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Une baleine à bosse au large de Tahiti. 
© Sylvain Girardot

Océanologie

La pollution sonore traumatise la faune aquatique

La mission The Ocean Mapping Expedition élabore une cartographie de la pollution sonore sous-marine, un mal insoupçonné qui touche toute la chaîne de vie océanique

Il y a une année presque jour pour jour, le voilier Fleur de passion débutait son tour du monde de quatre ans sur les traces du fameux explorateur Ferdinand de Magellan. Parti de Séville en Espagne pour arriver à Valdivia au Chili, le bateau a déjà parcouru environ 15 000 kilomètres. Cet anniversaire est l’occasion pour l’association suisse Fondation Pacifique, initiatrice de l’expédition, de faire le point sur cette première étape et ses avancées. Un des buts du projet est de cartographier la pollution sonore des mers. Encore peu connue, elle touche pourtant toute la faune sous-marine, du zooplancton à la baleine.

Conjuguant programmes scientifiques, socio-éducatifs et culturels, The Ocean Mapping Expedition a déjà accueilli quelque 700 écoliers lors des différentes escales qui ont jalonné son parcours. Autant de témoins privilégiés des problématiques environnementales en mer. Unique en son genre, l’expédition a également abrité deux projets scientifiques étudiant la pollution sonore et plastique des océans, embarqué 20 jeunes en réinsertion et 32 passagers ainsi que cinq dessinateurs. Le voilier est déjà reparti du Chili le 10 avril dernier pour la traversée du Pacifique. Cap maintenant sur Tahiti puis l’Australie, où Fleur de Passion est attendu en novembre.

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Un des objectifs scientifiques de l’expédition est de cartographier la pollution sonore sous-marine. Le biologiste et ingénieur Michel André, directeur du Laboratoire d’Applications bioacoustiques de l’Université polytechnique de Catalogne, a pris part à cette expédition dans le cadre du programme intitulé «20 000 sons sous les mers». «C’est la première fois qu’un bateau est équipé d’une technologie de pointe qui permet en temps réel d’enregistrer les sons des océans et nous profitons de The Ocean Mapping Expedition pour collecter des données sur l’état des lieux du bruit dans les océans que nous connaissons très peu», explique-t-il.

Au fond des océans, différentes sources sonores provenant d’activités humaines peuvent perturber la vie sous-marine: transport maritime, prospection de gaz et de pétrole, manœuvres militaires ou encore construction de parcs à éoliennes. On le sait déjà, les mammifères marins comme les baleines et les dauphins, qui utilisent les sons pour communiquer, sont sensibles à cette pollution sonore. Mais il s’avère que le problème est encore plus grave: des grands mammifères marins au zooplancton, toute la vie océanique serait affectée. «Même des invertébrés marins comme les poulpes et les calamars, dépourvus d’organes auditifs, souffrent», explique Michel André. Après un traumatisme sonore, ils ne se nourrissent plus et ne se déplacent plus, un triste processus de mort lente.

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C’est en 2001, à la suite d’un échouage massif de calmars géants au large des Asturies, en Espagne, que le problème a été mis à jour. L’étude des animaux morts a permis de découvrir une lésion de l’organe sensoriel qui leur permet entre autres de maintenir leur équilibre. Ces lésions étaient provoquées par des expériences scientifiques, qui dans la même région, utilisaient des canons à air sous l’eau.

«Chez ces invertébrés aquatiques, la structure des organes sensoriels est similaire à celle de l’oreille interne des mammifères et des oiseaux, précise le biologiste. Quand ces espèces sont exposées à une source sonore intense, les traumatismes observés au niveau cellulaire sont identiques.» Le scientifique a recréé en laboratoire des situations similaires à celles existantes en mer. «Dans un bassin d’expérimentation, des changements physiologiques ont été observés chez toutes les espèces étudiées – seiches, calamars et poulpes et validés par la suite en milieu naturel» conclut-il.

Impact économique

L’impact du bruit humain sur les océans pourrait avoir de graves conséquences au niveau économique, la faune marine étant une source d’alimentation majeure au niveau mondial. Que faire pour éviter un massacre de ces ressources? La directive-cadre stratégie pour le milieu marin, un projet de la Commission européenne, veut aider les Etats membres à ratifier des lois de protection des océans.

Onze paramètres qualifiant l’état de santé des océans ont été établis, avec parmi eux la pollution sonore. Le laboratoire de Michel André participe à la collecte de données visant à définir une limite au taux de pollution sonore autorisée. Un travail difficile, étant donné le nombre d’espèces sensibles aux sons. Chaque espèce supporte la pollution sonore à un seuil différent. Dès lors, quelles espèces indicatrices des niveaux de bruits acceptables faut-il choisir?

Beaucoup de travail reste à faire pour mieux comprendre l’impact de la pollution sonore sur la faune marine. Pour l’heure, la cartographie sonore des océans se poursuit à bord du voilier Fleur de passion. «Nous plongeons maintenant dans l’inconnu, s’enthousiasme Michel André. Cette nouvelle route (ndlr: la traversée du Pacifique) est vraiment inconnue du point de vue acoustique.»


Embarquez pour l’aventure! Fleur de passion ouvre ses portes à quiconque souhaite embarquer comme équipier, qu’il soit marin ou néophyte. Plus d’information


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Ecouter: Des sons venus du fond des océans

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