Plus d’actions pour la biodiversité

Environnement La diversité des espèces vivantes ne cesse de s’appauvrir en Suisse, constate un nouveau rapport

Des scientifiques réclament la mise en œuvre de mesures dont certaines ont déjà fait la preuve de leur efficacité

La huppe fasciée, sa crête punk et son cri caractéristique «hup hup hup» ont bien failli disparaître de nos vignobles et vergers, à cause de l’uniformisation des paysages. Mais grâce aux études de terrain menées en Valais et à des mesures de conservation comprenant la mise en place de nichoirs, l’espèce progresse de nouveau. Quant à l’hespérie de l’alcée, papillon qui affectionne les friches, il a survécu grâce à la promotion de la jachère en milieu agricole. Enfin, des espèces emblématiques tels le castor ou le gypaète barbu doivent leur salut à des programmes de réintroduction.

Tous ces exemples montrent qu’il est possible d’enrayer l’érosion de la diversité des espèces par l’adoption de mesures concrètes. «Ce n’est pas le manque de possibilités mais bien le manque d’actions qui est responsable de ce continuel déclin», déplorent les auteurs du nouveau rapport «Etat de la biodiversité en Suisse en 2014», dévoilé mardi. Rédigé par 43 experts sous l’égide du Forum biodiversité Suisse de l’Académie des sciences naturelles (SCNAT) et basé sur plus de 180 rapports et études scientifiques, il dresse un constat plutôt sombre de la situation.

«Ces dernières décennies ont été marquées par une large prise de conscience de l’importance de la biodiversité, tant d’un point de vue éthique qu’économique, avec la mise en avant des différents services rendus par les espèces vivantes: pollinisation, fourniture d’eau pure, espaces favorables à la détente et aux loisirs, etc.», reconnaît Louis-Félix Bersier, chercheur en écologie à l’Université de Fribourg et un des auteurs du rapport. D’importantes actions ont d’ailleurs déjà été prises en faveur de la biodiversité. De nombreux cours d’eau ont été revitalisés et la qualité de l’eau s’est nettement améliorée au cours des trente dernières années, ce qui a favorisé la diversification des espèces du plancton, entre autres. En zone agricole, l’adoption de surfaces de promotion de la biodiversité a permis à différents insectes et oiseaux de se maintenir. En ville, des mesures d’entretien écologique des espaces verts ont été adoptées dans la plupart des grandes agglomérations.

Dans certains cas, des espèces qui ne trouvent plus leur place dans le milieu naturel s’acclimatent maintenant en ville: c’est le cas par exemple d’une petite plante des zones alluviales, la turquette, dont des populations subsistent dans le centre de Genève sur les rues pavées. En forêt, la quantité de bois mort a augmenté, notamment suite à l’ouragan Lothar; cela a favorisé plusieurs espèces d’oiseaux et d’insectes dont la rosalie des Alpes, joli coléoptère bleuté. «Mais malgré ces quelques données positives, le constat est globalement alarmant», martèle Yves Gonseth, du Centre suisse de cartographie de la faune, qui participe à la rédaction des listes rouges des espèces menacées, régulièrement remises à jour pour le compte de la Confédération.

D’après ces évaluations, plus d’un tiers des espèces animales, végétales et fongiques sont menacées en Suisse. Certains groupes sont particulièrement à risques, comme les amphibiens. En termes de milieu, ce sont sans doute les marais qui suscitent le plus d’inquiétude. Bien qu’ils bénéficient d’une protection depuis l’initiative de Rothenthurm en 1987, leur qualité ne cesse de se dégrader. «Selon la législation, ils doivent être entourés de zones tampons afin de les protéger des activités humaines, mais ces zones sont trop rares à l’échelle nationale», explique Louis-Felix Bersier. Les autres types de milieux ne sont pas non plus exempts de menaces: utilisation massive de produits phytosanitaires néfastes aux insectes et aux oiseaux en zone agricole, pollution des cours d’eau par des substances pharmacologiques, manque de vieux arbres en forêt, etc.

«Les mesures adoptées jusqu’à présent ne suffisent pas pour sauvegarder le capital naturel et les services écosystémiques en Suisse», estiment les scientifiques. Ils appellent à un engagement fort en faveur de la biodiversité, passant en particulier par une mise en œuvre ambitieuse des objectifs de la Stratégie biodiversité Suisse. Adoptée en 2012 par le Conseil Fédéral, elle repose sur un plan d’action actuellement en consultation auprès des cantons. Les premières mesures, portant notamment sur la conservation des espèces menacées, devraient être mises en œuvre d’ici à 2025.

«Ce n’est pas le manque de possibilités mais bien le manque d’actions qui est responsable du déclin»