Premier saut de puce pour Solar Impulse

Solaire L’avion a volé sur une distance de 300 mètres à une hauteur de 60 centimètres, pendant une vingtainede secondes. Selon le pilote d’essai, il se comporte exactement comme les simulations l’avaient prévu

Le 17 décembre 1903, le biplan des frères Wright effectuait le long d’une plage des Etats-Unis le premier vol motorisé et piloté de l’histoire, sur une distance de 36 mètres. Hier, à Dübendorf, dans le canton de Zurich, l’aviation a fait un nouveau saut de puce: à sa cinquième tentative, l’avion solaire de Bertrand Piccard et André Borsch­berg a décollé pour la première fois pendant une vingtaine de secondes, pour parcourir environ 300 mètres à une soixantaine de centimètres du sol.

«Le test de la réalité est passé!» exultait peu après Bertrand Piccard au pied de l’appareil. A ses côtés, le pilote d’essai, l’Allemand Markus Scherdel confirme avec un sourrire: le prototype HB-SIA vole conformément aux simulations réalisées par les ingénieurs de Solar Impulse. Avec l’envergure d’un Airbus A340 (63,4 m) pour à peine le poids d’une voiture (1600kg), l’étrange oiseau est toutefois fragile. «Il faut le traiter avec douceur», explique l’astronaute Claude Nicollier, responsable des essais en vol du projet.

Cette fragilité explique pourquoi les tests se sont déroulés graduellement, d’abord à la vitesse du pas, puis toujours un peu plus vite.

«Avec un avion d’une telle envergure, il n’est pas évident même de suivre la ligne blanche», relève Claude Nicollier. Mercredi déjà, l’engin a décollé de deux centimètres. Hier, le pilote a donc procédé de manière très progressive: il lui a fallu cinq essais pour atteindre la vitesse de décollage – entre 40 et 45 km/h. «On ne voulait pas aller trop haut ni rester en l’air trop longtemps, au cas où il y aurait des problèmes de directionnalité ou d’inclinaison des ailes, poursuit l’astrophysicien. L’avion a une grande inertie, il ne réagit pas très rapidement aux commandes.» Il fallait se montrer d’autant plus prudent que l’appareil était près du sol et la piste courte.

L’astronaute est très content: «pas seulement de voir l’avion en vol, précise-t-il. Mais rien n’a cassé, il n’y a pas eu de blessé, ce qui n’allait pas de soi. Dans toutes les grandes aventures, quand ça marche, il y a un facteur chance qui entre en ligne de compte.»

Claude Nicollier ajoute que la prochaine fois que le HB-SIA décollera, ce sera pour faire des tests en altitude. Depuis l’aéroport militaire de Payerne, où il va être transporté en pièces détachées en janvier.

Les essais devraient reprendre en mars. Avec un avion alimenté à l’énergie solaire cette fois, puisque hier, les batteries, qui représentent un quart du poids, avaient été chargées via le réseau électrique. L’objectif est maintenant de parvenir d’ici à ce printemps ou cet été à effectuer un vol de 36 heures, soit un cycle complet d’une nuit, un jour et une nuit. Une performance qui montrerait sans contestation «que le vol solaire est possible», souligne Jacques-Henri Addor, responsable de la communication de Solar Impulse. Si l’énergie accumulée pendant la journée suffit à maintenir l’avion en l’air pendant les heures d’obscurité, il peut en théorie voler en continu.

Mais en théorie seulement, puisque l’unique pilote que les fines ailes peuvent transporter n’est pas, lui, rechargeable à l’énergie solaire. Lors des tests de 25 heures effectués en simulateur, chacun a sa méthode pour se reposer, explique André Borschberg. Lui, c’est la méditation et des exercices de respiration. «Moi, l’auto-hypnose», complète Betrand Piccard.

Pour atteindre l’objectif final du projet, soit un tour du monde en cinq étapes de plus ou moins cinq jours, l’équipe de Sloar Impulse prévoit toutefois de mettre au point un deuxième prototype. Il était initialement prévu d’élargir l’envergure de l’avion à 80 mètres mais il n’est plus certain qu’une telle réalisation soit nécessaire.

Un aménagement du cockpit pour que les pilotes puissent tenir sur de plus longues étapes, où ils dormiront par tranches de 15-20 minutes, est par contre à l’ordre du jour. Il n’a pas encore été décidé si la cabine sera pressurisée ou non, mais cela permettrait de grimper au-delà de la limite actuelle, fixée à 8500 mètres. «Plus on monte durant le jour, plus on peut planer pour économiser de l’énergie pendant la nuit», relève Jacques-Henri Addor.

L’équipe espère pouvoir réaliser le tour du monde à l’horizon 2012. Il partirait des Emirats arabes, direction la Chine, puis Hawaï, la Floride et l’Espagne. Il manque encore une partie des 100 millions de francs du budget global de Solar Impulse mais Bertrand Piccard est optimiste: «Nous avons réussi à récolter 72 millions avec une présentation PowerPoint. Maintenant que l’avion vole, cela ne devrait pas être trop difficile de trouver le reste…»