rivages

Les plages du Léman sont polluées par du mercure, du plomb et du cadmium

Des chercheurs de l'Université de Genève ont détecté la présence de produits toxiques dans des déchets plastiques collectés sur les plages du Léman. Ces concentrations dépassent parfois le maximum autorisé

Des chercheurs de l'Université de Genève ont détecté la présence fréquente de cadmium, mercure et plomb dans des déchets plastiques collectés sur les plages du Léman. Ces concentrations parfois très élevées dépassent le maximum autorisé par la législation européenne.

Il s'agit de la première analyse chimique des plastiques collectés sur les plages du lac Léman, indique l'alma mater genevoise lundi dans un communiqué. Elle a été réalisée par des chercheurs de l'UNIGE et de l'Université de Plymouth.

En novembre dernier: Des produits polluants se sont déversés dans le Léman

Un examen rare

Cette étude, parue dans la revue Frontiers in Environmental Science, est l'une des rares à examiner les plastiques dans les lacs d'eau douce et montre que, comme les océans, ces habitats sont également touchés par la pollution plastique.

Le but était de mesurer l'impact des débris plastiques sur la faune et la flore, notamment par la toxicité des produits chimiques qu'ils contiennent. Les chercheurs ont pour ce faire collecté en mars 2016 des déchets sur douze plages de galets autour du lac Léman, l'une des plus grandes étendues d'eau douce d'Europe occidentale.

Ils y ont trouvé plus de 3000 débris de plastique tels que des objets (jouets, stylos, cotons-tiges, tuyauterie, cache-pots, emballages alimentaires) et des fragments de plastique, y compris de la mousse expansée et du polystyrène. «Une grande partie du plastique était similaire à celle que l'on trouve sur les plages marines, telles que les bouteilles, les pailles et le polystyrène», explique la chercheuse genevoise Montserrat Filella, citée dans le communiqué.

Lire aussi: Le silure sème le trouble dans le lac Léman

Des décennies dans le lac

Parmi ces 3000 déchets, plus de 600 ont été passés à la loupe au moyen de la fluorescence X pour rechercher des toxines et déterminer la composition chimique des matériaux. La présence fréquente d'éléments dangereux, tels que le brome, le cadmium, le mercure et le plomb, dans des concentrations très élevées dans certains cas, a été détectée.

L'abondance de ces éléments toxiques, aujourd'hui restreints ou interdits, reflète combien de temps le plastique a été dans le lac. Le mercure, par exemple, est un métal qui n'a pas été utilisé dans les plastiques depuis des décennies, selon l'équipe helvético-anglaise. Jusque dans les années 1950, on recourait à cette substance pour la pigmentation. Ce que confirme la couleur des déchets trouvés, rouge ou brun rougeâtre.

Un danger pour les animaux

Le brome, présent dans les retardateurs de flamme, était également au-dessus du niveau maximal autorisé par la directive de l'UE dans 19 déchets plastique. Des niveaux élevés de cadmium, associés à des couleurs vives, étaient présents dans 57 articles. Le plomb, utilisé pour stabiliser ou colorer les plastiques, a été décelé dans près d'un quart des débris analysés et 65 d'entre eux dépassaient les niveaux autorisés.

Ces plastiques sont ainsi susceptibles de causer les mêmes problèmes à la faune d'eau douce que marine. «L'enchevêtrement et l'ingestion sont les plus préoccupants», dit Montserrat Filella. Quand ces débris sont mangés par les animaux, «les conditions acides et riches en enzymes de l'estomac peuvent accélérer la vitesse à laquelle ces toxines sont libérées dans le corps», affectant ainsi les animaux.

Publicité