Des morceaux de métal tordus, des câbles qui pendent… les dégâts sont impressionnants. Lundi, la rupture d’un câble a creusé une tranchée d’une trentaine de mètres dans le réflecteur du radiotélescope d’Arecibo, situé sur l’île de Porto Rico. Avec ses 305 mètres de diamètre, c’est le deuxième plus grand du monde.

D’environ 7 cm d’épaisseur, le câble qui s’est rompu sert à soutenir le dôme au-dessus du réflecteur, qui permet de focaliser les signaux perçus par le télescope. Il n’a pas seulement causé des dommages au réflecteur, indique l’Université de Floride centrale, chargée de la gestion de l’installation pour la Fondation nationale pour la science (NSF), dans un communiqué. Plusieurs panneaux du dôme ont été abîmés et la passerelle qui permet d’y accéder s’est tordue. Les activités du télescope ont été stoppées, le temps de sécuriser les équipements.

Les causes de cette rupture ne sont pas encore connues, mais ce n’est pas la première fois que le radiotélescope d’Arecibo est endommagé. Au cours de ses 57 ans années d’existence, il a fait face à de nombreux aléas naturels (ouragans, tempêtes tropicales et tremblements de terre). En 2017, l’ouragan Maria a brisé une antenne de 29 mètres, qui s’est effondrée sur le réflecteur, causant des dommages dont l’installation était encore en train de se remettre.

Entre découvertes scientifiques et cinéma

Il s’agit donc d’un nouveau coup dur pour ce radiotélescope devenu emblématique. Pour le grand public, c’est surtout le lieu d’une scène (d’explosion) du film de James Bond Goldeneye. L’installation apparaît aussi dans d’autres films et séries, comme dans un épisode de X-Files.

Mais avant d’apparaître au cinéma, c’est surtout un instrument scientifique hors norme. De sa construction en 1963 jusqu’en 2016, il est resté le plus grand radiotélescope d’un seul tenant au monde, avant d’être détrôné par son homologue chinois FAST, qui présente un diamètre de 500 mètres. «L’intérêt principal d’une telle taille, c’est la sensibilité, rappelle Marc Audard, chercheur en astrophysique à l’Unige. Il faut se l’imaginer comme un seau qui capte des photons qui sont dans le domaine des ondes radio. Plus le seau est grand, plus on va pouvoir détecter des signaux faibles ou des objets lointains.»

Lire aussi: Jocelyn Bell, la grande dame des petites étoiles

Grâce à ces caractéristiques, Arecibo a permis de nombreuses découvertes scientifiques. Un an après sa mise en fonctionnement, il a permis de déterminer que la période de rotation de Mercure n’était pas de 88 jours, mais de seulement 59 jours. «Une de ses plus grandes réalisations, c’est la découverte en 1974 d’un pulsar binaire, deux pulsars [étoiles à neutrons de petite taille] tournant l’un autour de l’autre», souligne Marc Audard. Cette observation a valu le Prix Nobel de physique de 1993 aux deux chercheurs à son origine. On lui doit aussi la découverte en 1992 des deux toutes premières exoplanètes, présentes autour d’un pulsar.

Une technologie dépassée?

L’instrument joue également un rôle central dans les programmes SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence), et en 1974 il a servi à émettre un signal à destination d’une éventuelle forme de vie extraterrestre. Mais selon un article de la revue Science, son existence pose de plus en plus question. D’autres équipements plus performants existent, et le coût de ce nouvel incident s’ajoute à celui des dégâts de 2017.

«La technologie a évolué avec le temps. On construit aujourd’hui des réseaux de radiotélescopes. Au lieu d’avoir un seul grand appareil, on en a plusieurs à distance les uns des autres, détaille Marc Audard. L’avantage de ces réseaux, c’est qu’ils permettent d’avoir une meilleure résolution angulaire, de mieux voir les détails, qu’Arecibo.» Un projet de ce type, appelé SKA, pour Square Kilometre Array, est actuellement en construction. Le Suisse y participe par le biais de l’EPFL.

«Il comptera 200 antennes en Afrique du Sud et plus de 130 000 antennes à basse fréquence en Australie, pour une surface collectrice de un million de mètres carrés, précise Marc Audard. En comparaison, Arecibo, c’est 73 000 m².» Cette nouvelle technologie aura donc aussi une plus grande sensibilité que ces très grands radiotélescopes. Dans ces conditions, il reste donc à voir si ce scrutateur géant de l’Univers parviendra à obtenir suffisamment de financement pour panser ses plaies.

Sur nos blogs:Le télescope spatial SKA un projet pharaonique exaltant qui pose des défis à hauteur de son ampleur