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A l'instar de la récolte d'abricots, les cerises suisses ont elles aussi souffert à cause de la météo pluvieuse de 2016. Les producteurs s'attendent à un bilan en demi-teinte.
© GAETAN BALLY

Météo

Pluie, froid: la météo pourrie menace les fruits et légumes

La météo de ces derniers mois a vu s’alterner orages, averses et autres précipitations. Voici cinq conséquences notables de cette forte humidité

Ça y est, enfin deux jours de beau! Les shorts encore au galetas, on cherche tant bien que mal comment s’habiller. Puis c’est de nouveau le retour de ce bon vieux parapluie... Telle est l’ambiance météorologique suisse de ce printemps et du début d’été.

Question: et la nature, dans tout ça? La Suisse, composée de régions soumises à des régimes météo très distincts, ne permet pas de réponse générale. Il faut donc questionner chaque région et chaque culture.

■ Les abricots du Valais

Lorsque la météo est bonne, les Helvètes consomment, en saison, environ un million de kilos d’abricots par semaine. Cette année pourtant, ces chiffres sont mauvais avec des ventes hebdomadaires amputées de moitié. La faute à une production d’abricots trop faible?

Danilo Christen, responsable de recherche en arboriculture fruitière à l’Agroscope de Conthey en Valais, constate: «Cette année les abricotiers ont entre sept et dix jours de retard, en raison du printemps froid et humide et de l’été qui peine à s’imposer». Et l’humidité, n’ayant pour l’instant pas endommagé les fruits, rend cependant les arbres plus vulnérables aux maladies fongiques comme la moniliose ou la maladie criblée. «Heureusement, ces maladies qui font pourrir les fruits et trouent les feuilles ont pour l’instant pu être évitées», rassure le chercheur.

Hormis le retard, le rendement des arbres est donc plutôt bon. «Par contre, ajoute Danilo Christen, la vente d’abricots est fonction d’un facteur émotionnel du consommateur». L’envie de manger des abricots étant étroitement liée à l’été et à la chaleur, ceci explique les mauvaises ventes de ces dernières semaines. Le spécialiste se veut confiant tout en espérant un retour du soleil et l’arrêt des précipitations, ajoutant que «s’il continue à pleuvoir, les abricots vont se gorger d’eau et les fruits de premier choix risquent de se faire rares».


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■ Le retour des moustiques

Adieu les soirées grillades se prolongeant jusqu’à point d’heure sur les terrasses, adieu les cocktails rafraîchissants mais aussi… Adieu les moustiques! Enfin non, pas tout à fait.

Les larves de moustiques doivent rester dans l’eau pour survivre, donc plus il y a d’eaux stagnantes mieux elles se portent. Par contre, les moustiques adultes ne peuvent pas voler lorsqu’il pleut, ce qui explique pourquoi ces insectes sont encore relativement discrets.

Selon Pie Müller, chercheur à l’Institut tropical et de santé publique suisse de Bâle, «si les pluies s’arrêtent et qu’il se met à faire chaud, il risque d’y avoir une recrudescence massive des moustiques d’ici deux à trois semaines». Néanmoins, aucune prédiction chiffrée n’est possible. Il y a 35 espèces de moustiques en Suisse qui réagissent toutes différemment face aux intempéries. «On sait cependant que plus il fait froid, moins ils piquent!», conclut Pie Müller. La pluie et la fraîcheur ont donc peut-être bien un avantage.


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■ Les cultures maraîchères

Sur la plaine de l’Orbe, dans la région d’Yverdon, Stoll Frères est le plus grand producteur suisse de tomates, carottes et oignons cultivés en plein champ. Interrogé sur ce printemps maussade, Roland Stoll répond: «Je n’ai pas souvenir d’avoir jamais vu autant de pluie au printemps, c’est une année très particulière.»

Que ce soit lors des semailles ou des récoltes, les travaux dans les cultures ont été périlleux et ont occasionné de nombreuses pertes. A plusieurs endroits dans les champs il y a des «mouilles», sortes d’énormes flaques d’eau.

Or une culture sous l’eau durant 48h est perdue. Une plante recouverte d’eau est dite «anoxique», c’est-à-dire qu’elle n’a plus les ressources en oxygène nécessaires à sa survie. «Nous possédons un réseau de drainage des eaux de pluie mais il s’avère inadapté à la quantité de précipitations tombées.» Pas découragé et espérant l’arrivée d’un été chaud mais pas caniculaire, il poursuit: «Ce qui est sûr, c’est que l’année 2016 ne sera pas un bon millésime pour les légumes!»

Mais alors, pourquoi ne pas cultiver les légumes sous serre? En Valais, Céline Gilli, responsable des cultures sous serre à l’Agroscope de Conthey, explique: «Avec des tomates cultivées sous serre on a moins de problèmes avec l’humidité sur feuilles, ce qui fait que la pression en maladies est moins importante. Cependant, les conditions exceptionnelles de ce printemps ont fait que la luminosité a manqué, influant sur la vitesse de formation des fruits et donc le rendement des tomates.»


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■ Les vignobles genevois

Comment se portent les vignes? Avec des précipitations se mesurant à plus de trois fois la norme, la vigne genevoise est retardée de deux à trois semaines. De plus, elle est particulièrement vulnérable au mildiou, un de ses principaux champignons. Jean Batardon, viticulteur à Laconnex dans le canton de Genève, reste optimiste: «Pour l’instant il n’y a pas d’atteinte majeure du mildiou, mais le champignon est à surveiller de très près. Le plus gros dégât de cette année est dû à une nuit de gel.»

En effet, la nuit du 28 au 29 avril dernier a été particulièrement froide, avec des températures aux environs de -2 °C. Le gel, qui empêche la sève de circuler normalement dans la plante, provoque la mort immédiate des jeunes fruits. «Ce gel nous a fait perdre environ 5% de notre récolte, ce qui est embêtant mais pas trop grave.»

■ Les nappes phréatiques

Les précipitations incessantes de ce printemps ont eu pour bénéfice de remplir les nappes phréatiques vidées lors de la sécheresse de 2015. Selon Daniel Hunkeler, directeur du centre d’hydrogéologie à l’Université de Neuchâtel, «les nappes atteignent aujourd’hui des niveaux parmi les plus hauts observés depuis vingt ans!».

Une bonne nouvelle qui pose cependant quelques problèmes. Dans les régions inondées, l’eau ne peut plus s’infiltrer dans le sol. Elle ruisselle donc en surface en drainant sur son passage des polluants agricoles. «Lorsque l’eau s’infiltre dans le sol, elle est filtrée par celui-ci qui la nettoie des polluants qu’elle contient», explique Daniel Hunkeler. L’eau souterraine est donc totalement propre et réutilisable telle quelle, ce qui n’est pas le cas des eaux de rivières.

Pourtant c’est un autre aspect qui préoccupe le spécialiste: «Un printemps riche en eau peut faire croire que l’on n’a pas besoin de se soucier de cette ressource. De plus, les quantités d’eau utilisées pour l’irrigation ne sont que très mal connues. Et vu l’intérêt croissant pour l’irrigation dans les périodes sèches, c’est une lacune à combler.» Ce n’est donc pas une raison pour arroser son jardin sans compter!

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