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Les canards de bain, ces nids à microbes.
© Zvg/Eawag

microbiologie

Les petits canards de bain, ces vilains nids à microbes

Prisés des enfants, les palmipèdes en plastique sont des lieux de villégiature appréciés des bactéries et des champignons. Une équipe américano-suisse s’est penchée sur ce qui favorise leur prolifération

C’est une expérience que chacun peut tenter dans sa baignoire: pressez un canard en plastique pour en faire gicler l’eau qu’il contient, et appréciez la couleur du liquide. Bien souvent, elle va du vert sale au marron suspect. Rien de bien ragoûtant.

Ces jouets pour enfants sont depuis longtemps connus pour être des nids à microbes et autres champignons. L’environnement chaud et humide des salles de bains est en effet propice à leur développement. Une équipe de l’Institut fédéral suisse des sciences et technologies de l’eau (Eawag), de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich et de l’Université de l’Illinois s’est penchée sur le phénomène en se demandant ce qui favorisait exactement la prolifération de ces indésirables. Leurs résultats ont été publiés le 27 mars dans la revue Biofilms and Microbiomes.

Lire aussi: Les stéthoscopes transmettent les microbes en hôpital

Des canards sacrifiés

Les scientifiques menés par la microbiologiste Lisa Neu ont pour leur expérience sacrifié 25 canards. En plastique, rassurez-vous. Dix-neuf étaient de véritables jouets ayant servi, les six restants étant des «canards-contrôle» placés dans de l’eau potable propre ou de l’eau de bain usagée pendant onze semaines. Les canards ont été découpés en deux afin d’accéder à leur contenu.

Sans surprise, les palmipèdes sont d’abominables nids à microbes. Ils contiennent de 5 à 75 millions de cellules par centimètre carré de plastique, avec de grandes différences selon le bouillon de culture considéré. Divers champignons ont été détectés sur 60% des canards réellement utilisés et sur la totalité de ceux exposés à de l’eau de bain salie. 80% d’entre eux contenaient même des microbes pathogènes tels que des légionelles et des bactéries Pseudomonas aeruginosa, responsables de maladies nosocomiales.

Carbone de canard

Mais quel milieu favorise le plus leur croissance? Pauvre en nutriments, l’eau du robinet propre n’a pas permis de développement bactérien notable. Mais dans un bain, c’est la fête. Les enfants – dont la saleté est notoire – sont débarrassés de leurs bactéries, qui se retrouvent alors dans l’eau. Il y a aussi libération de nutriments inorganiques (en provenances des shampoings et savons) et organiques (en particulier azote et phosphore provenant de résidus d’urine). Mais surtout le caoutchouc des jouets, souvent composé de polymères de piètre qualité, libère de grandes quantités de carbone organique, dont les microbes raffolent. Tout est donc réuni pour que les bactéries pénétrant dans le canard par le petit trou se retrouvent dans un garde-manger qui assure leur prolifération.

Mais attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau (sale) du bain, dit Frederik Hammes, qui a encadré ces travaux, dans un communiqué de l’Eawag. Le fait que les enfants baignent dans ce bouillon «[…] peut renforcer leurs défenses immunitaires. A ce moment-là, c’est plutôt positif. Mais cela peut également provoquer des irritations des yeux et des oreilles ou des infections gastro-intestinales plus problématiques.»

Alors, que faire? Certains suggèrent sur internet de boucher le trou du canard (sic), d’autres de les nettoyer après chaque utilisation, ce qui est fastidieux. Frederik Hammes voit encore une autre solution: durcir la réglementation sur les polymères utilisés dans la fabrication des canards, une approche qui «a en effet fonctionné pour les substances chimiques problématiques», conclut l’Eawag.

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