Avec plus de 22 milliards d’individus, ils sont trois fois plus nombreux que l’être humain. Le poulet est aujourd’hui l’oiseau le plus présent à la surface du globe. Au point que la quantité d’ossements que représentent les 65 milliards de poulets abattus chaque année pourrait devenir un marqueur de notre ère, l’anthropocène. Avant de devenir l’une de nos principales sources de protéine animale, Gallus gallus domesticus, de son nom savant, était un animal sauvage domestiqué par l’homme. Les scientifiques cherchent toujours à savoir où et quand cette domestication a eu lieu.

Après avoir étudié 863 génomes de coqs sauvages et domestiqués, une équipe de chercheurs pense en avoir identifié leur berceau géographique. Selon cette étude, publiée dans le journal Cells Research (édité par Nature) le 25 juin, l’apprivoisement du poulet aurait eu lieu dans une zone couvrant la Birmanie, le Laos, la Thaïlande et le sud-ouest de la Chine. Ces résultats contreviennent à l’idée que cet animal aurait été domestiqué dans le nord de la Chine et la vallée de l’Indus.

Un coq mais cinq sous-espèces

Les origines de la domestication du poulet font depuis longtemps l’objet d’un débat. Charles Darwin avait déjà formulé l’idée que l’espèce domestiquée était liée au Coq doré (Gallus gallus). Mais ce dernier se distingue en cinq sous-espèces, présentes des frontières himalayennes du Pakistan à l’Indonésie. Les chercheurs ont cherché à savoir laquelle de ces sous-espèces a été domestiquée en premier lieu, ou si une autre espèce sauvage était impliquée dans le processus.

Pour parvenir à leurs conclusions, ils ont donc comparé les génomes de poulets domestiques, des différentes sous-espèces de Coq doré, ainsi que de Coq de Sonnerat, Coq de Java et Coq de Lafayette à partir de prélèvements réalisés pendant plusieurs années en Asie et en Europe. Selon ces observations, la sous-espèce qui serait principalement à l’origine du poulet domestiqué serait Gallus gallus spadiceus qui vit actuellement à l’état sauvage dans le sud-ouest de la Chine, en Thaïlande et en Birmanie. Il se retrouve dans les forêts primaires et de bambous, mais aussi à proximité des activités humaines comme dans les plantations de thé et de palmiers à huile.

«Pendant longtemps, on parlait de Coq bankiva (autre sous-espèce), parce que l’on avait beaucoup plus de données provenant des sites indiens ou pakistanais et on connaissait moins ce qu’il s’était passé en Chine», souligne Jacqueline Studer, conservatrice du Muséum d’histoire naturelle de Genève et archéozoologue.

L’apport de la génétique

Cette approche génétique permet de dépasser une limite qui se posait aux archéozoologues. Les sous-espèces de Coq doré ne présentent pas de différences d’ossature marquantes et sont donc difficiles à distinguer en étudiant des ossements trouvés sur des sites de fouilles. «L’apport de la génétique est énorme, affirme Jacqueline Studer. Nous sommes incapables sur la base d’un de ces ossements, surtout dans ces régions où l’animal sauvage est présent, de différencier s’il s’agit d’un individu sauvage ou domestique.» Cette approche est une possibilité récente, puisque le génome du poulet n’a été séquencé qu’en 2004.

Toutefois, elle a quelques limites. «Ce qu’il manque, et que l’on a pour la domestication d’autres espèces comme le chien ou le chat, c’est une confrontation avec des données archéologiques», souligne Jacqueline Studer. Dans leur étude, les chercheurs ont déterminé une période comprise entre 12 800 et 6200 ans en arrière, où Gallus gallus spadiceus et l’espèce domestiquée ont divergé, tout en indiquant que le processus de domestication a pu débuter plus tôt.

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«Les données de sites archéologiques dont on dispose datent cette domestication entre le quatrième et le troisième millénaire avant Jésus-Christ. Certains chercheurs chinois estiment qu’elle est plus ancienne, mais les os n’ont pas encore été datés. Ces réponses constituent la prochaine étape des recherches», estime Jacqueline Studer.

D’autre part, les chercheurs ont comparé les génomes des poulets domestiques à des représentants des espèces sauvages vivant actuellement. Depuis l’époque de la domestication, une partie des informations contenues dans l’ADN des individus contemporains du processus ont pu être perdues ou altérées. Enfin, au-delà de la temporalité et de la zone géographique, une question majeure demeure: pourquoi l’être humain a cherché à domestiquer cette espèce en particulier? Un choix qui risque de laisser des traces.