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Petit mais costaud

Depuis son ouverture en 1997, le Musée de la main de Lausanne occupe une place particulière dans le paysage muséologique de Suisse romande. D’abord presque uniquement dédié à la main – financé par une fondation créée par Claude Verdan, chirurgien de la main lausannois – il se transforme assez rapidement en musée «science/culture/société». Tout un programme pour ce musée de petite taille, tant en termes de surface que de personnel qui se compte sur les doigts d’une main. Pourtant, au travers de plus de 30 expositions, il a réussi à développer un style particulier, surtout par son contenu. Certes, des résultats et des faits scientifiques sont présentés, comme dans la plupart des musées scientifiques, mais jamais isolés de leur contexte de production, ni de leur réception. Avec toujours, en arrière-plan, le questionnement, le doute, si présents dans la démarche scientifique, mais trop souvent absents lorsqu’elle se dévoile au public.

Comme tout musée privé, celui «de la main» se bat pour présenter des expositions exigeantes, en recherchant à chaque fois les financements. Las… Depuis peu, vous l’avez peut-être remarqué, son nom s’est rallongé: «Musée de la main UNIL-CHUV». Pas très glamour! C’est la marque d’une mue officielle d’une collaboration de longue date avec ces deux institutions, une reconnaissance qui se traduit aussi par un soutien financier.

Les mauvaises langues – dont je fais parfois partie – ont craint un temps que cette nouvelle configuration ne transforme le Musée de la main en porte-voix de l’Université de Lausanne et du Centre hospitalier universitaire vaudois. Une récente visite dans ce musée m’a plutôt convaincue du contraire. Sous le titre Lab Life, le musée présente notamment une exposition sur la vie de laboratoire, la vraie vie de chercheur. Pas celle des magazines de vulgarisation de grand-papa, ni celle des séries TV (où il n’y a que des gens en blouses blanches en train de pipetter!).

Du coup, on peut s’habiller en plein de chercheurs différents, découvrir que le laboratoire n’est qu’un lieu de recherche parmi d’autres, que les scientifiques cherchent mais aussi s’égarent, doutent, changent d’orientations, passent énormément de temps à écrire des articles, et… à essayer de ne pas se faire prendre de vitesse par d’autres chercheurs, etc.

La vraie vie, quoi! Le seul problème: il ne reste plus que cinq jours pour courir la voir!

* Présidente du réseau romand Science et Cité