituellement prescrites en cas d’asthme sont de l’ordre de 100 à 500 microgrammes.» Ces doses sont donc plus faibles et dix fois inférieures à ce que l’organisme produit quotidiennement. La principale différence c’est qu’elles sont administrées en direction des poumons.

Le traitement doit continuer de se faire en lien avec le médecin. «Les recommandations internationales préconisent désormais la prise de petites doses de corticoïdes inhalés avec un bêtastimulant comme le Ventolin (salbutamol), rappelle Laurent Nicod. Ce dernier, s’il est utilisé pendant plus de cinq jours, risque d’aggraver la maladie.» L’objectif principal est d’éviter une grave crise d’asthme qui nécessiterait une hospitalisation ou un traitement plus important qui affaiblirait le système immunitaire des patients.

Les mêmes questions se posent avec le retour du printemps et des allergies au pollen. Là encore, il convient de poursuivre les traitements. «Il est important d’éviter des symptômes qui, s’ils ne sont pas bien maîtrisés, peuvent être difficiles à différencier d’une infection au coronavirus», souligne Laurent Nicod.

Des fumeurs plus exposés

Selon une première étude parue dans le New England Journal of Medicine, les fumeurs présenteraient plus de risques de développer des cas graves de la maladie. «C’est encore une supposition, pointe Laurent Nicod. Les chiffres qui nous viennent de Chine montrent que les risques d’aller aux soins intensifs sont doublés pour les fumeurs par rapport aux non-fumeurs. Ils ont donc aussi plus de risques de présenter des dégâts liés au coronavirus au niveau de l’arbre bronchique.» Pour le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), l’enzyme ACE2 présente à la surface des cellules pulmonaires est impliquée dans l’infection. Il rappelle également que cette enzyme est plus présente dans les poumons des fumeurs. Pour le moment, il n’existe pas encore de données similaires concernant le vapotage.

Il est également encore trop tôt pour déterminer si fumeurs, asthmatiques et personnes atteintes de BPCO auront plus de difficultés à se remettre de la maladie. «Nous avons encore beaucoup de peine à savoir ce qui va se passer au niveau des séquelles, admet Laurent Nicod. Si on se réfère au SRAS, la plupart des gens qui ont survécu ont bien récupéré. Combien de temps cette récupération nécessitera-t-elle? Trois mois, six mois, ce n’est pas encore clair.»