La société américaine Space Explorations Technology (SpaceX) doit procéder entre mercredi et jeudi depuis la base militaire de Kwajalein, dans les îles Marshall, au premier lancement d'un véhicule spatial de sa fabrication, une Falcon 1, chargé de placer un satellite d'observation du Pentagone sur une orbite basse. Et alors? Une telle mission n'a plus rien d'exceptionnel par les temps qui courent! Certes, sauf qu'elle est censée inaugurer une nouvelle ère commerciale, en cassant les prix aujourd'hui en vigueur sur ce marché très particulier.

La Falcon1 a pour vocation de devenir selon ses concepteurs «la Volkswagen de l'Espace». A savoir un véhicule à la fois fiable et bon marché. Avec elle, promet le patron de SpaceX, le magnat d'origine sud-africaine Elon Musk, le prix de lancement d'un satellite sera divisé par trois. Il devrait ainsi en coûter 6,9 millions de dollars pour en envoyer un sur une orbite basse, contre 25 à 30 millions aujourd'hui sur les autres lanceurs - américain, indien et israélien - pratiquant ce genre d'exercice. Quant aux versions plus puissantes de la fusée, les Falcon 5 et 9, conçues pour envoyer des satellites sur des orbites sensiblement plus élevées, elles ont toutes les chances de secouer également le marché en proposant des prix très inférieurs à ceux de la concurrence, à commencer par ceux imposés par les entreprises américaines Lockheed et Boeing actuellement en situation de duopole.

La stratégie de SpaceX? Viser la simplicité plutôt que la performance. Ainsi, alors que la plupart des fusées ont plusieurs étages dotés chacun de multiples moteurs, la Falcon 1, elle, n'en a que deux, pourvus chacun d'un seul propulseur, sobre évidemment, plus proche «de celui d'un camion que de celui d'une voiture de course». Et qu'importe que la technologie utilisée remonte aux années 60, pourvu qu'elle soit fiable!

Une place à prendre

Toujours dans un esprit d'économie, tout ce qui peut être récupéré devra l'être, à commencer par les étages du lanceur. Tant pis si l'idée suppose d'aller les repêcher en plein océan et de les rafistoler. Cela sera toujours meilleur marché que de construire de nouvelles fusées, assure Elon Musk, pour qui sacrifier de tels trésors technologiques «est aussi absurde que de jeter des 747 après chaque vol». Enfin, l'entreprise n'a prévu d'employer qu'une bonne vingtaine de personnes dans son centre de contrôle contre 200 chez Lockheed ou Boeing.

Elon Musk qui se retrouve à 34 ans à la tête d'une fortune de 300 millions de dollars, après avoir eu deux coups de génie sur Internet, veut y croire. A l'heure où les géants américains du secteur ont vu leurs carnets de commandes se vider sous la pression de la concurrence étrangère (russe et européenne notamment), il affirme que le gouvernement des Etats-Unis a tout avantage à soutenir ses efforts. Pour des motifs financiers, les économies que l'administration est susceptible de réaliser, comme pour des raisons politiques, le maintien de la compétitivité nationale.

Quelques gros clients, comme le Pentagone, le gouvernement malais et l'agence spatiale suédoise ainsi que des sociétés privées américaines, l'ont entendu, puisqu'ils ont d'ores et déjà réservé des places sur des Falcon. Mais l'entreprise suscite encore une bonne dose de scepticisme. «Les nouvelles fusées connaissent un haut taux de mortalité», a remarqué un analyste de la politique spatiale, John E. Pike de GlobalSecurity.org, un institut sans but lucratif basé à Alexandria, dans la banlieue de Washington. «Pour être considéré comme un concurrent, a expliqué un porte-parole de Boeing, Dan Beck, SpaceX doit réussir un lancement.»

Affaire à suivre, en ce milieu de semaine, du côté des îles Marshall.