L’histoire pourrait s’apparenter à une success-story médicale. Elle montre surtout l’avantage que pourrait représenter l’utilisation du plasma de convalescent pour soigner du Covid-19 des patients au système immunitaire déficient, et donc dans l’impossibilité de produire leurs propres anticorps pour lutter efficacement contre cette pathologie.

L’histoire en question, c’est celle d’une personne de 74 ans atteinte de leucémie lymphoïde chronique, une maladie qui provoque une prolifération de lymphocytes B dans l’organisme, dont le cas est relaté dans une étude actuellement en pré-publication et menée par des chercheurs et cliniciens du CHUV, à Lausanne, mais aussi de Genève et du Centre de transfusion de Bâle.

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En juin 2019, face à une maladie qui avance, des chimiothérapies et des perfusions à base d’un anticorps dirigé contre les cellules cancéreuses sont nécessaires. Répondant très bien au traitement, ce retraité, très actif, est en rémission complète, mais son système immunitaire est profondément immunosupprimé. Raison pour laquelle, lorsqu’il contracte le SARS-CoV-2 en mars 2020, il lui est impossible d’éliminer le virus naturellement.

Immunité passive

Et c’est là qu’intervient le plasma de convalescent. Connu depuis la fin du XIXe siècle, le procédé est plutôt simple, en apparence. Il consiste en effet à transfuser du plasma d’individus guéris du Covid-19 afin de conférer à des patients atteints d’une forme plus ou moins sévère de la maladie une immunité contre la pathologie. Composé liquide du sang, dont il est extrait par centrifugation – il est ainsi débarrassé des globules rouges, des globules blancs et des plaquettes –, le plasma contient notamment des nutriments, des lipides, mais aussi environ 20% d’immunoglobulines.

A noter que le plasma a également un intérêt thérapeutique majeur pour d’autres indications, comme les déficits de facteurs de coagulation ou lors d’hémorragies aiguës.

«Ce patient présentait une forme persistante de la maladie, sans décompensation respiratoire, mais avec une grande fatigue et une perte importante de poids, relate David Gachoud, médecin associé au service de médecine interne du CHUV et coauteur de l’étude. Tous les frottis réalisés restaient invariablement positifs et sont état se dégradait de semaine en semaine. Ce dernier n’étant pas éligible dans les protocoles de recherche visant à évaluer l’efficacité des traitements antiviraux, nous avons souhaité essayer la transfusion de plasma comme un moyen de lui procurer une défense contre le virus.»

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Afin de transférer au patient ce que l’on appelle une immunité passive, l’équipe du CHUV administre à ce dernier quatre cycles de transfusion de plasma sur un peu plus d’un mois. «Après le premier cycle déjà, nous avons constaté une amélioration de son état général, les taux d’anticorps spécifiques contre le SARS-CoV-2 se sont renforcés après chaque transfusion et la charge virale a fini par complètement disparaître, explique Nathalie Rufer, médecin au Centre de transfusion et chercheuse au département d’oncologie du CHUV, également coauteure de la recherche. Par ailleurs, ce traitement a également eu un effet au niveau des paramètres inflammatoires, qui se sont normalisés après une semaine déjà.»

Pour des patients ciblés

Rapidement disponible, relativement peu coûteux, le plasma de convalescent a été au centre de plusieurs études réalisées ces derniers mois. Toutes ne se sont pas montrées encourageantes. Une recherche indienne publiée dans le British Medical Journal à la fin octobre a ainsi montré que la transfusion de plasma ne réduisait pas, chez les personnes atteintes de formes modérées de la maladie, leurs probabilités d’être gravement malades ou de mourir.

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Que penser des résultats du CHUV à l’aune de ces connaissances? «Certaines de ces études ont été arrêtées prématurément, d’autres utilisaient des dons de plasma ne contenant pas suffisamment d’anticorps, pointe David Gachoud. Cela étant dit, il est vrai que des recherches solides ont montré que cette méthode n’apportait pas une grande plus-value chez les patients qui n’étaient pas choisis de manière appropriée. Nous pensons toutefois que ce traitement peut s’avérer très efficace pour traiter certaines catégories bien sélectionnées de patients immunosupprimés.»

Point encourageant: une étude française publiée le 12 novembre et conduite sur 15 personnes immunosupprimées subissant des symptômes longs du Covid-19, au sein de 13 hôpitaux différents, semble être arrivée aux mêmes conclusions: «Le plasma de convalescent représente une approche intéressante chez les patients présentant une déficience en lymphocytes B et atteints de Covid-19 prolongé, en conduisant à une diminution des paramètres inflammatoires et une amélioration des symptômes cliniques», écrivent les auteurs.

Plasmathèque

Si, en Suisse, l’Hôpital universitaire de Bâle a été le premier à se lancer dans la transfusion de plasma, le CHUV possède désormais également une «plasmathèque» de 18 donneurs.

«Nous avons commencé à monter une recherche de plasma au mois d’avril, avec les premiers échantillons utilisables dès la mi-mai, souligne Nathalie Rufer. Ceux-ci proviennent de donneurs ayant présenté un covid léger et n’ayant pas été hospitalisés. L’objectif étant de sélectionner des donneurs avec un titre d’anticorps relativement élevé contre le SARS-CoV-2.»

La transfusion de plasma génère par ailleurs peu d’effets secondaires, à l’exception de possibles éruptions cutanées et d’une réaction très rare que l’on appelle le syndrome respiratoire aigu post-transfusionnel, causé au contact d’anticorps dirigés contre les antigènes leucocytaires humains (HLA) ou d’anticorps anti-neutrophiles humains (HNA). «Les anticorps anti-HLA étant développés durant la grossesse, ce risque est drastiquement réduit par le fait que nous utilisons des donneurs exclusivement masculins», rassure Nathalie Rufer.

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