La photographie est troublante. Sous un ciel désespérément bleu, face aux montagnes déneigées du Groenland, l’attelage semble marcher sur l’eau. Ce cliché a été pris la semaine dernière par Steffen Olsen, chercheur à l’institut météorologique danois (DMI).

«L’image est frappante […] parce qu’elle montre comment l’Arctique est en train de changer», analyse Ruth Mottram, climatologue au DMI. «Les locaux [qui accompagnent l’expédition, ndlr] ne s’attendaient pas à ce que la banquise commence à fondre si tôt. Ils prennent habituellement cette route parce que la glace est très épaisse, mais ils ont dû faire demi-tour, car l’eau était de plus en plus profonde et ils ne pouvaient plus avancer», explique-t-elle.

Température record, fonte prématurée: avant même l’arrivée de l’été, tous les feux du réchauffement climatique sont au rouge au Groenland, immense glaçon menaçant d’immersion les régions côtières de la planète. Le 17 juin, en une seule journée, le Groenland a perdu 3,7 milliards de tonnes de glace, d’après des estimations du DMI. Depuis début juin, la perte se monte à 37 milliards de tonnes, indique sur son compte Twitter Xavier Fettweis, climatologue de l’Université de Liège. «Il devient de plus en plus probable qu’un record de perte de masse sera battu en 2019 pour un mois de juin», écrit-il.

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A mesure que l’atmosphère se réchauffe, le phénomène devrait aller en s’aggravant, avec pour conséquence d’altérer le mode de vie de la population locale en réduisant les périodes de chasse et en perturbant tout l’écosystème.

Le nombre d’ours polaires dans tout l’Arctique a diminué d’environ 40% au cours de la décennie écoulée, selon l’Institut d’études géologiques des Etats-Unis, et les narvals – aussi appelés licornes des mers – se trouvent de plus en plus privés de l’abri naturel que constitue pour eux la banquise contre l’orque, redoutable prédateur.

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Une fonte précoce

Cette année, les météorologues danois ont annoncé le début de la période de fonte début mai, avec quasiment un mois d’avance, une précocité dépassée une seule fois – en 2016 – depuis la publication de ces données en 1980. «Le début de la saison de fonte survient le premier de trois jours consécutifs pendant lesquels plus de 5% de la glace a fondu à la surface», définissait alors le chercheur Peter Langen sur le site polarportal.dk.

Le Groenland contribue à une élévation du niveau de la mer d’environ 0,7 millimètre annuellement, une moyenne qui pourrait augmenter si le rythme se poursuit. Une étude parue en avril dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS) montre que la perte de glace enregistrée au Groenland à partir des années 1980 s’est brutalement accélérée à partir des années 2000 et surtout depuis 2010. La glace y fond donc six fois plus vite aujourd’hui que dans les années 1980.

Les prévisions sont alarmantes. La dernière estimation de référence, réalisée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 2014, estimait le pire des scénarios à juste en dessous d’un mètre d’élévation du niveau des océans à la fin du XXIe siècle, par rapport à la période 1986-2005.

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