Plein air

Les plantes de montagne, le bel atout santé

Vous aimez randonner? Un guide vous invite à y associer la cueillette d’herbes et fleurs des sommets, véritables piliers de notre bien-être

Chaque début de semaine, «Le Temps» propose un article autour de la psychologie et du développement personnel.

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«Je suis complètement impératoire!» Il faudra s’y faire. Avant, on était «viande ou poisson», maintenant que la culture de soi via les plantes sauvages prend du galon, on est «argousier ou cynorhodon». Et, à ce jeu de la meilleure protection, l’impératoire, spécialement vénérée dans le val d’Anniviers, est canon. Cette belle et grande plante dont les fleurs blanches font ombrelles, combat les bronchites, les troubles digestifs, l’arthrose et les contusions. Mieux, on peut mâcher sa racine en cas de maux de dents… Alchémille, épilobe, droséra, mais aussi gentianes et edelweiss: dans ses Plantes médicinales et plantes toxiques des Alpes (Ed. Favre, 2019), le docteur en chimie Kurt Hostettmann nous apprend comment joindre à l’agréable de la randonnée l’utile de la cueillette.

Vous craquez pour le rhododendron? C’est normal. Au rang des symboles helvétiques, cette fleur, appelée aussi rose des Alpes, talonne l’edelweiss et la gentiane. Mais mieux vaut l’apprécier à distance. Car, comme le narcisse, la jonquille, le colchique d’automne, la digitale, les chèvrefeuilles ou le bois-gentil, le rhododendron est toxique. En consommer provoque des chutes de tension, des brûlures buccales, des nausées et des vomissements. Kurt Hostettmann consacre la fin de son ouvrage aux plantes hostiles. Bien vu, puisque les baies du chèvrefeuille noir peuvent facilement être confondues avec les myrtilles, mais, ci-après, on a choisi de se concentrer sur les plantes amies, en hommage à leurs grandes vertus.

La plus balaise

De Pégase à Tchernobyl. De Gengis Khan aux athlètes chinois. Parce qu’elle contient trente fois plus de vitamine C que l’orange, la baie de l’argousier est depuis toujours l’alliée des épisodes musclés. Dans la Grèce antique, on l’utilisait pour favoriser la prise de poids des chevaux et lustrer leur pelage. En 1986, les grands brûlés de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl ont été traités avec de l’huile d’argousier, car ces fruits ovales et orange soignent également les affections de la peau. Les vertus phares de l’argousier? Lutter contre l’anémie ou la fatigue et prévenir les refroidissements. Mais, pour cela, il faut consommer les baies fraîches, car la vitamine C, thermosensible, perd en efficacité après cuisson. Le truc? Congeler les baies et en consommer une vingtaine par jour dans un yogourt, par exemple. De quoi passer un hiver sans grippe.

La plus féminine

Au Moyen Age, l’alchémille était censée «redonner leur virginité aux femmes et de l’éclat à leurs seins flétris»! Aujourd’hui, on s’en doute, ce n’est pas pour ces fonctions que l’alchémille est recommandée par l’auteur. Mais le champ d’action de cette grande plante aux petites fleurs jaunâtres reste sexué. En tisane, l’alchémille est très efficace contre les douleurs menstruelles. Et en bain de siège (50 g de plantes séchées par litre d’eau), les tanins de cette plante peuvent «raffermir les tissus des parties génitales et contribuer au resserrement du vagin après accouchement». Plus poétique: parce que ses grandes feuilles en forme de coupoles dentelées recueillent l’eau du matin, la plante est aussi baptisée «porte-rosée».

La plus masculine

Plante majestueuse aux fleurs délicates et roses, l’épilobe est l’amie des hommes, car elle limite les problèmes liés à l’hyperplasie bénigne de la prostate. «Une étude a montré que l’épilobe rallonge l’intervalle entre les mictions nocturnes et renforce le jet urinaire et le débit, note l’auteur. Des témoignages de médecins et de patients indiquent que l’intervention chirurgicale a pu être nettement retardée, voire évitée.» Le spécialiste déconseille toutefois une automédication, sans contrôle auprès d’un urologue, car les symptômes d’une hyperplasie bénigne et ceux du cancer de la prostate se ressemblent. Une fois le pire évacué, le docteur en chimie préconise une infusion le matin et le soir pendant plusieurs semaines. Patience, l’effet n’est pas immédiat.

La plus alien

Une drôle de tête et un appétit d’ogre. Le droséra, petite boule verte truffée de piques roses, est une des rares plantes carnivores d’Europe. Parce qu’elle contient des mucilages et des flavonoïdes, elle est très efficace pour calmer les toux sèches et irritatives. Mais impossible de la cueillir, car elle est protégée en Suisse comme en France. En revanche, on la trouve dans plusieurs médicaments élaborés à partir d’espèces plus grandes et moins menacées.

La plus euphorisante

La gentiane, ou plutôt les gentianes, car on compte près de 30 espèces de cette diva alpestre, rendent heureux. Déjà, elles font le bonheur des professionnels du tourisme puisque la version blue note est un classique qui, en station, s’affiche sur les hôtels, spas, épiceries, cartes postales, emballages, etc. Mais surtout, en plus de faciliter la digestion, la gentiane jaune améliore l’humeur. Ses pigments – les flavones et les xanthones – ont une action sur le système nerveux central et chassent la mélancolie. La gentiane jaune agit aussi sur les sinusites chroniques et, en usage externe, diminue les rides. Une sainte, donc, qui se consomme en infusion ou en élixir (30 g de racines séchées pour un litre d’eau-de-vie à 40 degrés).

La plus cliché

Impossible de ne pas zoomer sur la reine des reines, l’edelweiss. En même temps, la belle veloutée, qui est toujours protégée, a un peu perdu de sa superbe depuis qu’elle est cultivée dans les Alpes suisses, italiennes et autrichiennes «avec un bon rendement de 1,3 à 1,5 kg/m2», note l’auteur. C’est que l’étoile des neiges a la cote, car en recelant de nombreux antioxydants et piégeurs de radicaux libres, elle lutte de manière spectaculaire contre le vieillissement de la peau. Kurt Hostettmann précise que le culte qui entoure cette fleur n’existe que depuis la fin du XIXe siècle. Ainsi, toutes les légendes ou coutumes qui précèdent cette époque ont été inventées a posteriori pour faire… fleurir le mythe.

Et encore…

L’absinthe stimule l’appétit, l’achillée désinfecte et cicatrise, l’airelle combat les infections urinaires, l’arnica calme la douleur, l’églantier et son fruit, le cynorhodon, désinfectent, cicatrisent et luttent contre les refroidissements et contre l’arthrose, l’euphraise calme les yeux irrités, la myrtille favorise la vision nocturne et l’orpin rose agit contre la fatigue physique et mentale. A votre guide et à vos tisanes!

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