20:35, Philae s’est peut-être posé deux fois!

Philae a peut être atterri deux fois sur la comète «Chury» selon le manager de l’atterrisseur, Stephan Ulamec. Les responsables européens de la mission Rosetta cherchaient toujours mercredi soir à éclaircir les problèmes d’arrimage du robot. «Nous ne comprenons pas encore vraiment ce qui s’est passé», a déclaré le responsable devant la presse au Centre européen d’opérations spatiales (ESOC) à Darmstadt (Allemagne). «Nous devrions en savoir beaucoup plus demain [jeudi] matin».

Par ailleurs, des fluctuations dans les signaux radio ainsi que dans les données caractérisant le générateur alimenté par les panneaux solaires suggèrent soit que Philae a atterri dans une sorte de «bac à sable», soit qu’il a doucement rebondi sur la surface avant de se reposer une seconde fois. «Donc, peut-être aujourd’hui, nous avons atterri non pas une mais deux fois», s’est exclamé Stephan Ulamec, déclenchant les rires.

«Nous savons que le robot a touché le sol de la comète. Nous avons reçu un signal très clair et nous avons aussi reçu des données de l’atterrisseur, notamment scientifiques. C’est la très bonne nouvelle», a-t-il souligné. «La mauvaise nouvelle, c’est qu’apparemment ses harpons n’ont pas fonctionné et qu’il n’est pas ancré à la surface».

De son côté, Jean-Jacques Dordain, directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), s’est voulu rassurant. «Nous avons une liaison radio avec Philae, ce qui est objectivement très important et la pile fonctionne», a-t-il noté. «Quand vous avez une liaison radio et de l’énergie, vous pouvez collecter des données».

Pendant la nuit, Philae ne donnera pas de ses nouvelles comme prévu, le positionnement de la sonde Rosetta à ces heures-là ne permettant pas d’assurer une liaison.

L’ESA doit tenir une conférence de presse jeudi à Darmstadt à 14 heures.

■ 18:35, Philae n’a pas réussi à ancrer correctement ses harpons

Le robot Philae pourrait ne pas être bien arrimé sur le sol de la comète Chury, ses harpons n’ayant très probablement pas correctement fonctionné, a indiqué mercredi l’Agence spatiale européenne (ESA), quelque temps après l’annonce de son atterrissage. «Nous avons des données que les harpons pourraient ne pas s’être activés, ce qui voudrait dire que nous sommes posés sur un matériau meuble et que nous ne sommes pas arrimés», a déclaré Stephan Ulamec, responsable de l’atterrisseur Philae.

«Nous devons analyser la situation, a-t-il ajouté depuis le Centre européen d’opérations spatiales (ESOC), à Darmstadt (Allemagne). Nous ne savons pas exactement où et comment nous avons atterri. Dans quelques heures, nous en saurons plus».

Philae, 98 kg sur Terre, ne pèse qu’un gramme dans l’espace. Il a été conçu pour à la fois être plaqué au sol par un rétro-propulseur et s’ancrer en profondeur sur la comète grâce à deux harpons. Ayant déjà eu un problème dans la nuit sur ce système d’émission de gaz, il comptait sur ses harpons pour le maintenir fermenent au sol. Si le robot n’est pas bien accroché à Chury, il pourrait ne pas procéder à ses forages car en voulant percer le sol, car il risque d’être repoussé dans l’espace en initiant la manoeuvre…

Par ailleurs, les techniciens ont connu peu après l’atterrissage des coupures de communication, «mais le signal a toujours pu être rétablir, assure le reponsable. L’antenne de Philae située sur sa tête transmet donc bien, ce qui semble indiquer que l’engin n’est pas dans une situation trop scabreuse.

■ 17:58, Johan Schneider-Ammann salue le travail des chercheurs suisses

«La réussite de la mission Rosetta honore de nombreux chercheurs et chercheuses suisses, l’Université de Berne ainsi que des instituts et des entreprises innovants de notre pays», a déclaré dans un communiqué le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann mercredi. Il s’exprimait après l’atterrissage réussi du robot Philae sur la comète Tchouri. Le chef du Département de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) se réjouit de ce succès, qui survient alors que la Suisse assume la présidence de l’Agence spatiale européenne (ESA)

■ 17h06, Philae s’est posé!

C’est fait!!! Mercredi 12 novembre, 17h06, l’Europe spatiale vient, pour la première fois dans l’histoire, de poser un robot sur le noyau d’une comète! Dans les étages du Centre européen des opérations spatiales (ESOC) de l’Agence spatiale européenne (ESA), à Darmstadt, résonnent encore les applaudissements. Scientifiques et politiciens ne cessent les embrassades. «Il y a 45 ans, lorsque j’ai découvert avec ma collègue Svetlana Gerasimenko la comète qui porte aujourd’hui nos noms, jamais je n’aurais pensé qu’un jour, cet astre, qui n’apparaissait que comme un point blanc sur nos images, ferait l’objet d’une visite d’une sonde spatiale», confie au Temps Klim Ivanovitch Churyumov, ému et reconnaissant. L’ESA vient de déposer sur le noyau de la comète 67P/Chruyumov-Gerasimenko le petit robot-laboratoire Philae, largué ce matin par la sonde Rosetta en orbite autour de l’astre, à 511 millions de km de la Terre. Ceci pour étudier la composition de ce corps céleste, en creusant même sous sa surface, afin de répondre à des questions parmi les plus fondamentales sur l’origine du système solaire et l’apparition de la vie sur Terre.

Et Jean-Jacques Dordain, son directeur-général, de souligner: «C’est un pas immense pour notre civilisation. Vous savez, le plus gros problème du succès, c’est qu’il a l’air facile. Mais il faut souligner la somme d’expertise, de travail impliqué dans cette mission, la coopération de plus de 20 partenaires. Cette expertise, celle de l’ESA montré aujourd’hui, est la meilleure du monde, car nous sommes les premiers à avoir accompli cet exploit, et cela va rester pour toujours.» Chez tous les observateurs présents, on souligne en effet l’incroyable capacité des ingénieurs de l’ESA d’avoir imaginé, conçu et lancé cette mission il y a plus de 20 ans de cela, en pensant à un nombre infini de détails techniques, logistiques, astronomiques, financiers voire politiques de toutes sortes. Une aventure qui a donc vécu son point culminant mercredi.

■16h31, extraits de la conférence

Svetlana Gerasimenko, co-découvreuse de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko en 1969, qui n’est pas prolixe en commentaires: «Cette découverte de la comète n’a pas beaucoup changé ma vie, car j’ai toujours été intéressée par les comètes. La forme de la comète, si je l’aime bien? Oui, elle me rappelle la forme d’une botte.»

Fred Jansen, directeur de la mission Rosetta: «A la toute fin de la mission, en décembre 2015, on pense à peut-être aller parquer très gentiment la sonde Rosetta également sur la surface de la comète.»

■ 15h50, premiers extraits de la conférence en cours

Thomas Reiter, directeur du Centre européen des opérations spatiales ESOC, à Darmstadt, et directeur des vols habités à l’ESA: «Rosetta a commencé comme un rêve. Mais après 10 ans de travail acharné, et 6.5 millions de km, la sonde est arrivée. […] Comme la pierre de Rosette a permis des avancées spectaculaires dans la compréhension de l’histoire égyptienne, cette mission va révéler les secrets de notre univers.»

Jean-Jacques Dordain, directeur de l’ESA: «Quand on travaille ensemble, comme vous l’avez fait en si grand nombre, c’est que c’est important. Mais aujourd’hui, c’est plus qu’important, c’est l’histoire qui s’écrit.»

Jean-Jacques Dordain, directeur de l’ESA: «Partir à la découverte de l’Univers, c’est ce qu’a fait le télescope spatial Planck. Partir à la découverte de notre galaxie, c’est ce que fait actuellement la sonde Gaia [qui doit débusquer des milliers d’exoplanètes, ndlr]. Et découvrir le système solaire, c’est la mission de Rosetta. C’est la seule mission à aller dans ses confins si froids. [Et pour cela], l’ESA a les meilleures pilotes du monde! Car se tromper dans la vitesse de la sonde d’1cm/sec, c’est se tromper de 250 m sur la surface de la comète. La précision est absolument cruciale. Et les ingénieurs de l’ESA l’ont fait! Ceci en s’adaptant en continu, car la surface de la comète varie. Et le tout avec 28 minutes de décalage dans la communication avec la sonde. Si cela, ce n’est pas de l’expertise…»

■ 13h30, sur le robot Philae tout est question d’énergie

Si loin du Soleil, à environ un demi-milliard de kilomètres de la Terre, comment va fonctionner le robot-laboratoire Philae, s’il parvient à se poser sans encombre ce mercredi à 16h30 (heures suisses) sur la surface de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko? Avec des batteries de deux sortes. Les premières, dites primaires, ont été chargées lorsque l’atterrisseur était encore couplé à la sonde Rosetta, en orbite autour de «Chury». Elles ont une puissance nominale de 1600 W/h, mais probablement moins en réalité. «Difficile de le savoir, à cause des courants de fuites qu’on sait exister», dit Jean-Pierre Bibring, professeur d’astrophysique à l’Université Paris-Sud et responsable scientifique de Philae.

Pour évaluer au mieux la situation, les scientifiques n’ont pas hésité à reproduire à l’identique les batteries primaires à bord de Rosetta, et placer cette copie dans frigo à la même température que celle de la surface de Chury, soit environ -70°C, moins froid qu’ont longtemps estimé les scientifiques. «Nous devrions tenir entre 50 et 60 heures avec ces batteries, pour effectuer le premier pack de mesures», dit le scientifique français. En l’occurrence, la mesure du champ magnétique de la comète, et la constitution du noyau: pour cette étude, les scientifiques vont envoyer des ondes à travers l’astre et mesurer la manière dont celles-ci reviennent au robot. «Nous pourrons savoir s’il y a un ou deux noyaux – vu la forme de canard ou de double patatoïde de la comète –, ou encore si ce noyau s’est formé par couches successives». Le premier pack de mesure contient aussi des séquences de forage, à 23 cm en-dessous de la surface de l’astre, pour étudier ensuite la composition des échantillons recueillis dans un laboratoire intégré.

Une fois que les batteries primaires auront rendu l’âme, les batteries secondaires prendront le relai, rechargées en continu par les rayons du Soleil. «Ceci pour autant que Philae soit bien orienté, dit Jean-Pierre Bibring. Si tel n’est pas le cas, nous pourront faire tourner sa tête sur son trépied. Mais c’est une manœuvre risquée, car si le moteur se grippe… On ne procédera donc pas à cette manipulation trop tôt, mais tout de même assez pour le faire avec de l’énergie provenant des batteries primaires». Gérer son énergie est donc un aspect capital dans la vie de Philae.

■ 12h08, Philae et Rosetta se parlent!

Ils se parlent: les techniciens du Centre européen d’opérations spatiales (ESOC) à Darmstadt en Allemagne ont reçu à 12:07 un signal selon lequel le petit robot Philae, qui chute actuellement sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, et la sonde spatiale Rosetta, en orbite autour d’elle, communiquent entre eux. Un point qui n’a l’air de rien, mais qui est évidemment crucial pour assurer toute la suite de la mission de Philae, et les informations et images que l’atterrisseur enverra vers la Terre via Rosetta.

■ 11h43, «La mission Rosetta est déjà un succès», déclare le directeur de l’ESA au «Temps»

«La mission Rosetta est déjà un succès, mais j’aimerais bien que Philae se pose sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, pour creuser sous sa surface et l’analyser, a déclaré au Temps Jean-Jacques Dordain, le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), peu après l’annonce de la séparation du petit robot par la sonde européenne.’Alea jacta est’. Il faut que Philae atterrisse, mais on ne peut plus rien pour lui. Il est sur une trajectoire purement balistique et la gravitation de la comète est très faible». Et si l’engin se crash? «Rosetta fournit 80% des résultats scientifiques, mais d’un autre côté Philae va donner des informations sur la comète qu’on ne pourra pas avoir avec Rosetta», tempère-t-il.

Un succès total de cette mission, incluant donc une arrive sans encombre de Philae sur Chury, aurait-il un poids plus grand lors de la prochaine Conférence des ministres européens de l’espace, qui doit se tenir le 2 décembre à Luxembourg? «C’est sûr qu’il est toujours mieux d’arriver à ce genre de conférence avec des succès, répond le directeur-général. Cela dit, cette conférence sera essentiellement consacrée au futur des lanceurs européens. Or c’est vrai que pour lancer des missions comme Rosetta, il faut des lanceurs adaptés. Au final, il est certain que l’image de succès que peut revêtir l’ESA est très importante pour garder l’adhésion des Etats membres».

Enfin, «cette mission est aussi un moyen de montrer que l’ESA et toute l’industrie spatiale sont capables de faire des missions que personne n’a jamais faites avant, y compris la grande Nasa», l’agence spatiale américaine, «et cela c’est remarquable.» Et de souligner que «ce n’est pas la première fois que l’ESA fait quelque chose d’unique: la mission Planck [d’étude du Big Bang, ndlr] l’était» par exemple. Nous gardons de bonnes relations avec la Nasa, qui est un grand partenaire de l’ESA, car la science est universelle. Mais il est clair aussi qu’une certaine compétition nourrit le génie scientifique. Cela dit, il y a aussi une compétition entre Européens: le choix d’une nouvelle mission à l’ESA est un exercice… intéressant.»

«Mais comme je le dis toujours: la destination ultime c’est la Terre. Si on veut étudier tout cela, c’est parce que c’est la Terre qui appartient à l’espace, et non l’inverse. Et donc la seule façon de savoir d’où vient la Terre et où elle va, c’est de mieux connaître le système solaire, notre galaxie la Voie lactée, et l’Univers. Et nous prévoyons des missions pour chacune de ces destinations.»

11h30, gagner en indépendance par rapport à la Nasa

«C’est la mission presque parfaite!» Pour Roger-Maurice Bonnet, le succès sera total si Philae se pose sans encombre sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, à 16h35 cette après-midi. L’homme est en effet l’un des pères de la sonde européenne Rosetta: il était directeur des programmes scientifique à l’Agence spatiale européenne (ESA) entre 1983 et 2001, alors que la mission a été choisie par le Conseil des ministres de l’espace à Rome en janvier 1985.

Elle a été approuvée dans le cadre du grand programme Horizon2000, comprenant 14 grosses missions (dont XMM-Newton, Planck, Herschel) pour lequel ce Conseil des ministres a alloué à l’ESA une augmentation de son budget de 5% par an pendant 10 ans. «Ce programme était exceptionnel dans le sens qu’il a permis de satisfaire énormément de scientifiques de domaines différents de la recherche spatiale», explique Roger-Maurice Bonnet, qui détaille: «A l’époque, la Nasa nous considérait un peu comme la cinquième roue du char dans la recherche spatiale. Ce programme a été l’occasion d’affirmer notre indépendance. Dès qu’il a été approuvé, tout le monde est revenu vers nous pour devenir partenaire», y compris la Nasa. «Du rôle de’mendiant’, on est passé à celui de’donateur’».

A l’époque, celle qui fait aujourd’hui la Une de l’actualité ne s’appelait pas encore Rosetta. «On parlait de mission de retour d’échantillons cométaires», raconte Roger-Maurice Bonnet. L’objectif de cette mission alors nommée CAESAR (acronyme pour Comet Atmospheric Encounter and Sample Return) était alors de rapporter sur Terre des échantillons de poussières de comète, comme le fera plus tard la mission américaine Stardust. «Le problème était que le plan à 20 ans de Horizon2000 fixait des contraintes budgétaires strictes». Chacune des quatre grandes missions devait tenir dans une enveloppe qui à l’époque valait 400 millions d’euros

«Très vite, il a fallu se rendre compte que la mission de retour d’échantillons cométaires était trop chère», avoue l’astrophysicien. Plutôt que de rapporter les échantillons cométaires sur la Terre, il a donc été décidé d’envoyer dans l’espace des instruments pour réaliser l’analyse «in situ». C’est là qu’est venue l’idée d’envoyer un petit atterrisseur, capable de se poser sur le noyau d’un astre chevelu.

En fait non pas un, mais deux engins, initialement: l’un devait être une collaboration entre la Nasa et l’agence spatiale française (CNES) et l’autre un robot de l’agence spatiale allemande (DLR). Mais au final, l’agence américaine s’est retirée. Le CNES s’est rapproché de la DLR. «En 1993, on a commencé à travailler», dit Roger-Maurice Bonnet.

«Ensuite, il y a eu une solidarité formidable et des efforts fantastiques de toutes les équipes de chercheurs pour que les budgets ne soient pas dépassés et que les dépenses n’empiètent pas sur celles des autres missions, si bien que chacune d’elle est allée à son terme.» Et Roger-Maurice Bonnet, qui fêtera en décembre son 77e anniversaire, ne peut que s’en réjouir.

■ 10h50, Klim Churyumov: un découvreur comblé, excité et reconnaissant

«Je suis très excité. Et reconnaissant», dit-il, presque gêné, dans un anglais très approximatif aux consonances slaves. Klim Ivanovitch Churyumov, 76 ans, est un astronome ukrainien comblé. Avec sa collègue Svetlana Gerasimenko, il découvre, en 1969, dans l’anonymat le plus total, la comète qui porte désormais leur nom, 67P/Churyumov-Gerasimenko. Depuis, l’homme a acquis une certaine notoriété, puisque, selon Wikipedia, il est membre de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine, de l’Union astronomique internationale, de l’Académie des sciences de New York, directeur du planétarium de Kiev et président de la Société ukrainienne de l’astronomie amateur. Qu’aujourd’hui «sa» comète soit l’objet de l’attention du monde entier l’épate complètement. «Il y a 45 ans, j’étais simplement heureux d’avoir découvert quelque chose, une comète, confie-t-il au Temps. Mais jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour cette comète, qui n’apparaissait que comme un petit point blanc sur nos clichés, ferait l’objet d’une visite d’une sonde spatiale», européenne en l’occurrence. Lui-même raconte d’ailleurs avoir proposé dans les années 1990 que la mission européenne CAESAR (acronyme pour Comet Atmospheric Encounter and Sample Return), qui aurait dû approcher une comète et ramener sur Terre des bribes de sa coma (chevelure), ait pour cible la comète qu’il avait codécouverte. Au final, la mission n’a jamais vu le jour, faute d’avoir trouvé les moyens financiers suffisants ou un partenaire approprié. Aujourd’hui, le scientifique ne tarit pas d’éloge sur la mission Rosetta, «fantastique». Et celui qui est aussi rédacteur en chef de la revue de vulgarisation Notre paradis et auteur de livres pour enfants se réjouit déjà, en assistant à cette fabuleuse épopée qui promet déjà des résultats extraordinaires, d’avoir une multitude de nouvelles histoires à raconter.

10h30, Champ magnétique sous toutes ses formes

Durant les sept heures de descente, le robot Philae mesurera en permanence le champ magnétique dans lequel il se trouve. «Nous voulons d’abord mesurer si le champ magnétique interplanétaire est modifié par la présence de la comète, explique Jean-Pierre Bibring, professeur d’astrophysique à l’Université Paris-Sud et responsable scientifique de Philae. Surtout, nous souhaitons connaître le champ magnétique propre de la comète, car on ne peut exclure que son noyau soit magnétique et génère un tel champ. De telles informations nous renseigneront sur la manière dont la nébuleuse qui donné naissance au système solaire s’est formée», il y a plus de 4.6 milliards d’années.» Et le scientifique d’expliquer que le flux de particules issu du Soleil en train de naître, s’il était assez fort au point d’influencer magnétiquement les matériaux se trouvant sur la comète aujourd’hui, pourrait avoir générer la chiralité de certaines molécules; la chiralité est une importante propriété d’asymétrie dans diverses branches de la science, comme la biologie moléculaire. Une molécule est dite chirale si elle constitue l’image miroir d’une autre, avec laquelle elle ne se confond pas (par analogie, deux gants de baseball respectivement pour la main droite et la main gauche sont ainsi dit chiraux). Ces molécules ont des propriétés bien particulières; parmi elles, peut-être, les acides aminés, qui sont à l’origine des briques de base qui ont permis à la vie d’éclore sur la Terre, ce qui voudrait dire que celle-ci y a été amenée par les comètes. Sur Terre en effet, les acides aminés n’ont qu’un type de chiralité, ce qui voudrait dire, comme le pensent les scientifiques, qu’un champ magnétique était présent lors de leur formation.

10h03, largage réussi depuis Rosetta: Chury, on arrive!!!

Bip! Signal reçu: le petit robot-laboratoire Philae, gros comme une machine à laver et lourd de 98 kg, s’est bien détaché comme prévu de son vaisseau-mère, la sonde européenne Rosetta qui, elle, restera en orbite autour de la cible, la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. La confirmation a été reçue à 10 :03 par le Centre européen d’opérations spatiales (ESOC) de l’ESA à Darmstadt en Allemagne. Maintenant, il ne reste plus qu’à attendre. Attendre sept pleines heures que le petit atterrisseur s’approche de la comète, et tente de s’y poser, pour ce qui constituerait une première dans l’histoire de l’exploration spatiale. Un laps de temps durant lequel les ingénieurs ne peuvent plus rien faire, Philae n’ayant pas de système de propulsion. Le seul petit outil lui permettant de bouger autrement que par la gravité de la comète qui l’attire est un système de rétro-fusée. Celui aurait dû être enclenché lors de l’atterrissage, pour bien plaquer l’engin au sol et éviter qu’il ne rebondisse pour aller se perdre dans le cosmos. Mais lorsque, durant la nuit, «les techniciens ont voulu vérifier son état, la vanne d’enclenchement ne fonctionnait plus», dit Jean-Pierre Bibring. Pas grave, selon le professeur d’astrophysique à l’Université Paris-Sud et responsable scientifique de Philae. En effet, la surface de la comète, poreuse et ressemblant à de la neige, semble être moins dure et glacée que prévu à l’origine. Philae, s’il n’y a pas d’autres objets empêchant un bon atterrissage (rocher, relief, crevasse, etc.), devrait s’y poser sans souci. «Nous, scientifiques, avons même recommandé que ce système de propulsion ne soit pas utilisé, au risque de voir peut-être Philae s’enfoncer trop profond dans le sol de la comète. Qu’il ne fonctionne pas ne joue donc pas un grand rôle», conclut Jean-Pierre Bibring.

09h10, histoire de noms égyptiens

Les scientifiques qui ont conçu l’une des missions spatiales les plus ambitieuses jamais construites lui ont donné un nom prédestiné: Rosetta. En référence évidemment à la «pierre de Rosette», une tablette en pierre datant du deuxième siècle avant Jésus-Christ, qui a été découverte près de Rachid (Rosette) sur le delta Nil en 1799. Elle est célèbre pour porter le même texte écrit dans trois «langues»: les hiéroglyphes égyptiens, l’écriture démotique (forme de l’Egyptien) et le grec ancien. Et elle a ainsi permis aux archéologues de décrypter les hiéroglyphes pour la première fois. De même, la sonde Rosetta doit permettre aux scientifiques de percer les mystères du système solaire. Le petit atterrisseur qu’elle transporte, appelé Philae, a reçu son nom en rappel à une île du Nil, où les archéologues ont retrouvé une inscription sur un obélisque confirmant l’interprétation de la pierre de Rosette. Enfin, le site d’atterrissage de Philae sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko a été nommé Agilkia, en hommage à une autre île qui se trouve sur le Nil. Un nom qui fait directement référence à Philae puisque cette île accueille depuis 1974 les temples de l’île de Philae qui a été submergée par la construction du barrage d’Assouan en 1970. L’Agence spatiale européenne (ESA), avec ses consœurs de France (CNES), d’Allemagne (DLR) et d’Italie (ASI), avait organisé un concours: elles ont reçu plus de 8000 propositions de noms en provenance de 135 pays. C’est un français, Alexandre Brouste, qui l’a remporté. Son prix: le privilège de se rendre au Centre européen d’opérations spatiales (ESOC) à Darmstadt en Allemagne, ce 12 novembre, pour suivre en direct l’atterrissage de Philae sur «Chury», pour les intimes.

08h46, la comète Chury, cible de «remplacement»

Petit retour sur image. A peine un mois avant son lancement prévu le 11 décembre 2002, un désastre a frappé le programme Rosetta: le lanceur européen Ariane-5, le même qui devait permettre à Rosetta de rejoindre le cosmos, subit une grave défaillance lors du lancement d’un satellite de télécommunication. Les lancements ultérieurs ont été reportés, histoire de trouver la faille. Les responsables de Rosetta, une mission de 1.4 milliards d’euros financée par de l’argent public, ont eu la lourde responsabilité de repousser le début de leur projet, et surtout de trouver une autre cible: sans le lancement en décembre 2002, la comète 46P/Wirtanen ne pouvait plus être atteinte. Coup de chance: les ingénieurs trouvent rapidement une comète de remplacement, 67P/Churyumov-Gerasimenko, aussi appelée «Chury», découverte en 1969 par les deux astronomes ukrainiens éponymes. Elle est la seule à répondre aux critères nécessaires: avoir sa trajectoire dans le plan de l’écliptique (où se trouvent les planètes solaires); permettre à la sonde Rosetta de 3 tonnes d’accéder à elle en utilisant des passages récurrents près de la Terre ou Mars comme autant de coups de catapulte gravitationnelle, aucun système de propulsion ne permettant un voyage direct; ne pas impliquer une durée de mission trop longue. «De plus, pour poser un atterrisseur à sa surface, il s’agit de pouvoir approcher la comète à un moment où elle n’est pas trop près du Soleil, donc pas encore en train de dégazer trop de matière», expliquait au Temps en février 2014 l’astrophysicien Mark McCaughrean, conseiller de l’ESA. «Chury» étant moins active que Wirtanen, les techniciens ont dû renforcer les pieds mécaniques de Philae, le petit atterrisseur transporté par Rosetta, pour permettre à ce dernier de se poser sans casse.

08h30, Sept heures d’approche pour Philae

Le robot-laboratoire Philae sera largué à 9h35 heures suisses. S’en suivront sept heures de descente avant qu’il n’atteigne la surface de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, ou Chury. Pendant cette plongée, «Philae enverra en permanence des ondes vers la comète, et en mesurera la réflexion sur elle, explique Jean-Pierre Bibring, professeur d’astrophysique à l’Université Paris-Sud et responsable scientifique de Philae. Les données ainsi acquises nous permettront de recalculer en temps réel la trajectoire, afin de savoir exactement où s’est posé l’engin au final». Ce dernier devrait être visible dans les caméras de la sonde Rosetta restée en orbite, mais ne devrait faire que deux ou trois pixels sur les images

A peine touchera-t-il la comète qu’il plantera dans sa surface deux harpons pour être bien certains de rester accroché à elle. Lors de cette manœuvre, pour éviter que la loi «action = réaction» ne propulse à nouveau Philae vers l’espace, un système de propulsion placé au sommet de l’atterrisseur devrait s’enclencher pour plaquera l’engin vers le sol. Mais dans la nuit, il a montré des signes de dysfonctionnement. C’est le seul système de direction du robot spatial. Une fois bien arrimés au sol, les trois pieds du robot vont s’ancrer complètement à l’aide de vis dans la surface qui semble poreuse selon les analyses à distance. «Nous avons fait des essais en laboratoire avec différents types de sol», détaille Andrea Accomazzo, responsable de la trajectoire de vol de Rosetta à l’ESA.

08h07, Alignée de feux verts

Le dernier des quatre go/no-go est donc un «go»! Il a été donné ce matin à 8h07 au Centre européen d’opérations spatiales (ESOC) de l’ESA (Agence spatiale européenne) à Darmstadt (Allemagne). La sonde Rosetta est ainsi fin prête pour larguer son petit robot Philae vers la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. La manœuvre devrait survenir vers 9h35. Et la confirmation devrait arriver sur Terre une demi-heure plus tard, vers 10h. Ensuite, plus rien ne pourra être fait, si ce n’est attendre pour savoir si l’atterrisseur s’est posé sans encombre sur «Chury» la comète.

Avant que la sonde Rosetta lancer Philae vers sa cible, et que tout se passe ensuite automatiquement pour sept heures de descente vers l’astre chevelu, quatre feux ont dû passer au vert. Depuis mardi soir, trois premières étapes ont été franchies. La première, vers mardi 20h (heures suisses) a été de confirmer que le couple Rosetta-Philae était sur les bonnes trajectoires, afin que l’atterrisseur puisse être injecté sur un bon axe de descente. «Et orbiter autour d’une comète n’a rien de facile», a rappelé Paolo Ferri, directeur de la mission Rosetta. Car la gravité est faible, la comète peut dégazer, toute erreur de trajectoire peut être très vite amplifiée avec des conséquences importantes. Or mardi soir, tout était en ordre.

Durant la nuit, deux autres vérifications ont consisté à estimer l’état autant de Rosetta que de Philae. Et là, la tension est montée d’un cran. «Il y a eu un problème sur Philae, autour du système de gaz froids internes», explique Stephan Ulamec, le manager du petit robot-atterrisseur. Ce système est censé enclencher une rétro-fusée lorsque l’atterrisseur va se poser, afin de presser celui-ci contre le sol, de manière à ce qu’il ne rebondisse pas. Cela dit, même si ce système ne fonctionne pas, l’engin pourrait tout de même se poser sans encombre, tout dépendant de la structure de la surface de la comète, qui semble poreuse (un peu comme de la neige molle). Au final, les deux engins Rosetta et Philae ont été déclarés aptes aux manœuvres suivantes.

Les techniciens, scientifiques, ingénieurs et astrophysiciens ont attendu ce matin le dernier feu vert, qui est tombé à 08h07, et qui indique qu’il ne restera plus qu’à donner l’ordre à Rosetta de larguer son colis vers la comète. Une manœuvre qui se passe à 511 millions de km de la Terre. A cette distance, la communication avec la sonde spatiale prend 28 minutes. Si bien que nombre de commandes, notamment celles auxquelles devra réagir l’atterrisseur Philae, ont été téléchargées sur lui sous forme de séquences dimanche déjà. «Nous sommes tous extrêmement excités», a conclu Jean-Pierre Bibring, professeur d’astrophysique à l’Université Paris-Sud et responsable scientifique de Philae. En attendant, les techniciens commencent petit à petit à enclencher les dix instruments à bord de Philae. Le premier fut celui qui mesure les champs magnétiques, notamment celui de la comète.