Plus profond, plus ancien, et plus inquiétant! Après avoir analysé des couches de glace de l'Antarctique enfouies à 3270 mètres, et vieilles de 800000 ans - un record! -, une équipe internationale menée par des climatologues de l'Université de Berne l'affirme: la concentration actuelle de gaz carbonique (CO2) dans l'atmosphère est de 28% supérieure à une quelconque valeur prise durant ces 800 derniers millénaires. Quant à celle du méthane (CH4), autre gaz à effet de serre, elle dépasse aujourd'hui de 124% les valeurs mesurées durant la même période! Ces résultats paraissent aujourd'hui dans la revue Nature.

Dès 2004, les membres du consortium Epica ont extrait des carottes de glace sur le site de Dome C, en Antarctique. Et les échantillons récoltés étaient d'autant plus vieux qu'ils se trouvaient en profondeur. En étudiant la concentration des gaz contenus dans les infimes bulles d'air prisonnières, ils parviennent à déterminer les températures passées et les cycles climatiques.

Il y a quelques années, le tableau jusqu'à -650000 ans a pu être dépeint. L'an dernier, les changements de températures jusqu'à -800000 ans ont été esquissés. Mais il manquait les variations pour le CO2 et le CH4. Un vide désormais comblé.

A partir du graphique obtenu, les chercheurs font plusieurs déductions. «Tout d'abord, que les variations des concentrations de ces deux gaz à effet de serre sont indubitablement liées aux changements de température», explique le professeur bernois Thomas Stocker.

Plus significatif encore, les pics des mesures, espacés de 100000 ans (soit le temps entre deux périodes interglaciaires), voient leur maximum augmenter lors des 400000 dernières années par rapport à la même période antérieure. Faut-il y voir un cycle climatique inédit? «C'est notre hypothèse», dit Thomas Stocker, qui tente: «C'est peut-être lié à la variation de la trajectoire elliptique de la Terre autour du Soleil, qui se répète tous les 413000 ans.»

Curieusement, les paléoclimatologues ont aussi repéré, il y a 667000 ans, la plus basse concentration de CO2 jamais observée. «Nous ne savons pas à quoi l'attribuer. Peut-être à des modifications dans la chimie des océans.»

L'empreinte de l'homme

En revanche, «la conclusion fondamentale selon laquelle les concentrations actuelles des gaz à effet de serre n'ont pas d'équivalent dans l'histoire connue du climat est désormais plus que jamais valable», écrit le géoscientifique Ed Brook (Université d'Oregon, Etats-Unis), dans un commentaire aussi publié dans Nature. De là à y voir l'empreinte de l'homme...

Pour tenter d'établir l'existence de cycles climatiques nouveaux ou plus détaillés, les paléoclimatologues cherchent maintenant, en Antarctique, un site susceptible de contenir de la glace vieille de 1,5 million d'années.