«Je me sens physiquement et mentalement prêt pour cette première nuit à bord du Solar Impulse». Vers 13h30 (heures suisses, 19h30 en Chine), après voir parcouru un sixième de son périple de 8172 km, le pilote André Borschberg se préparait pour ce qui constitue le premier réel test de l’aventure qui l’attend pour ces cinq prochains jours (et nuits): la traversée du Pacifique, direction Hawaï. Après avoir décollé dans la nuit de Nankin, en Chine, l’avion solaire suisse est monté à 8400 mètres d’altitude, accumulant de l’énergie dans ses batteries grâce aux 17 248 cellules solaires placées sur ses ailes et son fuselage.

Maintenant que la nuit est arrivée pour lui, l’aéroplane descend d’abord gentiment comme un planeur. Puis il devra uniquement compter sur ses réserves énergétiques pour faire tourner les quatre moteurs électriques durant la nuit. Petit problème: sa descente a été entamée 20 minutes plus tôt que prévu, à cause notamment de quelques nuages. Le passage de la nuit ne semble pas compromis. Mais tout est fait pour, à bord de l’engin, économiser l’énergie. Tous les écrans, systèmes, et instruments qui peuvent l’être sont éteints. De même que la caméra embarquée montrant l’intérieur du cockpit.

Dans la retransmission en direct, on entend les ingénieurs ainsi que Bertrand Piccard réfléchir et faire des calculs pour tenter d’économiser quelques watts d’électricité ici ou là. Il y a dans ces moments quelquechose d’Apollo 13, les ingénieurs du centre spatial de Houston aidant à l’époque depuis le sol les trois astronautes à bord de leur fusée ayant subi une grande avarie au point compromettre leur retour sur Terre. Mais toutes ces réflexions et discussions se passent dans le calme, si l’on en croit la retransmission vidéo sur Internet. «Je suis nerveux, c’est le travail des 13 dernières années qui va être testé à ses limites ce soir», a tout de même twitté Bertrand Piccard, le président de Solar Impulse, depuis le Centre de contrôle de Monaco.

Un peu plus tôt, André Borschberg expliquait avoir beaucoup travaillé durant la journée, au point de ne pas voir vu celle-ci passer. «Ah si, au fait, les sandwiches sont meilleurs que ce que je pensais», rigole-t-il. Avant de reprendre: «Je suis content de voir comment cette nuit va se développer. L’objectif est de trouver dans le ciel un couloir assez calme, une sorte de bulle pour avancer. Je pense que ça va bien aller.»

Samedi, avant le décollage, André Borschberg, 62 ans, indiquait sur Twitter avoir fait la promesse à ses amis, à Bertrand Piccard et à sa femme de «ramener le Solar Impulse en une pièce» à Hawaï. Lancé il y a 13 ans, doté d’un budget d’environ 150 millions de francs, et employant quelque 130 personnes, ce projet a pour objectif de montrer ce qu’il est possible de réaliser avec des énergies renouvelables.

Durant ce périple trans-Pacifique, André Borschberg est contraint de ne dormir, ou se reposer, que par tranches de 20 minutes, répétées environ une dizaine de fois par jour. Chaque jour, le pilote affronte des altitudes autour de 28 000 pieds (8400 mètres) et des variations de température de 55 degrés dans la cabine monoplace non pressurisée du Solar Impulse 2.

En cas de panne grave en vol, l’aventurier devra sauter en parachute dans l’océan, à des centaines de kilomètres de tout secours, mais avec un canot gonflable de secours et des vivres pours quelques jours. Aucun navire ne peut en effet suivre à la trace l’appareil, qui volera à une vitesse maximum de 90 km/h à basse altitude et de 140 km/h dans les couches supérieures.

S’il accomplit son vol avec succès et se pose à Hawaï dans quelque 120 heures, le pilote suisse écrira son nom dans la longue histoire de l’aviation, en ayant réalisé le vol le plus long en solitaire, qui plus est à bord d’un avion solaire. C’est alors son collègue Bertrand Piccard qui prendra quasiment immédiatement les commandes, si la météo le permet, pour achever cette traversée de l’Océan Pacifique et se poser à Phoenix aux Etats-Unis, quatre jours plus tard.

Solar Impulse 2 est parti le 9 mars 2015 depuis Abu Dhabi, aux Emirats Arabes Unis, pour accomplir un tour du monde en douze étapes (en principe) sur au total 35 000 km. Il a ensuite fait escale au sultanat d’Oman, en Inde, en Birmanie puis en Chine. L’aventure devrait se terminer à Abu Dhabi, son point de départ, entre fin juillet et début août, si tout se passe bien.