Les cornes de brume des yachts alignés résonnent contre les immeubles de Monaco. Des fumigènes orange teintent l’air. Les promenades du port sont encombrées par les tribunes du Grand Prix de F1. Sur la jetée du Port Hercule, la foule s’agglutine. Ce n’est pourtant pas encore les bolides qu’elle est venue admirer et applaudir, mais un engin beaucoup plus lent, silencieux et tout aussi futuriste: le PlanetSolar. Vendredi à 14h13 – avec 2 minutes bien helvétiques d’avance sur l’horaire – le catamaran solaire suisse a bouclé son tour du monde. Le premier du genre réalisé en utilisant uniquement le solaire photovoltaïque comme source d’énergie de propulsion.

Parti le 27 septembre 2010, le navire de 31 mètres imaginé par le Neuchâtelois Raphaël Domjan, a navigué durant 585 jours, parcourant 60 006 km et faisant escale dans 28 pays. «Si quelqu’un veut de l’essence, nous en avons 650 litres en rade, dans notre réservoir de secours, resté inutilisé», s’est réjoui le capitaine Patrick Marchesseau.

Nouveaux projets

Sur le quai, une foule de personnalités attendaient l’équipage franco-germano-suisse de quatre marins, du «savanturier» Bertrand Piccard au conseiller fédéral Didier Burkhalter. Pour qui «cette aventure humaine est à l’image de la qualité de l’innovation et de la technologie suisses – une richesse encore peu connue du grand public –, et d’une volonté de trouver des solutions aux problèmes actuels.»

Les pieds à nouveau sur la terre ferme, serrant mille mains, Raphaël Domjan, lui, ne cessait pourtant de rêver: «Quand j’étais jeune, je voulais être astronaute. En me retrouvant au milieu du Pacifique, à glisser sans bruit et à regarder le ciel étoilé, je m’y croyais.» Et de raconter avec émotion son périple, les gens rencontrés mais aussi la vie à bord, avec notamment les fameuses «raclettes solaires», toute l’électricité provenant des 38 000 cellules photovoltaïques. Avant de revenir à la réalité: «Nous voulions démontrer que nous avons toutes les technologies pour un futur meilleur, pour protéger la planète, et cela aujourd’hui déjà. Nous sommes très heureux d’y être parvenus, même s’il nous a fallu beaucoup de patience.»

C’est cette idée qui a d’ailleurs convaincu l’armateur allemand Immo Ströher de soutenir l’écoaventurier neuchâtelois à hauteur de 25 millions de francs. «Je suis un mordu des énergies renouvelables, et du solaire en particulier, s’est-il réjoui. L’événement d’aujourd’hui n’est pas la fin de l’histoire. Le nom PlanetSolar sera désormais aussi celui d’un think tank destiné à promouvoir les projets solaires.» Le premier est déjà en voie de réalisation, aux îles Tonga, où PlanetSolar a fait escale, avec l’installation d’un réseau de panneaux solaires.