Paysage

«Près de 95% des prairies et pâturages secs ont disparu au cours des 100 dernières années»

Comment protéger les pâturages d’altitude, menacés par la progression de la forêt? Corinne Vonlanthen, cheffe de projet biotopes et espèces chez Pro Natura, met en avant quelques solutions

Le Temps: Quels types de milieux la progression de la forêt met-elle en danger dans les Alpes?

Corinne Vonlanthen: Toutes les zones avec une exploitation agricole qui se situent sous la limite de la forêt – soit autour de 1600 à 2200 mètres d’altitude selon les régions – risquent de s’embroussailler si elles ne sont plus exploitées. Mais deux types de milieux nécessitent une protection accrue en raison de leur biodiversité exceptionnelle.

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Il s’agit des bas-marais, c’est-à-dire des milieux humides qui étaient autrefois fauchés ou pâturés, et des prairies et pâturages secs, souvent situés sur des terrains raides et difficilement accessibles. Près de 95% des prairies et pâturages secs ont disparu au cours des 100 dernières années, en raison de l’abandon de l’exploitation ou, au contraire, de l’intensification de l’agriculture ou de la construction.

Où faut-il agir prioritairement pour enrayer ce déclin?

Bas-marais et prairies et pâturages secs sont des biotopes d’importance nationale qui font l’objet d’un inventaire fédéral. Actuellement, quelque 3000 hectares de prairies et pâturages secs d’importance nationale, soit 14% du total, ne sont plus exploités: c’est une très vaste surface. Il faut donc choisir les zones d’intervention en fonction du nombre d’espèces importantes qui y résident.

Quelles solutions préconisez-vous?

Dans le projet «Pierre le chevrier», nous travaillons avec des agriculteurs pour éclaircir des surfaces reboisées et les entretenir grâce à la pâture d’animaux adaptés, qui leur procureront un revenu. Les chèvres sont souvent employées, car elles s’adaptent bien aux terrains en pente et broutent les buissons. Les petits bovins légers comme le zébu nain peuvent aussi être intéressants. Les vaches sont quant à elles surtout efficaces pour les surfaces plates et relativement ouvertes.

Cette année, nous avons aussi lancé le projet «Chèvres itinérantes»: 200 de ces animaux, accompagnés de trois bergers, vont parcourir les cantons d’Uri et des Grisons durant l’été, afin de débroussailler plus de 50 hectares de pâturages secs. Enfin, dans le cadre du projet «Pro biotope», nous proposons à de jeunes professionnels de l’environnement de participer à des travaux d’entretien. L’année passée, le groupe a assaini 25 hectares de biotopes alpins d’importance nationale.

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