«Cassini, la sonde de la NASA, va échantillonner l’océan de la lune saturnienne Encelade!» L’Agence spatiale américaine est passée maîtresse en communication pour attirer l’attention, et susciter la fascination. Loin d’une réelle plongée d’un quelconque instrument dans des eaux extraterrestres, la manœuvre prévue ce mercredi à 16h22 (heure suisse) vaut tout de même son pesant d’intérêt: l’engin spatial, en vol depuis 2004 autour de la planète aux anneaux, va traverser les jets de matière observés au pôle Sud de la sixième de ses satellites naturels, Encelade, à seulement 49 km de la surface.

Depuis septembre, les astrophysiciens savent qu’Encelade, sous sa croûte de glace magnifiquement imagée par Cassini, abrite une couche d’eau liquide de quelques kilomètres d’épaisseur. Cette coque laisse s’échapper de la vapeur et des miettes de glaces. Le mécanisme à l’origine de ce dégazage demeure encore mal connu, tant l’explication du phénomène dépend du modèle utilisé pour la structure interne d’Encelade. Parmi les théories, l’une propose que ces jets proviendraient de poches de vapeur d’eau sous pression lovées sous la surface, à la manière des geysers terrestres. Une autre hypothèse fait intervenir un mécanisme de sublimation de la glace de surface, réchauffée en profondeur par une «mélasse» plus ou moins liquide et «chaude» composée d’eau et d’ammoniac. Le passage de Cassini doit permettre d’en savoir plus.

Mais le premier objectif scientifique de ce survol, qui n’est pas le premier à travers les geysers, est de collecter cette fois des informations «sur l’habitabilité de l’océan d’Encelade», autrement dit sur les conditions permettant à la vie d’exister, telle la confirmation de présence de molécules d’hydrogène, a expliqué Linda Spilker, responsable scientifique de la mission. «La quantité de molécules d’hydrogène nous informera sur le degré d’activité hydrothermale et donc d’énergie, un élément clé pour l’habitabilité, au fond de cet océan.» De nombreux astrobiologistes considèrent en effet que cette lune saturnienne constituerait la meilleure destination pour traquer une forme de vie – ne serait-ce que microbienne – ailleurs dans l’Univers.

Un jour, nous pourrions peut-être y vivre nous-mêmes

Ce nouveau survol est «un très grand pas dans cette nouvelle ère d’exploration des mondes océaniques», s’est enthousiasmé Curt Niebur, autre responsable de la mission Cassini, lors d’une conférence de presse. Ces derniers «offrent de grands potentiels sous leur surface de glace pour que la vie y existe» ailleurs que sur la Terre dans le système solaire. «Un jour, nous pourrions peut-être y vivre nous-mêmes», a-t-il ajouté.

Avant cela, peut-être des missions spatiales rapporteront-elles sur Terre un peu de cette eau extraterrestre. C’est en tous les cas ce dont rêve une équipe de chercheurs de l’Université d’Arizona et de la société Sample Exploration Systems, à la Canada, en Californie: ils affirment avoir réalisé les plans d’une mission à bas coûts (environ 700 millions de dollars seulement), nommée Life Investigation for Enceladus (LIFE), et capable de ramener dans des capsules un peu des composants de ces geysers polaires d’Encelade, dont de l’eau, des sels et des composés organiques. «Pouvoir disposer de tels échantillons serait phénoménal», a expliqué au site Space.com Peter Tsou, l’un des responsables de cette mission. Pour l’heure, cette mission demeure toutefois un concept qui n’a pas encore séduit la Nasa. L’agence spatiale américaine a en effet lancé un concours idées dans ce sens, dans le cadre de son programme Discovery de petites missions à bas coûts, pour un premier lancement possible dès 2021. Et LIFE n’est que l’une de la vingtaine des esquisses de projets avancés.

Dans l’intervalle, la NASA développe déjà en effet une sonde pour aller explorer Europe, l’une des lunes de Jupiter, dont les scientifiques pensent qu’elle abrite aussi un océan d’eau liquide; la mission doit être lancée au milieu des années 2020.

Cassini, elle, a été en 2004 la première sonde à entrer dans l’orbite de Saturne, ce qui lui a permis d’étudier les anneaux de la planète géante. A l’époque, cette mission dénommée Cassini-Huygens était un projet commun de la NASA, de l’Agence spatiale européenne (ESA) et de l’agence spatiale italienne ASI. Après le survol de mercredi, Cassini effectuera un dernier passage rapproché d’Enceladus le 19 décembre à près de 5000 km d’altitude pour examiner la quantité de chaleur qui se dégage de l’intérieur.