Ce soir vers 9 heures (heure suisse), une petite sonde automatique de la NASA tentera un exercice inédit: se poser sur l'astéroïde Eros, un minuscule astre en forme de patate de 33 kilomètres sur 13. La manœuvre, qui aura lieu à quelque 316 millions de kilomètres de la Terre, est d'autant plus osée que le vaisseau spatial NEAR-Shoemaker n'a pas du tout été prévu pour se poser sur terre ferme. Ni coussins gonflables, ni pieds télescopiques… il ne possède rien pour amortir le choc ou pour faciliter l'orientation de son antenne vers la Terre. Autant dire que les spécialistes de la NASA ne s'attendent pas vraiment à capter des bips joyeux annonçant l'atterrissage. Cet exercice vise en réalité à tirer quelques ultimes portraits rapprochés de l'astéroïde, histoire de clôturer avec panache une mission de quatre ans totalement réussie.

La sonde NEAR (pour «near-Earth asteroid rendezvous») a commencé à prendre en chasse Eros en 1996. Le 14 février 2000, après avoir parcouru 3000 milliards de kilomètres dans le vide interplanétaire, elle parvenait à se mettre en orbite autour d'Eros. Un exploit, tant la gravité de l'astéroïde est faible – sur ce minuscule caillou, un homme de 90 kilos ne pèserait que 50 grammes. Un zeste de vitesse de trop et la sonde, qui n'aurait pas pu être capturée par cette force ténue, aurait poursuivi son voyage vers les profondeurs du système solaire.

Du haut de son orbite, la sonde américaine étudie l'astéroïde sous toutes ses coutures depuis maintenant une année. Ses instruments lui ont permis de collecter une somme considérable d'informations sur sa masse, sa forme, sa structure, sa géologie, sa gravité, son éventuel champ magnétique et sa composition chimique. Des données que les Terriens n'ont encore, et de loin, pas toutes décryptées.

Les scientifiques ont toutefois déjà acquis certaines certitudes sur l'origine de l'astéroïde, découvert en 1898 par Gustav Witt et Auguste Charlois. Ce patatoïde, recouvert de poussière et de rochers, constellé de cratères, n'est vraisemblablement pas une planète «ratée» qui n'aurait pas assez grandi. Sa forme, sa composition (elle est riche en silice, en magnésium, en aluminium, en calcium et en fer), la présence de couches de roches apparemment stratifiées comme des coulées de lave semblent indiquer qu'Eros est un débris de protoplanète qui aurait explosé lors d'une collision. Pas de volcanisme, pas d'atmosphère, pas d'eau, des températures entre –150 °C la nuit et 100 °C la journée: l'îlot céleste n'est pas très vivant. Mais il n'est pas tout à fait figé. Les spécialistes ont repéré une forme d'érosion: malgré la faible gravité, la poussière présente sur les flancs des cratères a tendance à glisser vers le fond pour s'y accumuler et y créer des surfaces planes.

C'est donc dans un désert poussiéreux que la sonde NEAR devrait finir sa course. Les techniciens de la NASA ont fixé le début des opérations ce 12 février à 16 h 31, heure suisse. Ils vont allumer six fois de suite les moteurs du vaisseau, actuellement situé sur une orbite à 35 km d'altitude. Ces coups de frein successifs vont ralentir la sonde de 32 à 8 km/h, ce qui lui fera entamer une lente descente vers sa cible. Durant la chute, la caméra prendra une photo chaque minute: les astronomes espèrent compléter leur album avec un dernier cliché net à 500 mètres d'altitude, qui leur permettrait, d'après les caractéristiques de l'optique de la caméra, de distinguer des détails au sol de 10 centimètres de diamètre.

La sonde devenue aveugle, les opérateurs de la NASA espèrent ensuite suivre sa descente à l'aide de son radar. Si tout se passe vraiment bien, ce dernier devrait leur indiquer le moment de l'impact. Mais c'est peut-être une perte définitive du signal radio qui renseignera les Terriens, vu que la sonde nullement équipée pour atterrir pourrait se fracasser contre un rocher ou se planter sur son antenne radio. A moins qu'elle ne finisse sa course de façon rasante, et qu'elle rebondisse vers d'autres aventures cosmiques: sur Eros, la force de gravitation est si faible qu'il suffit d'une pichenette pour quitter son influence.