«Un insecte, et alors?» Attention, il ne faut pas le regarder de haut, le capricorne asiatique. Ce coléoptère de 25 à 35 mm fait sa place petit à petit en Suisse. Venu de Chine, il représente un danger pour les arbres feuillus et principalement les fruitiers, qu’il tue en quelques années. A tel point que Winterthour a dû abattre 64 arbres la semaine dernière. Comme lui, beaucoup d’insectes invasifs viennent d’Asie (lire encadrés).

Avec le réchauffement climatique global, ces espèces survivent plus facilement en Suisse. Faut-il vraiment en avoir peur? La menace du capricorne asiatique est prise très au sérieux. «A l’étranger, en particulier aux Etats-Unis, une vaste campagne d’extermination a été mise en place», explique Therese Plüss, spécialiste des espèces exotiques en forêt au sein de l’Office fédéral de l’environnement.

Des chiens spécialement entraînés ont récemment trouvé une centaine d’insectes à Winterthour. «On ne sait pas exactement ce que ces chiens sentent, ajoute la spécialiste. Il s’agit peut-être des molécules de l’intestin des capricornes et des sciures qu’ils produisent.» Les arbres abattus ont directement été broyés, puis brûlés. L’an dernier, des spécimens sont apparus à Bâle, à Fribourg et en Thurgovie.

Ni prédateur ni parasite

Après leur arrivée à l’intérieur de palettes de transport en bois et dans des plantes, la Suisse est un endroit rêvé pour les capricornes: personne ne vient naturellement les manger. Idem pour les autres envahisseurs, que ce soit des insectes, des plantes ou d’autres animaux, comme l’écrevisse américaine, depuis longtemps chez nous, ou le vison américain. «Ils n’ont pas leur cortège de prédateurs, ni de parasites. Ils n’ont pas non plus de concurrents», insiste Stève Breitenmoser, entomologiste à la station de recherches Agroscope de Changins-Wädenswil, qui nous a permis de réaliser les cartes d’identité de certains parasites.

Quel que soit l’insecte envahisseur, difficile d’empêcher sa venue, selon ce spécialiste: «On se rend souvent compte trop tard de sa présence et on ne peut que constater les dégâts, comme avec la coccinelle asiatique.» Utilisée pour lutter contre les pucerons dans certains pays d’Europe, celle-ci s’est éparpillée jusqu’en Suisse. En face d’elle, les coccinelles indigènes font difficilement le poids.

C’est le plus souvent par hasard que ces intrus arrivent, comme l’explique Joseph Emmenegger, responsable du service phytosanitaire cantonal à Fribourg: «La chrysomèle des racines du maïs est parvenue en Europe à Belgrade en avion dans les années 1990. Elle voyageait dans le matériel des soldats américains envoyés en poste là-bas. Elle s’est déplacée ensuite gentiment vers l’ouest, en passant par l’Italie, puis le Tessin.»

Facture de 20 millions

S’ils s’attaquent aux arbres et aux cultures, certains insectes représentent aussi un danger pour l’homme. Venu de l’Asie du Sud-Est, le moustique tigre peut apporter, entre autres, la dengue, le chikungunya, le virus du Nil occidental et le virus de l’encéphalite japonaise. «On en a déjà trouvé au sud des Alpes et, une fois, en Argovie», indique Stève Breitenmoser. Quant aux arbres attaqués par le capricorne asiatique, leurs branches peuvent tomber et blesser les promeneurs. «Ça s’est déjà produit au Canada», note Joseph Emmenegger.

Quelle est la facture de ces espèces envahissantes? Difficile à dire, surtout qu’il faut additionner les frais de surveillance et d’éradication, les pertes financières pour les agriculteurs et pour les propriétaires de forêts, et ceci pour les insectes, les autres animaux et les plantes. Des chiffres existent néan­moins. Pour lutter contre les plantes invasives, la Fondation Pro Natura table sur une facture annuelle de 20 millions de francs en Suisse. En 2008, pour tous les envahisseurs réunis, la Commission européenne parlait d’une somme de 12 milliards d’euros pour le continent.