Le printemps arrive et, avec lui, le pollen, qui donne un coup de pouce inattendu au coronavirus. Une équipe de biologistes de l’Université technique de Munich a observé une corrélation entre l’augmentation du pollen dans l’air et l’incidence des cas de Covid-19.

D’après leurs conclusions, publiées dans la revue scientifique PNAS, une forte présence de pollens dans l’air pourrait augmenter le taux d’infection de 10 à 30% dans une région donnée. Précision importante, cela concerne toute la population, pas uniquement les allergiques.

Dans une précédente étude, publiée en septembre 2019, cette équipe avait déjà confirmé que l’exposition au pollen augmentait les risques d’infection au rhinovirus et au virus respiratoire syncytial. Elle a voulu cette fois vérifier si c’était le cas avec le SARS-CoV-2, le virus responsable du Covid-19.

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Les scientifiques ont compté et analysé les pollens de 31 pays, dont la Suisse, à travers 248 stations, du 27 février au 3 avril de l’année passée. Les données ont été comparées avec les taux d’infection au coronavirus, les facteurs météorologiques et s’il y a eu confinement ou non.

Les auteurs ont ainsi pu établir que dans une région sans confinement, une augmentation de 100 particules de pollen par mètre cube équivaut à un taux d’infection supérieur de 4% – 2% si la région est confinée. A titre d’exemple, les quantités de pollens de noisetier et d’aulne, qui sont les plus communs aux mois de février et mars, peuvent atteindre 250 particules par mètre cube chacun lors de fortes concentrations.

Le pollen ouvre la voie

Comment expliquer ces résultats? Les auteurs ont une piste qu’ils avaient dégagée lors de leur étude de 2019: en se déposant sur les parois nasales, les pollens inhibent certains gènes de la réponse antivirale des cellules épithéliales du nez, ce qui diminue leur capacité de défense et facilite l’infection. Pour le moment, les mécanismes responsables demeurent inconnus.

Risque printanier

Les scientifiques se montrent rassurants malgré tout et précisent que l’influence du pollen sur le taux d’infection global est généralement minime et dépendant d’autres facteurs environnementaux, comme la température. Selon eux, son effet promoteur n’est évident que durant la période printanière et peut être largement diminué grâce au port du masque. «Nous recommandons fortement aux personnes à risque de vérifier régulièrement les alertes pollens et de se protéger», insiste Claudia Traidl-Hoffmann, professeure en médecine environnementale à l’Université technique de Munich.

La prochaine étape sera celle des recherches sur une plus longue période, prédit Athanasios Damialis, docteur en aérobiologie à l’Université technique de Munich: «Nous avons mis en place une analyse des données polliniques en temps réel en Allemagne et en Grèce.»

Son équipe prévoit d’examiner différentes particules aériennes comme les spores fongiques ou les polluants, et prépare également une étude in vitro qui confirmera leur recherche.