Les chiffres sont annoncés fièrement par le secrétariat général de l’ONU: «35 chefs de gouvernement et 43 chefs d’Etat présents, en plus d’un prince.» Ils font de la réunion qui s’est déroulée mardi au siège des Nations unies le plus vaste rassemblement interna­tional jamais consacré jusqu’ici à la lutte contre le réchauffement de la planète. Représentants des îles du Pacifique, des pays développés ou en développement, des grandes puissances ou des ­puissances en devenir: «Personne n’essaie de convaincre qu’il faut prendre cette question au sérieux. C’est désormais une donnée pour tous», se réjouissait ­Janos Pasztor, bras droit du ­secrétaire général Ban Ki-moon, responsable à l’ONU des questions de changement climati­que.

Mais si la planète entière se préoccupe aujourd’hui de son réchauffement (150 Etats étaient, en tout, représentés), la grand-messe de mardi a surtout mis en évidence les dissensions qui ­continuent de séparer les di­vers Etats, trois mois avant la réunion de Copenhague, qui doit donner une suite au processus de Kyoto.

On attendait surtout Barack Obama, ce président américain qui a intégré son pays dans un processus dont son prédécesseur l’avait longtemps tenu à l’écart. Obama affichait lui aussi son orgueil: «Je suis fier de dire que les Etats-Unis ont fait davantage en huit mois (en faveur de l’environnement) que dans toute son histoire précédente», a-t-il souligné en rappelant les «milliards de dollars» consacrés à traquer les gaspillages d’énergie, la construction d’éoliennes ou les encouragements financiers apportés désormais par Washington aux conducteurs de voitures propres. «Nous avons accompli une reconnaissance historique, a clamé le président. Nous comprenons la gravité de la situation et notre responsabilité face aux générations futures.»

Bien que révolutionnaire dans la bouche d’un président américain, ce discours a pourtant laissé insatisfaits bon nombre de chefs d’Etat, et particulièrement les responsables européens. Dans les couloirs, et parfois même dans leurs discours, ils laissaient échapper une certaine impatience: «C’était un beau discours, constatait un membre d’une délégation européenne. Mais le temps presse. Maintenant, il faut agir.» Washington s’est fixé comme objectif de faire revenir en douze ans les émissions de CO2 au niveau de 1990.

Mais de fait, même s’il ne fait pas de doute que la coloration générale a profondément changé aux Etats-Unis depuis l’arrivée de la nouvelle administration, les élans suscités par Barack Obama sont aujourd’hui largement retombés. Un projet de loi visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre (dit de cap and trade) est bloqué au Congrès. Toutes les forces sont mobilisées à Washington sur la réforme du système de santé. Et le poids des 22 Etats américains producteurs d’énergies fossiles finit de rendre très difficile tout mouvement, a fortiori en période de récession.

Cette situation ne rend pas seulement furieux les Européens. Elle provoque aussi de fortes suspicions au sein des pays en voie de développement qui ne veulent pas s’engager sur des objectifs précis (et coûteux), tandis que Washington refuse de donner l’exemple.

La Chine qui, comme les Etats-Unis, est responsable d’environ 20% des émissions de CO2, a cependant voulu se montrer coopérative. Son président Hu Jintao a expliqué à la tribune que la Chine reconnaissait la nécessité d’un accord, même s’il a aussi insisté sur les besoins spécifiques de son pays. «Etant donné leur faible niveau de développement et le manque de capital et de technologie, les pays en développement n’ont qu’une capacité et des moyens limités pour lutter contre le changement climatique», assurait-il. Le président chinois s’est certes engagé à réduire les émissions de CO2 et à procéder à des reforestations, mais en refusant toutefois de fixer des objectifs précis.

En organisant cette réunion, les Nations unies ont pris bien garde de souligner qu’il ne ­s’agissait pas d’engager des négociations, mais de fournir «un guide politique» aux différents pays, en les aidant à déterminer leurs positions respectives. «Tous les pays doivent faire plus, maintenant», leur a asséné le secrétaire général Ban Ki-moon. Un appel entendu, semble-t-il, même par les Maldives. Pour la première fois, l’archipel, qui est menacé par la montée des eaux mais dépend presque exclusivement des touristes arrivant sur des avions pollueurs, a signalé qu’il était prêt à s’engager contre le réchauffement. Si les autres font le premier pas…