Astrophysique

Premier portrait-robot de la comète «Chury»

Les scientifiques dévoilent les premiers résultats de la mission Rosetta.Ils décrivent la comète avec une précision inédite

Premier portrait-robot de la comète «Chury»

Astrophysique Les scientifiques dévoilent les premiers résultats fournis par l’atterrisseur Philae

Ils décrivent la comète avec une précision inédite

Le 12 novembre 2014, les dizaines de scientifiques engagés dans les dix instruments de Philae avaient connu une sacrée frayeur. Au lieu de se poser en douceur et de s’ancrer, la «tête» en haut, à la surface de «Chury», la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, l’atterrisseur Philae avait ­rebondi plusieurs fois avant de se retrouver dans une position acrobatique, ses panneaux solaires privés de lumière par l’ombre d’une falaise. Fort heureusement, grâce aux batteries embarquées, la plupart des instruments scientifiques ont pu réaliser la première phase de leur mission et collecter une véritable moisson de données qui, décortiquées dans pas moins de sept articles, sont publiées le vendredi 31 juillet dans la revue Science .

«Jamais nous n’avions eu d’informations aussi complètes sur le noyau d’une comète.» Le Français Jean-Pierre Bibring, de l’Institut d’astrophysique spatiale d’Orsay, le responsable scientifique de la mission Philae, ne cache pas son enthousiasme. «Chacune est une vraie découverte, que cela soit sur la structure de la comète, ses propriétés physiques, et sa composition!» Des informations d’autant plus importantes quand on sait que les comètes ont peu évolué depuis leur origine, alors qu’en même temps se créaient les planètes de notre système solaire. Elles nous renseignent donc sur notre passé.

La première grande découverte est liée à la composition des comètes. Jusqu’à présent, on pensait que leur noyau était formé de poussières et d’une glace emprisonnant de petites molécules organiques absorbantes, rendant le noyau très sombre. Mais, s’il y a bien de la glace et de la poussière, il apparaît désormais que Chury est riche en grains de matière organique. Cette présence abondante, et variée puisque seize types de molécules ont été détectés, comme des alcools, des amines, des nitriles, des amides et des isocyanates, renforce l’idée que la Terre a pu être ensemencée par des molécules précurseurs de la vie apportées par des comètes.

Philae confirme qu’une comète est un objet peu dense – environ deux fois moins que l’eau – et très poreux: Chury contiendrait jusqu’à 80% de vide. Mais cela n’empêche pas une structure interne très homogène, constatent les scientifiques grâce au radar Consert, qui a capté des signaux échangés par Philae et la sonde Rosetta à travers la «tête» de Chury, le plus petit des deux lobes de la comète. «Cela montre que le noyau est homogène dans une gamme d’échelle du mètre à quelques dizaines de mètres», détaille Wlodek Kofman, du CNRS à Grenoble (France), le responsable de cet instrument. Autrement dit, il n’y a ni différence marquée de composition chimique ni cavités à cette échelle dans la tête de Chury. «Hélas, Consert avait été coupé – comme planifié – cinquante minutes avant l’heure prévue de son atterrissage, et nous n’avons donc pas pu en profiter pour étudier le noyau lors des rebonds de Philae.»

«A l’automne dernier, ma crainte était qu’à cause de la faible densité et de la porosité, Philae ne puisse pas se poser, mais au contraire s’enfonce dans le noyau sans pouvoir l’étudier», se souvient Jean-Pierre Bibring. Mais la surface est beaucoup plus dure que prévu, ce qui explique sans doute l’atterrissage rocambolesque de l’engin. Si dure que la sonde de son instrument Mupus n’a pu pénétrer le sol.

Cette sorte de clou instrumenté de trente centimètres devait être enfoncée par un marteau et nous renseigner sur la résistance du sol à la pénétration et sur sa capacité à transporter la chaleur depuis la surface. «Nous avions testé ce système en laboratoire avec toutes sortes de matériaux, de la vieille neige, du béton cellulaire… Mais, en dépit d’efforts à pleine puissance pendant plus de trois heures, le pénétrateur n’a pas pu être enfoncé», regrette Karsten Seiferlin, de l’Université de Berne, le premier responsable technique de Mupus. Ses autres capteurs ont pu mesurer les variations de température de surface le jour, entre –183°C et –143°C, et confirmer la noirceur de la surface avec un facteur d’émission de 0,97 contre 1 pour une surface noire idéale. «Grâce à des mesures réalisées lors de la descente de Philae, nous savons également que la comète n’a pas de matériaux magnétiques, ajoute Jean-Pierre Bibring. Cela laisse penser que le magnétisme n’a pas joué de rôle lors de la formation des protoplanètes – les embryons de planète.»

La moisson scientifique ne devrait pas s’arrêter là. D’abord parce que de nombreuses mesures n’ont pas encore été dépouillées. «De plus, nous espérons tous que Philae pourra reprendre ses observations», insiste Jean-Pierre Bibring. Alors qu’on l’avait cru perdu à jamais, tant il est resté silencieux pendant de longs mois, il a fini par répondre, à deux reprises en juillet, aux sollicitations de la sonde Rosetta et semble opérationnel. «Tout dépendra de notre capacité à établir de nouveau des communications stables et prévisibles», prévient Jean-Pierre Bibring.

Pour le moment, les tentatives ont cessé car Rosetta a été hissée à deux cents kilomètres d’altitude, pour être hors de portée des matériaux projetés par l’intense activité de la comète à l’approche de son périhélie (le point de passage au plus proche du soleil prévu le 13 août). Elle survole l’hémisphère Sud de la comète, la zone la plus active, celle où se forme la queue. «Dans quelques jours, Rosetta commencera à revenir vers l’hémisphère Nord, le plus favorable pour des communications avec Philae. Nous pourrons tenter à nouveau d’entrer en contact», espère Jean-Pierre Bibring. Grâce aux mesures du radar Consert, sa position approximative est désormais connue dans une zone longue de 21 mètres et large de 34 mètres.

Mais on sait aussi que ses antennes radio ne pointent pas vers le ciel, ce qui complique singulièrement les liaisons. Pourtant sa localisation apporte un espoir. «Si Philae avait atterri sur le site prévu, il aurait fini par être trop chaud et la mission se serait arrêtée. Mais, par chance, il est protégé par l’ombre d’une falaise et se trouve dans des conditions très favorables aujourd’hui qui ne l’ont pas empêché de recharger ses batteries. Si les communications reviennent, on pourra travailler beaucoup plus longtemps qu’on l’espérait!»

«Si les communications reviennent, on pourra travailler beaucoup plus longtemps qu’on l’espérait!»

«Jamais nous n’avions eu d’informations aussi complètes sur la composition du noyau d’une comète»

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