Premier patient guéri du VIH, l'américain Timothy Ray Brown, initialement connu comme le «patient de Berlin», a succombé à un cancer ce mercredi. «Ces six derniers mois, Timothy vivait avec une récidive de la leucémie» qui avait notamment atteint son cerveau, mais «était resté à l'abri du virus VIH», a souligné la Société internationale sur le sida (IAS) dans un communiqué.

Le compagnon de Timothy Ray Brown avait annoncé quelques jours auparavant que ce dernier était en phase teminale. «Timothy ne meurt pas du VIH, que les choses soient claires», avait confié Tim Hoeffgen mardi sur le blog du militant et auteur Mark King.

«Le décès de Timothy Brow est un évènement qui mérite d'être relevé, estime la doctoresse Alexandra Calmy des HUG. Il est mort jeune, d'un cancer qui devait avoir une forme agressive. Mais sa guérison du VIH, à une époque où on pensait que c'était impossible, a marqué une rupture dans la conception de la maladie, et a ouvert la voie à de nombreuses recherches.»

Infecté en 1995, guéri en 2008 

Timothy Ray Brown, mort à 54 ans, a écrit une page de l'histoire médicale du VIH, le virus qui cause le sida. En 1995, il vivait à Berlin quand il a appris qu'il avait été contaminé par le virus. Puis en 2006, il a été diagnostiqué d'une leucémie.

Pour le soigner de la leucémie, son médecin, à l'université de Berlin, a eu recours à une greffe de cellules souches d'un donneur qui avait une mutation génétique rare lui conférant une résistance naturelle au VIH, dans l'espoir que la greffe soigne les deux maladies.

Il fallut deux greffes, des opérations lourdes et dangereuses, mais le pari a réussi: en 2008, Timothy Ray Brown était guéri des deux maladies. L'annonce initiale avait préservé son anonymat, le désignant comme «patient de Berlin».

«Dix ans plus tard, on ne guérit toujours pas du VIH. 37 millions de personnes vivent avec le virus à travers le monde, rappelle Alexandra Calmy. Mais de nombreux progrès ont été fait dans la compréhension de ses mécanismes. On sait désormais mieux évaluer la quantité de virus qui persistent dans le corps à l'état inactif, et qui empêchent la guérison. Des essais cliniques sont en cours pour tenter d'altérer cette persistance du virus.»

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En 2010, Timothy Ray Brown avait accepté de dévoiler son nom, et était depuis devenu une personnalité publique, s'exprimant dans des interviews et conférences. «Je suis la preuve vivante qu'il peut y avoir une guérison du sida», avait-il dit à l'AFP en 2012. «C'est magnifique d'être guéri du VIH». Depuis, une seule autre rémission a été annoncée, en mars 2019, grâce à la même méthode, chez le «patient de Londres», qui lui aussi a révélé son identité ensuite, Adam Castillejo, et est désormais considéré guéri.

En raison de sa lourdeur et des risques (il faut préalablement supprimer le système immunitaire du receveur par chimiothérapie, afin de le «remplacer» par celui du donneur), la méthode de la greffe de cellules souches n'est pas considérée comme une voie de traitement généralisable, a fortiori aujourd'hui où les traitements antirétroviraux permettent aux personnes de vivre une vie quasi normale avec le VIH.

«Même si les traitements d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec ceux disponibles dans les années 1990, le fait de guérir du VIH demeure un espoir pour de nombreux patients. Car aujourd'hui encore, être porteur du virus reste un stigmate dans le corps et dans la vie sociale, qui empêche les gens de vivre leur vie normalement», estime Alexandra Calmy.