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Peste noire: les rats innocentés

Des fluctuations climatiques répétées en Asie entre le 14e et le 19e siècle auraient permis la réintroduction répétée de la peste depuis des rongeurs en Asie, selon une nouvelle étude. Ces résultats réfutent la mise en cause de réservoirs de rats infectés en Europe

Les rats noirs, symbole du fléau de la peste qui a tué des millions de personnes en Europe sur une période de 400 ans, pourraient voir leur image redorée. Une équipe de chercheurs norvégiens, suisses et tchèques a observé que les vagues successives d’épidémie entre le 14e et le 19e siècle en Europe étaient fortement associées à des fluctuations du climat en Asie responsables de la propagation de la maladie à partir de gerbilles. Cette étude, relayée mardi par le journal britannique The Guardian, a été publiée dans la revue PNAS.

La peste noire est arrivée d’Asie en 1347 dans les ports européens de la mer Méditerranée, passant par les routes du commerce maritime et de la soie. Elle a tué entre 40 et 60% de la population européenne. Elle n’a pas quitté le continent pendant 400 ans, des vagues d’épidémie successives ayant été observées. Les scientifiques pensaient jusqu’à présent que les sursauts d’épidémie étaient provoqués par la réintroduction de la bactérie de la peste, Yersinia pestis, à partir de réservoirs de rats en Europe.

Mais l’équipe internationale de chercheurs, notamment de l’Institut suisse WSL (Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage), a découvert que chaque nouvelle flambée de la maladie correspondait à une nouvelle entrée de la bactérie par les mêmes voies terrestres et maritimes.

Quinze années de voyage

Pour leurs recherches, ils ont combiné deux lots de données: les 7 711 flambées historiques de la peste référencées géographiquement et les quinze banques de cernes de troncs d’arbres d’Asie et d’Europe. Ces dernières ont permis aux scientifiques de décrypter les fluctuations du climat dans ces régions grâce aux variations des anneaux de croissance des arbres. Ils ont montré qu’à chaque variation climatique affectant les arbres d’Asie centrale était associé, avec environ 15 ans de délai, un sursaut de l’épidémie de peste en Europe. Les auteurs ont pu ainsi identifier au moins 16 réintroductions de la bactérie en Europe suite aux variations du climat.

Comment expliquer le lien entre le climat et la transmission de la maladie? Selon les auteurs, un climat favorable a permis en Asie la prolifération de rongeurs, comme des marmottes ou des gerbilles et donc de leurs hôtes, des puces infectées par le bacille Yersinia pestis. Le passage par la suite à des conditions moins favorables a provoqué la diminution des populations de gerbilles, obligeant les puces infectées à sauter sur d’autres animaux proches, comme des chameaux et des humains. Ces derniers auraient réintroduit la peste en Europe comme en 1347.

«Le rat noir Rattus rattus a vraisemblablement joué un rôle dans la transmission de la peste sur les bateaux et son transport vers les ports, mais son rôle comme réservoir potentiel en Europe est remis en question», écrivent les auteurs. La gerbille ne nous paraîtra plus aussi mignonne…

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