épidémies

Les premiers médicaments contre Ebola à l’épreuve du terrain

Pour la première fois, un essai clinique va comparer les efficacités de quatre traitements expérimentaux contre le virus Ebola en République démocratique du Congo, pays en proie à de violents conflits et touché par une grave épidémie

Les recherches sur le virus Ebola vont vraisemblablement progresser ces prochains mois. Le Ministère de la santé de la République démocratique du Congo (RDC) a annoncé lundi 26 novembre le lancement d’un essai clinique dans le Nord-Kivu, province septentrionale actuellement en proie (avec celle d’Ituri) à une épidémie de maladie à virus Ebola. L’essai débutera à Beni, dans un centre de soins de l’Organisation non gouvernementale Alima, avant de s’étendre à d’autres.

Le même jour, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dénombrait 421 cas dont 374 confirmés et 241 décès pour 194 confirmés, des chiffres provisoires en raison du caractère incertain de quelques cas qui peuvent être reclassés par la suite. Déclarée en août, cette épidémie, la dixième recensée, est pour le moment la troisième plus meurtrière jamais observée.

Une étude comparative

L’étude clinique est de nature comparative: elle doit, pour la première fois, évaluer les efficacités respectives des traitements en développement contre le virus Ebola: un antiviral et trois traitements curatifs. Il n’y aura pas de placebo, pour d’évidentes raisons éthiques. Les résultats ne seront que provisoires, l’étude devant plutôt être vue comme la première étape d’une série d’essais qui s’étaleront certainement à l’avenir dans d’autres pays, lors de futures épidémies.

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Les quatre thérapies à l’essai étaient déjà administrées sur le terrain depuis quelque temps. Il s’agit de l’antiviral Remdesivir des laboratoires Gilead et de trois cocktails d’anticorps monoclonaux: le ZMapp de Mapp Biopharmaceuticals, le REGN-EB3 de Regeneron Pharmaceuticals (qui intégrera l’étude ultérieurement) et le mAb114, préparation issue du sang d’un rescapé de l’épidémie de 1995 à Kikwit en RDC et développé conjointement par les Instituts américains de la santé et l’Institut national congolais de la recherche biomédicale, par ailleurs coordinateurs et bailleurs de fonds de ces travaux.

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Preuves scientifiques manquantes

Sur ces quatre traitements, aucun ne dispose d’une autorisation de mise sur le marché. Ils ont jusqu’ici été utilisés dans un cadre exceptionnel dit d’usage compassionnel, strictement défini par l’OMS et le Ministère de la santé de la RDC, en consultation avec des experts présents sur le terrain. Quelque 160 personnes ont déjà reçu l’un de ces traitements.

Les preuves scientifiques d’efficacité des médicaments anti-Ebola font jusqu’ici défaut. «Ce sont des traitements pour lesquels on dispose certes d’informations issues d’essais chez l’animal et aussi de manière préliminaire chez l’homme, mais il faut des essais plus poussés pour démontrer leur efficacité de manière définitive», explique Daniel Bausch, directeur de la UK Public Health Rapid Support Team, organisme impliqué dans les discussions sur le protocole expérimental.

Comparer des poires et des oranges

Mener de tels essais est exceptionnel en pleine épidémie frappant une zone de guerre. Le Nord-Kivu est en proie à de graves conflits armés. Tirs de mortier, kidnapping, fusillades sont le quotidien d’une population qui n’a souvent d’autre choix que de fuir et de gagner d’autres régions, multipliant les risques de propagation de la maladie. Aux dires des ONG, les centres de soins et leurs personnels sont relativement épargnés par ces flambées de violence.

Concrètement, les malades arrivant dans un centre de soins pourront bénéficier au choix d’un traitement expérimental ou des soins classiques. «La seule différence est qu’en cas de traitement expérimental, le médicament est choisi au hasard pour une meilleure comparaison entre les différents agents thérapeutiques», écrit dans un courrier électronique Gijs Van Gassen, porte-parole chez Médecins sans frontières à Bruxelles.

Derrière ces intentions louables demeurent bien des difficultés. Disposer de données est une chose, mais encore faut-il que celles-ci soient homogènes et comparables entre elles. Jusqu’ici, les éléments récoltés lors de l’usage compassionnel ne le sont pas, ce qui revient à comparer des poires avec des oranges.

Administration orale ou par perfusion

Un tel usage en amont a toutefois permis de sauver des vies et de familiariser les personnels soignants avec les divers modes d’administration des traitements, fort différents. Le ZMapp est ainsi injecté par perfusion pendant plusieurs heures (un inconvénient certain en cas de conflit) tandis que d’autres sont administrés oralement, en prise unique ou non, etc. Il faut enfin que tous restent compatibles avec les soins habituellement prodigués (surveillance de l’oxygène et de la pression sanguine, présence d’antidouleur…)

Et les questions médicales ne viennent pas seules: «Il y a beaucoup d’aspects politiques et logistiques qui entrent en compte, confirme Daniel Bausch. Tout cela prend du temps, mais le processus est engagé, et l’on peut espérer obtenir à terme des données fiables sur la sécurité et l’efficacité de ces traitements.»

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