Environ une fois par jour se produit quelque part dans l'Univers une explosion sans comparaison, dégageant en quelques fractions de secondes beaucoup plus d'énergie que le Soleil durant les dix milliards d'années de son existence. Pourtant, les sursauts gamma, comme on les appelle, demeurent encore mystérieux aux yeux des astrophysiciens, qui peinent à les étudier en raison de leur fugacité. Samedi, la NASA a donc lancé Swift, premier «observatoire spatial» exclusivement dédié à l'étude de ces «flashes cosmiques».

«Ces jaillissements de rayons gamma ont été découverts par hasard dans les années 60 par des satellites militaires américains, explique Thierry Courvoisier, directeur de l'Integral Science Data Center (ISDC) à Versoix, et professeur à l'Université de Genève. Très vite, les scientifiques ont remarqué qu'ils provenaient en réalité des confins de l'Univers.» Mais impossible de prévoir où ils auront lieu dans le ciel. Ni d'expliquer les raisons de la création d'une si gigantesque quantité d'énergie.

Pour les traquer, quelques satellites ont déjà été envoyés dans l'espace, comme Integral, dont les données sont analysées à l'ISDC. Celui-ci transmet ensuite les positions des sursauts à de nombreux observatoires répartis sur Terre et dans l'espace. Au fur et à mesure des rares observations sont aussi apparues les premières théories. Selon la version dominante, ces bouffées d'énergie proviendraient de l'explosion d'étoiles géantes dont le noyau s'effondrerait sur lui-même pour se transformer en trou noir. A vérifier.

Pour ce faire, Swift – mission internationale de 250 millions de dollars – aura de nouveaux atouts. Grâce à son vaste champ de vue, il couvrira le cinquième de la voûte céleste. Ainsi, il devrait débusquer chaque année, à d'immenses distances cosmologiques, une centaine de ces flashes. De plus, le satellite sera capable de pointer plus rapidement qu'actuellement ses instruments dans leur direction, afin de détecter d'éventuelles signatures en rayons X et UV. «Les données récoltées permettront de mieux décoder ces événements et d'identifier leur origine», espère Thierry Courvoisier. L'enjeu n'est pas mince: dénombrer les sursauts gamma permettrait de déterminer combien d'étoiles massives meurent à chaque âge de l'Univers. Et par là de mieux comprendre le fonctionnement de celui-ci.